Une bibliothèque de rue pour faire émerger la paix

Depuis quelques années, l’équipe d’ATD Quart Monde Espagne à Madrid travaille à la détection et à la découverte des quartiers et zones défavorisés de la région madrilène. L’objectif était de trouver un nouveau lieu où il serait judicieux de s’enraciner et de nouer des liens avec des personnes, des familles et des organisations qui refusent la persistance de la pauvreté et de continuer à construire un mouvement ensemble.

Grâce à cette mobilisation, plusieurs membres de l’équipe de volontaires permanents se sont installés et ont commencé à vivre dans la municipalité de Parla, entremêlant ainsi les solidarités. En juin 2021, avec d’autres utopistes, ils ont organisé un Festival du savoir qui a mobilisé plus de 400 enfants dans deux quartiers de la ville. À la suite de cette expérience, et avec le désir de continuer à apprendre à tisser la solidarité, ils ont lancé une bibliothèque de rue dans deux quartiers de Parla.


Apprendre à faire émerger la paix qui est en nous

Bibliothèque de rue à Parla, Madrid, 2022 © ATD Quart Monde

En septembre, nous avons à nouveau étendu les bâches bleues dans la rue. Chaque samedi matin, un groupe de jeunes vient dans le quartier, défiant le froid, la pluie, la flemme, l’envie de jouer plutôt au foot ou à la « Console » ou l’obligation de sortir de son pyjama. Chaque samedi est fait d’inconnu et de surprises. Nous sommes accueillis par les draps fraîchement étendus et quelques fenêtres ouvertes qui laissent entrer l’air frais dans les maisons. Nous sommes aussi accueillis par les interpellations des enfants : « Je ne peux pas descendre aujourd’hui« , « ma mère est partie faire des courses« , « Je descends tout de suite » …

En septembre, nous étions des inconnus, aujourd’hui nous sommes attendus, tout comme les livres et les jeux .

Entremêler luttes et rêves de dignité

Bibliothèque de rue à Parla, Madrid, 2022 © ATD Quart Monde

Depuis septembre, la bibliothèque de rue est installée dans deux quartiers modestes où vivent des personnes en difficulté. Ces quartiers ont en commun, entre autres, le manque d’éclairage public et le fait que personne ne peut profiter de l’espace public à la nuit tombée. Ou encore l’abandon institutionnel et social qui se manifeste par l’état des bâtiments, par le fait que les ascenseurs ne fonctionnent plus depuis des années ou que les garages sont totalement inutilisables.

Ces quartiers ont également en commun de se voir régulièrement insultés, culpabilisés et comme maintenus en dehors des droits. Si vous parlez de l’un de ces quartiers de Parla, en retour vous n’entendrez dire que du mal, on vous dira qu’il y règne la loi de la jungle, la violence, la peur… Ce ne sont pas uniquement les bâtiments et les espaces publics qui sont abandonnés, mais la dignité et l’honneur des personnes qui y vivent. Elles sont abandonnées à leur sort, privées des droits les plus élémentaires, sans possibilité de s’inscrire ou d’avoir accès à des activités culturelles de base et toute participation citoyenne.

Ainsi, la bibliothèque de rue a une responsabilité énorme et difficile. Elle ne doit ni décevoir, ni échouer, ni blâmer puisqu’elle est la seule activité proposée dans ces deux zones urbanisées.

   

À quoi ça sert une bibliothèque de rue ?

Ça sert à ce que les enfants puissent occuper l’espace public avec leurs rires, leurs jeux et leurs livres. Pour occuper l’espace et se faire des amis dans le quartier. C’est un formidable moyen de se débarrasser de la honte et faire ce que l’on aime faire : jouer, peindre, imaginer, créer… Pour voir le monde à travers les fenêtres que les livres ouvrent : beau, grand, drôle, fantastique… Pour donner son avis sur le monde, sur nos désirs, sur la manière dont on rêve son quartier, sur les endroits qu’on voudrait connaître.

Bibliothèque de rue à Parla, Madrid, 2022 © ATD Quart Monde

Et ça sert aussi à parler de ce qui ne va pas, que telle famille a été menacée, que telle autre a été expulsée, qu’en tant qu’enfants nous avons des soucis d’adultes et que parfois nous en subissons les conséquences, comme quand un tel a été frappé… Mais c’est surtout un lieu où on partage et où on met en pratique ce dont nous sommes capables, comme par exemple la solidarité des voisins qui se relaient pour accueillir une femme seule qui vient d’être expulsée de chez elle.

La bibliothèque de rue sert à faire émerger toute la PAIX que nous portons en nous, cette paix enfouie dans les soucis, les frustrations et les problèmes, cette paix qui éveille notre désir de rendre les choses autour de nous meilleures, plus justes et plus désirables.

Cette PAIX qui est la nôtre, collective, possible, petite. Cette paix qui fait bouger le monde.

 

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