Une année au sein d’ATD Quart Monde

Cette page est disponible en Български

Photo : Diana Todorova et ses co-équipiers, Sofia, Bulgarie, 2021 © ATD Quart Monde


Diana Todorova raconte son expérience et ses impressions après une année de découverte du Volontariat international au sein du Mouvement ATD Quart Monde en Bulgarie

Quelle était ta première rencontre avec le Mouvement ATD Quart Monde en Bulgarie ?

  • Ma première rencontre avec ATD Quart Monde s’est faite à Plovdiv dans le quartier de Stolipinovo. C’était au début de l’année 2020. J’ai rejoint l’initiative de l’« École mobile Stolipinovo » en tant que bénévole. Chaque semaine, je participais à l’organisation des ateliers artistiques pour les enfants vivant dans la partie la plus marginalisée du quartier. À cette époque-là, je vivais en Espagne, et je n’étais en Bulgarie que pour quelques mois.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de participer ?

  • J’ai toujours aimé le travail avec les enfants, mais les ateliers à Stolipinovo m’ont semblé vraiment extraordinaires. Malgré la vie visiblement très difficile que les familles sur place menaient, malgré les privations auxquelles celles-ci devaient faire face ainsi que l’attitude contre lesquelles elles devaient se battre, leurs espoirs ne se sont jamais évaporés. Les enfants éprouvaient une joie tellement sincère à chaque fois qu’ils nous voyaient. En même temps, leurs parents ne manquaient jamais la possibilité d’échanger avec nous.
Photos © Marie Dacheva
  • Peu de temps avant que je ne retourne en Espagne, j’ai pris le temps de discuter avec Véronique et Benoît, des membres de longue date du Mouvement ATD Quart Monde, qui travaillaient depuis cinq ans en Bulgarie, y compris à Stolipinovo. À cette époque-là, ils avaient pour mission de poser les fondements du Mouvement à Sofia. Le but de la rencontre était de me faire mieux connaître les objectifs du Mouvement ici comme ailleurs dans le monde. Ils m’ont proposé de devenir volontaire permanente, et m’ont expliqué en quoi cela consistait.
  • J’ai été très impressionnée. À cette étape de ma vie, j’avais décidé de me consacrer à une cause, à quelque chose qui allait me permettre de trouver ma place et de redonner du sens à mon potentiel. La lutte d’ATD Quart monde contre l’extrême pauvreté, leur travail au coude à coude avec les personnes en situation de précarité, m’a profondément touchée. J’étais stupéfaite par la dimension internationale du Mouvement et par le fait que la misère existe partout dans le monde, y compris là où on ne le pense pas. Je n’ai pas eu l’ombre d’un doute, je voulais y participer !

Dans quel type d’activités as-tu participé en tant que volontaire permanente ?

  • L’année a été vraiment très diversifiée. Une des initiatives importantes du Mouvement est la Bibliothèque de rue. Notre équipe en Bulgarie en anime une à Sofia dans le quartier Zaharna Fabrika. Tous les samedis avec des amis du Mouvement, nous allons dans le quartier et nous lisons des livres avec les enfants. Nous discutons avec leurs familles. En plus, nous proposons toujours une activité artistique et une activité sportive que nous avons préparées. Compte tenu du fait qu’on se trouvait en situation épidémique tout au long de l’année, nous avons dû être très créatifs et très prudents.
Photos © Maria Dacheva
  • L’initiative de l’École mobile Stolipinovo est organisée de façon similaire. À Stolipinovo, l’atelier artistique est dirigé par Magdalina Rajeva qui s’occupe aussi des « Ateliers d’architectures pour Enfants ». Notre rôle est de nouer des liens avec les familles et de bâtir les ponts entre les habitants du quartier et l’école.
  • En raison de pandémie, nous avons ouvert des « Ateliers d’inclusion digitale » pour les personnes sans domicile fixe, installées dans le centre de crise pour personnes sans-abri de Sofia, et dans le refuge du groupe « Food, not bombs. » Ces rencontres se sont progressivement transformées en discussions autour de leur lutte contre l’extrême pauvreté.
Photos © Maria Dacheva
  • J’ai plusieurs fois participé à l’organisation de la Fête des talents partagés. Depuis que j’ai rejoint l’équipe, nous en avons organisé deux dans le quartier de Stolipinovo et trois dans Zaharna Fabrika. Une expérience inoubliable ! Cet événement attire des personnes de différents domaines de vie et les unit dans le cadre d’une journée remplie de sourires et de créativité.
Photos © Maria Dacheva
  • Nous organisions relativement souvent des rencontres avec les amis du Mouvement. Lors d’une de ces rencontres, Véronique et Benoît ont animé un Théâtre-Forum sur le thème des préjugés auxquels nous devons faire face en raison de notre engagement avec des personnes en situation de précarité et de pauvreté.
Photos © Maria Dacheva
  • En parallèle à plusieurs reprises, j’ai eu la possibilité de mettre en œuvre mes talents dans le domaine de l’art graphique. En plus de l’organisation de différents ateliers et rencontres, j’ai pu dessiner des cartes, des affiches, des dépliants et autres afin de populariser notre mission. L’une de mes œuvres préférées est notamment la dernière affiche pour la Fête des talents partagés à Zaharna Fabrika.
Photos © Maria Dacheva
  • L’année pour moi s’est achevée avec la préparation de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre. Avec les amis du Mouvement, les personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté, et les enfants des bibliothèques de rue, nous avons créé une exposition de trois jours dont nous allons tous nous souvenir.

