Protection sociale et environnement

Rencontre à l'Antenne de Dakar

Article écrit pas Jean-Michel Kantoussan, volontaire permanent au Sénégal.

Lors de la Journée Mondiale du refus de la misère, une trentaine de personnes s’étaient réunies à l’Antenne régionale dATD Quart Monde à Dakar. Le thème de leur réflexion était le suivant : « Construire l’avenir ensemble, mettons fin à la pauvreté persistante en respectant toutes les personnes et notre planète. »

Impact de la politique sociale sur le quotidien des plus pauvres

Au cours des échanges, les participants ont mis en évidence un dysfonctionnement. Une militante Quart monde dit :

« À quoi ça sert de mettre en place de la politique sociale si les personnes éligibles n’en bénéficient pas ? »

Bien que l’État fasse des efforts pour soutenir la population, les personnes en situation de pauvreté soulignent un manque d’information. Le développement des secteurs de la santé, de l’éducation, du logement et du travail reste un des grands défis à relever, tout comme garantir le bon fonctionnement des institutions publiques afin que chaque personne soit respectée dans sa dignité.

Un autre militant dit :

  • « Dans plusieurs hôpitaux, nous ne sommes pas considérés comme il faut. Nous devons le dénoncer. Certaines structures nous appauvrissent. Par exemple, cet homme qui accompagnait sa femme à l’hôpital pour soigner sa jambe fracturée. Grâce à des aides, sa famille a pu rassembler la somme exigée pour les soins. Mais au moment de sa sortie, l’hôpital a exigé une somme complémentaire, et comme Monsieur ne pouvait pas l’honorer, sa carte nationale d’identité, indispensable pour trouver du travail, lui a été confisquée jusqu’à ce qu’il trouve la somme en question. »

Les solidarités pour tenir ensemble

Malgré la situation de précarité à laquelle sont confrontés les personnes en situation de pauvreté, ces dernières ne baissent pas les bras. Elles restent solidaires entre elles et se soutiennent.

Une femme très engagée dans son quartier explique :

  • « J’ai mon petit commerce et je partage toujours mes revenus avec les personnes qui sont dans le besoin. Je suis consciente que ce n’est pas ce qui fera disparaître la pauvreté autour de moi car je ne gagne pas beaucoup, mais au moins j’essaie d’apporter ma contribution. Ici, dans la zone de Guinaw-Rails, j’ai aidé beaucoup de femmes à travailler. Elles veulent toutes travailler, mais sans moyens, c’est compliqué. Pourtant les crédits mutuels sont là et pourraient leur accorder des prêts, mais elles n’osent pas y souscrire en raison des garanties demandées et des risques de saisie de biens. »
Rencontre à l'Antenne de Dakar
Journée du Refus de la Misère à Dakar, Sénégal, 2021 © ATD Quart Monde

Justice sociale, justice environnementale : des combats urgents à mener de pair.

De ces discussions, est fortement ressorti que la précarité et l’environnement dégradé marchent ensemble. Les familles en situation d’extrême pauvreté se voient obligées de vivre dans des endroits insalubres du fait d’un manque de moyens.

  • « Notre environnement est pollué et, pendant la saison des pluies, la situation s’aggrave. Nous sommes tous fatigués et malades. Nous qui savons ce que nous endurons à cause de la dégradation de notre environnement, nous avons bien conscience qu’il faut faire quelque chose. Nous faisons le maximum pour rendre nos maisons propres, mais nous ne pouvons pas lutter contre les inondations sans moyens. S’il ne s’agissait que de la pluie, cela aurait été plus simple. Mais cette eau qui entre dans nos maisons se mélange souvent à l’eau des fosses septiques. Cela nous rend malades, et, seuls, nous n’y pouvons rien. »

Ces préoccupations ne laissent pas les esprits tranquilles dans plusieurs quartiers.


Photos : Journée du Refus de la Misère à Dakar, Sénégal, 2021 © ATD Quart Monde

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