Un projet efficace en Tanzanie

Photo : Scéance de correction des devoirs des enfants, Tanzanie, 2021 © ATD Quart Monde


Face au Covid-19, les écoles ferment leurs portes

Comme la plupart des pays du monde, le gouvernement en Tanzanie a tenté de contrôler la pandémie de Covid-19 par le confinement et la distanciation physique. En avril 2020, les écoles, collèges et universités ont été fermés, obligeant les élèves et les étudiants à recourir à d’autres modes d’apprentissage. Le gouvernement a proposé des cours virtuels, ainsi que des programmes éducatifs à la télévision, à la radio et même dans les journaux. Mais toutes les écoles n’avaient pas la possibilité d’accompagner l’apprentissage des enfants à domicile. Par conséquent, certains élèves n’ont pas reçu le soutien dont ils auraient eu besoin pour poursuivre leur scolarité.

Atteindre les familles là où elles se trouvent

Lorsque les écoles ont fermé, les animateurs de la bibliothèque de rue à Dar es Salaam, avaient bien conscience que l’enseignement en ligne serait impossible pour de nombreux enfants pauvres. Ces enfants n’ont pas d’ordinateurs. Cinq animateurs de la bibliothèques de rue de Tandale, dont quatre d’entre eux sont issus du quartier, se sont mobilisés avec les habitants pour fournir du matériel pédagogique aux enfants. À ce moment-là, beaucoup de ces enfants se préparaient aux examens pour passer de l’école primaire aux études secondaires.

Les animateurs à la rencontre des enfants, Tandale, Tanzanie, 2022 © ATD Quart Monde

Guidés par un enseignant professionnel, les animateurs ont fait parvenir aux enfants du quartier des exercices inspirés de ceux proposés par l’école. Ensuite un enseignant faisait les corrections et retournait les copies aux enfants avec diverses explications pour qu’ils puissent continuer à apprendre. Les animateurs ont accompagné les enfants tout au long de ce processus.

Se concentrer sur les plus vulnérables

En plus de Tandale, ce projet s’est également déroulé dans d’autres lieux, à Boko, Chasimba, Tegeta et Machinjioni, où déjà, avant la pandémie, les volontaires permanents et les animateurs des bibliothèques de rue se rendaient pour proposer des activités et rencontrer les familles. Dans chacun de ces endroits, les membres d’ATD Quart Monde ont été particulièrement attentifs de rencontrer et d’impliquer les enfants les plus vulnérables et leurs familles, même celles qu’ils ne connaissaient pas vraiment auparavant.

  • Environ 550 enfants ont participé à ce projet. Beaucoup d’entre eux avaient abandonné l’école mais ont pu y retourner grâce à cet effort conjoint. D’autres, qui n’étaient pas encore scolarisés, ont pu s’inscrire grâce au projet.

Un projet efficace

Lorsque les écoles ont rouvert, les élèves qui avaient participé au projet ont obtenu de meilleurs résultats qu’avant la fermeture des écoles. De nombreuses familles ont déclaré que leurs enfants étaient plus motivés qu’avant, plus disposés à s’investir y compris dans la recherche de matériel.

D’autre part, les animateurs ont remarqué tout au long du processus que de nombreux parents d’élèves ne savaient ni lire ni écrire, ce qui les empêchait d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs. Le désir de pouvoir le faire à l’avenir a motivé nombre d’entre eux à suivre des cours d’alphabétisation.

Familles monoparentales et accès à l’éducation

Les animateurs ont observé que l’impact de la fermeture des écoles était encore plus important sur les enfants de familles monoparentales. Et les filles ont davantage été pénalisées, devant s’occuper de leurs frères et sœurs pendant que leurs mères étaient au travail. Certains enfants de ces familles n’ont pas pu se préparer aux examens dans le temps qui leur était imparti.

Malgré ces difficultés, les animateurs sont satisfaits des résultats du projet, car les élèves avaient soif de participer et d’apprendre. Les parents ont également apporté leur soutien, voyant que le projet était bénéfique pour leurs enfants, se mobilisant et invitant d’autres familles à s’impliquer. Cela a permis à de nombreux enfants qui ne participaient pas à la bibliothèque de rue de se joindre également au projet.

Qu’aucun enfant ne soit laissé de côté

Le fait qu’il y ait eu plus d’enfants que prévu a poussé les animateurs à s’impliquer au-delà de ce qu’ils avaient imaginé initialement. Bien qu’ils aient parfois progressé plus lentement qu’ils ne l’auraient souhaité, à cause de problèmes d’impression ou de manque de papier, ce qui signifie que tous les élèves n’ont pas pu recevoir le matériel au bon moment.

Face à une crise comme celle de la pandémie, alors que les écoles fermaient, les animateurs ont réalisé que les propositions du gouvernement étaient inadéquates pour les enfants qui n’avaient pas les moyens d’accéder aux formes alternatives d’apprentissage mises en place. Ils ont alors cherché des moyens de garantir l’accès de tous au droit à l’éducation, en commençant par ceux qui risquaient le plus d’en être privés.

Ce projet a révélé une fois de plus à quel point la vie est difficile pour de nombreuses familles en Tanzanie. Mais il montre également des moyens de travailler ensemble pour remédier au manque de ressources.

Le refus que les enfants ne puissent pas poursuivre leur scolarité a mobilisé les parents, les animateurs des bibliothèques de rue ainsi que d’autres membres d’ATD Quart Monde pour faire en sorte qu’au milieu de cette pandémie, aucun enfant ne soit laissé de côté.

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