S’engager avec les enfants en situation de rue

Photo : Rencontre régionale des animateurs, Bangui, 2021 © ATD Quart Monde


Article écrit par Henri Muzusangabo, animateur d’ATD Quart Monde en République Démocratique du Congo.

Rencontre régionale des animateurs engagés aux côtés des enfants

Bangui du 08 au 12 juillet 2021

Apprendre ensemble à s’engager aux côtés des enfants et jeunes qui vivent et travaillent dans la rue. Telle était l’ambition de la rencontre régionale qui s’est tenue à Bangui, en Centrafrique, et qui a réuni une vingtaine d’animateurs engagés dans trois pays : Burkina Faso, Centrafrique et République démocratique du Congo. Le programme a été bâti pour faciliter le partage d’expériences entre eux, dans une dynamique de co-formation.

Un espace offert à ces  jeunes animateurs pour apprendre ensemble à partir de l’expérience de l’un et de l’autre et porter le plus loin possible leur ambition : rejoindre les jeunes dans la rue, pas pour y rester avec eux, mais pour les aider à retrouver leur  place au sein de leurs familles,  dans leur communauté et dans la société.

Les animateurs trouvent dans leur propre vécu un fort enracinement de leur engagement

Rencontre régionale des animateurs, Bangui, 2021 © ATD Quart Monde

Dans ces trois pays, les enfants et les jeunes en situation de rue affrontent des difficultés qui accentuent leur niveau de vulnérabilité. Dans cet environnement, ils subissent des violences de plusieurs formes. Cependant, entre eux, ils demeurent solidaires. Ils observent leur société et sont bien conscients de la négligence et de l’indifférence presque générales à la souffrance qu’ils vivent.

C’est à partir de ce constat que les animateurs réfléchissent aux actions à mener. Certains  ont eux-mêmes vécu dans la rue enfant, ils connaissent et comprennent bien cette réalité. Gouba, animateur au Burkina Faso, dit volontiers : « Ces enfants sont mes amis« . D’autres animateurs, bien qu’ayant toujours vécu en famille, ont aussi traversé des difficultés à cause de la pauvreté. Tous savent d’expérience que les enfants qu’ils rejoignent ont besoin d’amour et qu’ils ont bien des choses à apporter à la société.

Lutter contre la misère c’est leur quotidien

Un des plus jeunes animateurs raconte : « À la mort de mon père, la vie de notre famille a été bouleversée. Ma mère, exclue de l’héritage, a dû faire tout ce qu’il faut pour assurer notre survie. Elle s’est livrée aux travaux qui se présentaient, par exemple faire la lessive dans d’autres ménages du quartier. Malgré toutes ses difficultés, elle me soutient et me prodigue des conseils. Tous les jours elle m’encourage à m’engager avec d’autres contre la misère. » Tous auraient des histoires semblables à raconter, aucun d’eux ne baisse les bras face à la précarité.

De la connaissance à l’action, les animateurs renforcent leur pouvoir d’agir

Toutes les points abordées dans la rencontre ont été approfondies à partir de faits solides, vécues :

  • Mieux comprendre comment la misère sépare parents et enfants.
  • Découvrir le contexte des différents pays à travers la réalité que vivent les enfants et les jeunes dans la rue : violences,  résistances et solidarités.
  • Présenter les actions pour voir la diversité d’activités qui tiennent compte des contextes, des engagements et des partenariats. Les principes d’action et la manière de rejoindre concrètement les enfants, de faire évoluer les activités en fonction des liens qui se tissent et la confiance gagnée entre les uns et les autres. Se donner les moyens de prendre du recul pour apporter des pistes d’évolution de l’action.
  • Aborder les questions de participation des enfants, incontournable,  ainsi que le plaidoyer pour la protection de leurs droits, le plaidoyer étant le prolongement naturel de l’action pour apporter de vrais changements.

Un temps de partage

Une belle surprise a agrémenté le programme : la visite d’un artiste exceptionnel qui fait des objets avec du fil de fer d’où son nom  « Wilfrid, fil de fer ». Lui-même a connu le combat pour survivre dans la rue et n’a jamais lâché sa passion de créer.

La visite aux familles de l’île de Mbongossua sur le bord du Fleuve Oubangui a été un autre temps fort pour les participants. Ils ont ainsi marqué leur solidarité à ces familles qui vivent sous tentes depuis les inondations d’octobre 2019. C’était aussi un encouragement à l’équipe d’ATD Quart Monde qui accompagne ces familles pour l’accès à un logement durable dans un environnement sain.

  1. C’était un moment fort qui a nourri nos engagements aux côtés des enfants vivants et travaillant dans la rue. Un enfant qui a quitté sa famille pour vivre dans la rue est un être fragile qui a besoin de nous pour l’aider à rentrer dans sa famille afin de préparer son avenir pour qu’il soit utile à lui-même, à la famille et à la société toute entière plutôt que d’être un danger pour tous. Ces enfants ont besoin de l’accompagnement de tout un chacun.

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