S’offrir la bienvenue

  • Cette année, le thème de la Journée internationale des droits des femmes, «Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes », nous interpelle sur les défis qu’il reste à relever, ensemble, pour promouvoir l’équité entre les sexes et mettre fin à ce qui porte atteinte à l’intégrité de la femme. Aujourd’hui, ATD Quart Monde veut rendre hommage aux femmes de milieux défavorisés à qui rien n’est épargné. Chaque jour, sous toutes les latitudes, elles posent des actes de résistance et de solidarité pour rendre la vie possible.

Article écrit par François Jomini, volontaire permanent d’ATD Quart Monde

Laurence est une jeune femme qui connaît la pauvreté et l’errance dans son propre pays, la Suisse. Elle sait ce que signifie n’être pas bienvenue quelque part. Il lui est arrivé d’être sans domicile. Elle passe alors ses nuits dans des centres d’accueil d’urgence.

Laurence se rend souvent au dortoir plus tôt, dès l’ouverture, pour accueillir celles qui viendront. Quand une femme arrive au dortoir la première fois, l’épuisement et la peur sur ses traits, elle lui sourit, lui tend la main et se présente par son prénom. Elle vient à sa rencontre, car elle connaît l’angoisse d’être étrangère en un tel lieu. Peut-être cette femme est-elle malade ? Alors Laurence, prévenante, lui indique à qui s’adresser, la présente, la conduit là où elle peut se procurer ce dont elle a besoin. « Quand on ne connaît personne, on a peur de demander. » Elle évoque une jeune réfugiée qui semblait particulièrement perdue. Laurence pensait qu’il lui serait pénible de se rendre à la cave pour recevoir des vêtements de la part de l’homme préposé à la distribution, alors elle l’accompagne.

« Il faut prendre le temps, expliquer en douceur… Je parle quelques mots dans plusieurs langues, et quand je n’ai pas les mots, il me reste les gestes. »

Laurence ne se lance pas de fleurs… « Pour moi c’est dans les détails de la vie que s’exprime la bienvenue ». Rien que de très normal. Elle évoque ces femmes roumaines, qui ne parlent pas sa langue, mais sont si gentilles, si accueillantes et veillent maternellement sur les autres.

« On pourrait croire qu’elles seraient devenues dures avec la vie qu’elles ont, être chassées de partout ! Mais non…»

Son regard s’allume à l’évocation de ces femmes. Ainsi Laurence, à demi-mots, laisse entrevoir toute l’humanité qui se vit dans un lieu d’hébergement d’urgence, un lieu voué à ne jamais devenir un « chez soi ». Cette humanité ne tient pas à la structure ni uniquement aux professionnels qui en ont la charge.

Ce sont des femmes qui connaissent elles-mêmes le rejet, l’abandon, l’indifférence de la rue qui apportent avec elles entre ces murs anonymes la bienveillance, la prévenance, la tolérance, l’amour. Ce sont elles qui habitent : elles mettent de l’âme entre les murs.

Confronté à la tentation du monde d’ériger des murs aveugles, j’aime à rejoindre Laurence dans la lumière crue du réel, dans la limpidité de son regard, dans la lucidité de son action immédiate, véritable et spontanée. La seule qui change le monde, sans bruit. Ici, des femmes, des hommes que rien ne préparait à se rencontrer, osent encore se regarder dans les yeux. S’offrir la bienvenue.

Pour mieux connaître l’historique de la journée internationale des droits des femmes.

Pour lire la Déclaration de Beijing (pages 9 à15 du document)

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