Tenir ensemble

Sculpture : 2012, République Centrafricaine, fait en moelle de sureau  – AR0100101091 © ATD Quart Monde

La crise qui frappe la planète depuis décembre dernier est d’abord sanitaire, même si nous savons que ses effets collatéraux sont déjà nombreux. Les situations dans lesquelles nous nous trouvons sont bien-sûr différentes de celles auxquelles les membres d’ATD Quart Monde en République Centrafrique ont dû faire face dans les années 2013-2015, au moment des conflits armés. Pourtant, le courage, la résistance, la créativité qui ont été leurs, pour continuer à « être mouvement ensemble » peuvent sûrement nous inspirer aujourd’hui.

L’article qui suit a été écrit durant cette période de conflits armés par une des volontaires de l’équipe d’ATD Quart Monde en République Centrafricaine.

Être en lien, avoir des nouvelles de la famille, des amis, c’est tenir ensemble … Dans ce temps de crise, une grande part du travail de notre équipe à Bangui consiste à maintenir des liens et partager des nouvelles.

Comment tenir le coup ?

A Bangui, chaque jour, les habitants inventent leur réponse. Et celle qui vient spontanément c’est être en lien avec d’autres, avoir des nouvelles des autres, loin ou proches. C’est cela qui vous donne du courage, de la joie et de la force pour continuer à croire qu’il y aura un demain meilleur.

2007, RCA, « Kokoro-boing », gouache et feutre – AR0200905009 © Jacqueline Page
  • Bruno dit que « tant qu’on peut avoir des nouvelles, on peut tenir. Des nouvelles de notre famille, de notre pays et de nos amis, d’ici et d’ailleurs ». Clara ajoute : « même si la situation est difficile dans le quartier, il faut au moins sortir pour avoir des nouvelles ».

Sur l’un des plus importants sites de personnes déplacées de Bangui, une douzaine de poste radios ont été offerts par une ONG. Le porte-parole des habitants du camp souligne : « Sans information, c’est la désinformation ». Et il envisage avec d’autres d’organiser des points d’information à heures régulières pour se regrouper et écouter ensemble les nouvelles aux postes.

  • Pour Gilbert : « Le travail, c’est aussi un lieu de rassemblement pour faire des échanges. Je vais au travail même si cela fait six mois que je ne suis pas payé. Tous les jours quand on se voit, on se retrouve, on se console :  « Comme ça ne va pas chez toi, viens chez nous ». Ça consolide les liens. Quelqu’un qui accepte de t’accueillir chez lui, c’est très fort. Les enfants vont s’en souvenir ».

Être informé est important mais aussi se savoir soutenu.

Depuis le début des évènements en Centrafrique, il y a un an, la Cour où se retrouvent tous les amis d’ATD Quart Monde est une véritable ruche où aboutissent et repartent les messages venant de toute la ville, des villages plus éloignés mais aussi du monde entier.

2007, RCA, « Centre ville Bangui », crayon – AR0207001002 ATD Quart Monde © Yvon Gandro

Divin reçoit et retransmet des SMS : « J’étais en ligne avec Peter depuis son pays la Suisse, il nous envoie plein de salutations pour les amis ici ». Ou encore : « J’ai eu François, en France, au téléphone et il salue tout le monde ! »

« Vous avez le bonjour des amis de l’île, du centre ville ou d’autres sites. De Luçay, de Guillermo, d’Elie et même de Pape Diop depuis le Sénégal ! »

La Cour accueille presque tous les jours des membres du Mouvement. Ils reçoivent des messages et les nouvelles repartent aussitôt vers d’autres quartiers.

C’est un lieu stratégique pour maintenir des liens avec les amis des différents quartiers. Et c’est ainsi que les messages qui viennent de Kassaï partent à Kokoro, ou de Walingba vers Fatima, de l’île Mbongossoua vers Gobongo, Miskine, Danzi, Koula Mandja, et retour dans l’autre sens : car les nouvelles circulent. Tous les jours l’équipe relaie les mots d’amitié et d’encouragements des uns vers les autres.

  • Quelques soient les moyens de communication tous sont utilisés : les conversations, les petits mots écrits, le téléphone, internet et les skypes vers les autres pays. Comme le dit Simplice avec sagesse : « Se partager des nouvelles entre nous, savoir qu’on est là les uns pour les autres, avoir des nouvelles de tout le monde qu’on connaît :  c’est un bon début vers la paix ? »

Ce carrefour, ces liens et nouvelles partagés font vivre et tenir. «Nous savons que nous sommes ensemble, et que nous sommes portés par beaucoup de monde, ça compte ! »

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