Assises du Mouvement ATD Quart Monde: « s’engager pour ne laisser personne en arrière »

« Sommes-nous vraiment à la recherche des plus pauvres ? Que change la présence et l’action d’ATD Quart Monde dans la vie des plus pauvres ? Comment aller plus loin et se soutenir pour atteindre les plus pauvres ? Étant d’un mouvement international et de cultures différentes, comment apprenons-nous à nous faire profondément confiance malgré nos grandes différences ? »

C’est autour de ces questions que du 13 au 19 juillet, une quarantaine de membres d’ATD Quart Monde de 7 pays d’Afrique (Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, RD Congo, Sénégal, Tanzanie et Centrafrique), d’Europe et de la Délégation régionale pour l’Afrique se sont retrouvés à Bangui pour réfléchir sur leur engagement et grandir ensemble en responsabilité.


Dans son mot d’accueil aux participants, Béatrice Epaye, membre du conseil d’Administration du Mouvement international, a remercié chacun d’avoir accepté de venir. « Ce n’est souvent pas facile ces derniers temps que les gens acceptent de venir chez nous, en Centrafrique, à cause de tout ce qu’on a vécu. Dans cette ville de Bangui où nous recherchons la paix, la réconciliation, vous êtes venus nous encourager par votre présence. »

Parfait Nguinindji, militant du mouvement en Centrafrique, a précisé d’emblée la portée de la rencontre : « On ne va pas rester comme ça, car il y a encore des personnes en train de se débattre, de souffrir. On les a refusés (rejetés) et ils pensent avoir déjà perdu. Mais il ne sont pas perdus, il y a des gens pour aller leur donner des forces. C’est ça le travail qu’on doit faire. Nous ne sommes pas là pour rester tranquilles, non, nous sommes là pour aller chercher les autres, les isolés, les recroquevillés, et les ramener dans l’assemblée. »


Mouktar Cissé, venu de Bouaké, a expliqué : « Nous les pauvres nous ne sommes pas des mendiants. Notre liberté, notre fierté c’est d’être considérés comme les autres, c’est ça le plus important. Le fait de nous apporter quelque chose, ça nous arrange, mais le fait d’apporter l’amour c’est plus fort. Pour d’autres, nous sommes des bons à rien, pourtant, quand le soleil sort le matin quel que soit ton rang social, la lumière du soleil arrive devant ta porte. »

Florent Bambara, de la délégation burkinabé a fait réfléchir le groupe sur la responsabilité. « Ne pas être reconnu est très lourd, très difficile ». « Ayant reçu la responsabilité du Mouvement dans le pays, j’ai voulu faire comprendre aux gens que la responsabilité au sein d’ATD n’est pas un pouvoir sur les autres. Mais c’est un devoir de veiller à ce que chacun soit reconnu comme un acteur pour cette lutte, de veiller à ce que tous s’assoient sur la même table pour orienter le Mouvement au Burkina. »

Dialogue avec des parlementaires

Le lundi 18 juillet, dans les locaux de l’Assemblée Nationale, l’ensemble des délégués a été reçu pendant 3 heures par un groupe de 8 parlementaires centrafricains.

Après un temps de présentation mutuelle, l’échange a porté sur le thème « ne laisser personne en arrière », préambule des Objectifs de Développement Durable.


Pour l’un des députés présents, « une des crises en Centrafrique est due à la misère. » Et il a exhorté ses collègues de l’Assemblée « à travailler à une loi cadre, multi-sectorielle, contre la grande pauvreté en Centrafrique (…) pour sortir de ce paupérisme qui tue ». Plusieurs députés ont insisté sur l’importance de l’éducation.

El HadjGueye, participant aux Assises qui travaille dans l’administration publique du Sénégal, a partagé son expérience et invité à redoubler d’efforts dans chaque pays « pour rejoindre les familles les plus reculées, ces familles qui ont peur d’aller vers l’administration, car elles se disent qu’elles n’y ont pas leur place. »

Honorable Davy Yama, 3° vice président de l’Assemblée Nationale, a conclu en disant sa satisfaction d’avoir mieux connu ATD Quart Monde et « la dynamique qui l’anime, qui est de privilégier la dignité humaine, de renforcer le capital humain pour combattre la misère. »

Rendez-vous est pris pour le 17 octobre prochain, Journée mondiale du refus de la misère, à laquelle, cette année en Centrafrique, l’Assemblée Nationale pourrait être associée.

Les médias centrafricains et étrangers ont largement couvert cette rencontre, comme en témoigne le reportage diffusé le 21 juillet 2016 sur Radio France Internationale.