Conférence à Bangui sur la participation des plus pauvres

Photo : Conférence, Université de Bangui, 2021 © ATD Quart Monde


Présentation de la conférence par Maitre Timoleon KOKONGO, allié en Centrafrique

La recherche participative

Nous avons organisé une conférence à l’Université de Bangui pour sensibiliser les étudiants, les professeurs et le monde professionnel  sur la nécessité de la participation des plus pauvres et la prise en compte de leur intelligence. Nous nous sommes appuyés sur les résultats de la recherche participative que le Mouvement ATD Quart Monde a menée ces dernières années en partenariat avec l’Université d’Oxford.  Cette recherche sur les dimensions cachées de la pauvreté a employé comme méthodologie le Croisement des savoirs et des pratiques.

Les intervenants

Deux militants Quart Monde et deux universitaires1 ont été les intervenants de la conférence.

Mme Gisèle Lamasi, militante Quart Monde, explique :

  • « J’ai changé avec ATD Quart Monde, je suis sortie de l’isolement, je ne suis plus recroquevillée comme auparavant. Le Mouvement m’a écouté et a permis que d’autres personnes m’écoutent et me comprennent. Ça s’est produit grâce à l’expérience et la considération que j’ai tissées au sein du Mouvement, grâce aux espaces qui m’ont été ouverts. J’ai pu être considérée, rencontrer des gens très différents  et apporter mes réflexions au sein du Mouvement et au-delà. Lors de la célébration de la Journée mondiale du refus de la misère, j’ai témoigné de ma vie et j’ai fait appel aux gens pour qu’ils considèrent les plus pauvres. En étant au milieu d’autres, en étant écouté, j’ai retrouvé ma dignité. Les personnes, les voisins, qui, avant, ne pouvaient pas m’écouter ni me comprendre, à présent ils m’écoutent sans problème parce qu’ils savent que le Mouvement ATD Quart Monde me donne le respect. Ma vie a changé parce que nous avons eu, ensemble, le savoir, le courage et la sagesse pour combattre la misère. C’est une force qui grandit quand vous êtes au milieu des autres, qu’ils respectent votre dignité, qu’ils vous écoutent et prennent en considération vos réflexions et vos idées. Quelqu’un qui vit dans la grande misère a besoin de parler et d’être entendu. Tout homme est un homme, «Zokwezo» comme le disait Boganda, le père fondateur de la République Centrafricaine. »

Monsieur Parfait Nguinidji, lui aussi militant Quart Monde, ajoute :

  • « Avant, on me considérait comme un imbécile, un vaurien. Maintenant, je sens que mon intelligence se débloque parce que d’autres y donnent de la valeur, m’écoutent quand je parle et me considèrent. Votre parole a-t-elle déjà été confisquée, par exemple lors d’une réunion ou d’un débat auquel tout le monde a le droit de donner son avis excepté vous ? C’est la pire des choses, d’être compté comme une personne sans apport, comme si votre présence ou votre absence ne changeaient rien, absolument rien.« 

Chacun est important dans le processus de la recherche

La conférence a réuni 185 personnes, notamment des étudiants, des professeurs et assistants, des professionnels, des journalistes, des militants associatifs et des membres d’ATD Quart Monde.

À l’issue de cette conférence, un étudiant a dit :

  • « Après cette conférence, je vous assure que je vais sensibiliser les gens de ma communauté sur le respect de ceux-là qui vivent dans la pauvreté. Je vais sensibiliser mon quartier sur la lutte contre la pauvreté. Et je demande au mouvement de sensibiliser nos leaders politiques. Je ferais ce travail bénévolement. »

L’un des intervenants, Monsieur Samuel BISSAFI, professeur et anthropologue, a conclu :

  • « ATD Quart Monde doit continuer à organiser des espaces pareils sur les grandes thématiques pour créer le débat entre les chercheurs et les communautés. Cette méthodologie de croisement des savoirs nous enseigne que chacun est important dans le processus de la recherche. Grâce à lui, de nouvelles connaissances sont produites. C’est pour cette raison que j’insiste sur le fait que les personnes pauvres doivent être associées dès l’élaboration du projet et dans la formulation des questions. Cette méthodologie est une contribution, un progrès, un surplus aux méthodes traditionnelles. »
  1. Le professeur Anthropologue Samuel BISSAFI et le docteur Abdon LIANGO qui a également été modérateur de la conférence

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