Des privations qui empêchent les plus pauvres de vivre dans la dignité

Le Mouvement International ATD Quart Monde, en collaboration avec l’Université d’Oxford, a conduit une recherche internationale participative intitulée “les dimensions cachées de la pauvreté” dans six pays : Bangladesh, Bolivie, États-Unis, France, Royaume-Uni et Tanzanie. Durant trois ans, des personnes en situation de pauvreté, des professionnels et des universitaires ont travaillé ensemble pour affiner la compréhension de la pauvreté et ses aspects multidimensionnels, afin de contribuer à long terme à l’élaboration de politiques plus pertinentes qui visent l’éradication de la pauvreté. Neuf dimensions interdépendantes et communes à tous les pays ont été définies.

Le manque de ressources monétaires, matérielles et sociales, correspond à la dimension la plus visible de la pauvreté. Ces privations entravent l’accès des personnes en situation de pauvreté à une vie digne. Elles sont reconnues dans le discours politique et figurent dans certains indicateurs multidimensionnels de la pauvreté.

Manque de travail décent

  • Les personnes vivant dans la pauvreté ont rarement accès à un travail équitablement rémunéré, sûr, stable, réglementé et digne. Souvent, elles commencent à travailler très jeunes. Dès lors, elles sont victimes d’exploitation, de mauvais traitements et d’humiliation.

La rémunération est rarement équitable par rapport aux taux du marché ou aux heures travaillées et peut être versée en nature plutôt qu’en argent.

« Nous n’avons pas le choix, on doit faire le travail que d’autres ne veulent pas faire. Nos enfants ne peuvent pas continuer leurs études car nous n’avons pas assez d’argent. » affirme un personne vivant en situation de pauvreté en France.

Des femmes en situation de pauvreté en Tanzanie déclarent :

  • « Nous sommes surmenées, mais nous sommes sous-payées. La plupart des femmes qui travaillent dans la carrière se réveillent généralement à 5 heures du matin et travaillent de 6h à 16h. A la fin de la journée, elles sont payées entre 2000 et 5000 Tsh (environ 0,85 à 2,10$). »

Dans certains cas, les travailleurs ne sont pas du tout payés, en violation du contrat ou parce qu’ils sont en condition de servitude.
Nombre d’entre eux sont obligés de parcourir de longues distances ou de migrer vers des endroits éloignés à l’intérieur ou à l’extérieur de leur propre pays, et vivent loin de leur famille.

De plus, les compétences relationnelles, organisationnelles ou entrepreneuriales plus larges acquises par la vie quotidienne dans la pauvreté ne sont pas reconnues.

Revenu insuffisant et précaire

Cette dimension se réfère au fait d’avoir trop peu de revenus pour pouvoir subvenir aux besoins de base et aux obligations sociales et vivre dans de bonnes conditions.

Une personne en situation de pauvreté au Royaume-Uni partage :

« La pauvreté c’est s’inquiéter tout le temps pour l’argent ».

  • Les personnes peuvent s’endetter pour couvrir leurs besoins essentiels, devenant ainsi plus dépendantes des autres, plus exposées au risque d’exploitation et à une plus grande insécurité économique.

Parfois, les revenus des adultes sont si faibles que leurs enfants sont obligés de travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Ce travail peut mettre les enfants en danger physique et les exposer à des risques d’abus.

« Le manque d’argent à la maison fait que les parents forcent leurs filles à se marier jeunes pour recevoir la dot. C’est de devoir porter des vêtements vieux, usés ou endommagés, de ne pas pouvoir réparer la maison ; pas de toilettes ; pas assez d’argent pour acheter même du savon ; pas d’électricité ; pas de kérosène ; pas de lampe pour étudier ; impossibilité d’aller à l’école ; travail des enfants ; estomac vide qui oblige à voler la nourriture ; douleur de ne pas pouvoir acheter la nourriture ou les traitements médicaux ; insolvabilité, crédits à taux d’intérêts élevés ; dépendance ; sentiments d’impuissance ; mendicité, prostitution. » (Caractéristiques de la dimension ‘manque d’argent’, Bangladesh)

Privations matérielles et sociales

  • La privation matérielle et sociale désigne le manque d’accès aux biens et services nécessaires pour mener une vie décente et participer pleinement à la vie en société.

Les ressources nécessaires comprennent des aliments nutritifs en quantité suffisante, des vêtements adéquats, des logements abordables et de qualité avec de bonnes installations sanitaires, de l’eau propre et un approvisionnement énergétique fiable assurant la sécurité et l’intimité. Cela inclut aussi une éducation non discriminatoire dans des écoles bien équipées, des soins de santé abordables, accessibles et efficaces, des transports publics qui fonctionnent et des environnements non dangereux.

De nombreuses personnes doivent pourtant vivre sans ces ressources. Un professionnel rapporte pour le cas de la Bolivie que « la surpopulation est terrible, l’ensemble de la famille vit dans une pièce de 3 mètres sur 3. Si vous vivez dans la pièce où vous faites la cuisine, l’humidité a des effets sur votre santé. »

Ce manque affecte la possibilité des enfants de grandir et de se développer normalement. D’autant plus que l’environnement scolaire peut créer des barrières.

En Tanzanie par exemple, «certains élèves sont venus à l’école sans mettre leur chemise dans leur short et un professeur les a punis. Il ne savait pas qu’ils le faisaient pour éviter la honte en cachant leurs shorts déchirés et leur manque de vêtements. » témoigne un professionnel.

Ces privations affectent énormément toute la vie des personnes vivant dans la misère. Sans ces ressources, les individus, les familles et les communautés sont d’une part incapables de répondre aux besoins quotidiens mais aussi privés d’une vie digne et de temps de qualité pour leur famille ou leur croissance personnelle.

Le rapport complet est disponible sur ce lien.

Vous pouvez également suivre en livestream la conférence de présentation des recherches à l’OCDE en cliquant ici.

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