Quels sont les visages de la pauvreté que tu as pu découvrir pendant ton année passée au sein du Mouvement ? Qu’est-ce que tu as appris ?

  • Je n’ai jamais considéré la pauvreté uniquement comme un phénomène financier, mais les dimensions que j’ai découvertes au sein d’ATD Quart Monde ont élargi de manière significative ma vision du monde. J’ai rencontré des personnes remarquables qui se sont malheureusement retrouvées dans une situation d’extrême pauvreté. Une grande partie d’entre elles ont été trahies par leurs proches, leurs familles, leurs employeurs ou par le système. Pour moi, l’abus de confiance qu’elles vivent a été choquant et inattendu. Voir ces gens se battre pour obtenir des choses que la plupart d’entre nous considèrent comme acquises est tout simplement absurde. Avant je croyais qu’il ne fallait compter que sur soi-même, qu’il était important d’être fort, de se débrouiller seul, de ne jamais montrer ses faiblesses. Plus tard, j’ai compris à quel point ce comportement est nocif pour moi et pour mes proches. Ce comportement met toujours l’autre en position de faiblesse, crée une sorte de jeu de contrôle et de domination qui envenime les relations entre les êtres humains. Se sentir faible et vulnérable est normal, et demander de l’aide est important pour maintenir l’équilibre dans le monde que nous construisons.

Pourrais-tu partager avec nous le souvenir d’un moment spécial ?

  • L’un de mes moments préférés a été l’organisation de la première Fête des talents partagés dans Zaharna Fabrika. J’avais intégré l’équipe depuis un mois. Nous étions au début de la deuxième vague épidémique, il y avait encore beaucoup d’incertitude autour de l’organisation d’événements publics et j’étais très inquiète. Mais dès notre arrivée, les enfants se sont précipités pour nous aider et ainsi ils ont transformé mon anxiété en une inspiration. La réactivité d’un des enfants qui avait participé à la Bibliothèque de rue, celle de son père et de son oncle, a laissé une forte impression sur moi. Même s’ils ne nous connaissaient pas, au moment où ils ont compris quelles étaient nos intentions, ils sont venus apporter leur aide. Ils nous ont aidés à mettre en place les enceintes, à monter la bannière, à se connecter à l’électricité, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient. C’était extraordinaire !
Photos © Maria Dacheva

En tant que volontaire permanente, comment est-ce que tu perçois ton rôle ?

  • C’est très complexe. Le rôle principal des volontaires permanents est de porter témoignage de la vie des personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté et de bâtir, avec elles, la société du futur qui ne négligera personne, n’abandonnera personne et n’abusera de personne. Mais la complexité vient justement des innombrables possibilités qui s’offrent à nous. Il est important d’être disponible, ouvert aux nouvelles idées, mais en même temps, d’avoir les pieds bien sur terre pour pouvoir distinguer ce qui est réalisable, ce qui mérite tous nos efforts maintenant de ce qui peut encore attendre. Il est important de pouvoir diriger, mais il est tout aussi important d’être capable de suivre. Je crois qu’il est indispensable d’être particulièrement vigilant afin de pouvoir consciemment observer l’impact de sa présence sur l’environnement autour de soi et de ne pas s’attendre à des résultats rapides et grands, mais être patient et apprécier chaque petit pas.

Est-ce que ATD Quart Monde change la vie des gens ? Quels sont les changements personnels pour toi ?

  • L’une des femmes avec une vie difficile avec qui nous interagissons chaque semaine a partagé avec nous que le Mouvement l’inspire. Lorsque vous êtes dans une situation d’extrême pauvreté, vous avez l’impression d’être dans un cercle vicieux sans issue. Agir ensemble pour construire un meilleur avenir pour tous, nourrit la conviction que le changement est possible. Je trouve impressionnant le fait qu’à beaucoup d’endroits dans le monde, il y a des personnes qui cherchent des solutions pour vaincre la misère, main dans la main avec justement les personnes les plus abandonnées. Je pense qu’après cette année, je suis devenue beaucoup plus sensible à la souffrance des autres, plus intolérante aux injustices auxquelles la vie nous confronte. Cela a changé la manière dont je veux vivre ma vie — consciemment, avec de l’amour et de la compréhension envers les gens autour de moi. J’ai compris l’importance de partager ma vie et de m’efforcer d’être un peu meilleure chaque jour.

Maintenant, tu as décidé de revenir vers ton métier. Est-ce que tu portes un regard différent sur l’architecture ?

  • Je n’y avais pas pensé avant. J’ai commencé à me poser des questions sur les logements sociaux et la manière dont on peut inclure les résidents de ces logements à la conception des bâtiments. J’ai aussi des réflexions intéressantes sur la ville qui peut être considérée comme un refuge. Car les rues que nous empruntons tous les jours sont en fait pour beaucoup d’entre nous, une maison. Je vais sans doute commencer à découvrir les changements dans ma manière de concevoir des espaces et ma manière de communiquer avec les gens. C’était une année intense et je pense qu’avec le recul du temps, j’aurai la possibilité de réfléchir en profondeur à tout ce qui s’est passé dans cette période. Une chose est sûre, les souvenirs des moments partagés, des conversations, des dessins et des jeux resteront à jamais gravés dans ma mémoire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.