Aucune époque ne peut ignorer la jeunesse

Photo : Dole, France, 2021 © ATD Quart Monde


Message d’Isabelle Pypaert Perrin, Déléguée générale d’ATD Quart Monde

  • « Vous savez, vous, ce qu’est vraiment la justice, vous qui avez vécu dans l’injustice ; vous savez, vous, ce que c’est que le travail, vous qui n’avez pas de métier dans vos mains ; vous savez, vous, ce que c’est que l’instruction, vous qu’on a privés d’école ; vous savez, vous, ce que c’est de n’avoir pas d’amis, vous qu’on a coupés de l’amitié … Voilà qui vous êtes. »
  • Joseph Wresinski, s’adressant aux Jeunes du Quart Monde en 1973.

Kevin rentre du travail, les yeux rivés au sol. Cela va faire un an qu’il est embauché au service d’entretien des bâtiments municipaux. Ce travail, il y tient : « C’est le plus long que j’ai eu dans toute ma vie ! ». Ce qui l’inquiète, c’est que son contrat à durée déterminée arrive à échéance. Alors il se garde de rêver.

« Moi, c’est au jour le jour. Quand une chose bien m’arrive, il y a toujours un truc qui fait que ça s’écroule ! »

Non loin de son immeuble vivent Elsa et Téo, un couple de volontaires permanents qui a choisi d’habiter ce quartier défavorisé. Ils cherchent à rejoindre les jeunes qui, comme Kevin, poursuivent leur quête d’un avenir dans un monde qui semble ne pas avoir besoin d’eux. Téo et Elsa ont peu à peu établi des relations de confiance avec leurs voisins.

« On essaie de se connaître les uns les autres. On se croise dans la cage d’escalier, au supermarché ou à la poste. Ils connaissent nos enfants et nous connaissons les leurs. »

C’est ainsi qu’ils ont connu la maman de Kevin, dont ce dernier a été si longtemps séparé à cause du placement. La première fois qu’Elsa a croisé Kevin, il passait le plus clair de son temps sur sa console de jeux et ne voyait pratiquement personne. Il était entre un stage d’insertion professionnelle sans lendemain et une courte mission intérimaire. « Si tu veux, tu peux venir. Il y a quelques jeunes qui se retrouvent ». Il n’a pas dit non. Il n’a pas dit oui non plus. Il a fallu persévérer avant qu’il se décide à faire le pas.

À l’atelier, Kevin découvre le cuivre et les émaux. D’autres jeunes, le nez sur une pièce de cuivre, taillent, coupent et bavardent. On ne lui demande pas de se présenter, de se raconter. Non. Il écoute, observe et se lance. Un artisan chaudronnier vient partager son savoir-faire chaque semaine. Avec lui, les jeunes créent une œuvre : un grand oiseau prend forme, plume par plume. Les gestes qui semblaient difficiles deviennent faciles. Le travail des mains libère la parole. Kevin se fait des amis.

Un jour il fait part à Elsa de son enfance ballottée d’un lieu à l’autre, de l’école qui ne l’aimait pas.

« Dès le primaire j’ai été exclu parce que je faisais le pitre. En me faisant remarquer j’avais l’impression d’exister. Après j’ai compris que quand les autres rigolaient, ce n’était pas parce que j’étais drôle, c’était pour se moquer de moi ! »

Grâce au groupe, Kevin et ses amis prennent confiance en eux. Ils se donnent des idées. Ils expriment des attentes. Ils font des démarches et parfois n’osent pas. Parfois ils laissent tomber.

À leur rythme, Elsa peut leur proposer de les accompagner pour un rendez-vous à la mission locale ou auprès de l’éducateur de prévention du quartier. Autant d’interlocuteurs qualifiés vers lesquels Téo et elle font office d’intermédiaires. Ils s’en reparlent dans le groupe. Ils s’encouragent. C’est ainsi que Kevin est parvenu à signer son premier contrat de travail.

  • « Un travail, ça te permet de te donner des objectifs. Ça t’aide à grandir, à mieux recevoir les critiques. Ça t’apprend à écouter les autres, mais aussi à t’imposer et à ne pas te laisser faire… Maintenant je vais me retrouver au chômage, mais je compte tout faire pour ne pas y rester. Le moins longtemps possible ! »

Être du groupe des jeunes d’ATD Quart Monde et participer aux échanges qu’il offre, a permis à Kevin de voir plus large. Il nous surprend en nous disant :

« Je voudrais faire un truc politique, un gros travail qui peut amener à créer une loi pour aider les jeunes ; pas seulement pour un jour, pas seulement pour un an, mais vraiment dans le long terme, pour des générations et des générations. C’est ça que je veux en fait. »


Aucune époque ne peut ignorer la jeunesse. Chaque jeune doit avoir la chance de se former à un métier, de bâtir une famille s’il ou elle le souhaite, d’offrir le meilleur de soi pour que le monde ait un avenir.

La période de crise que nous traversons, en empêchant les liens sociaux, touche particulièrement les jeunes. Elle met plus à mal encore tous ceux qui ont le même parcours de vie que Kevin, et qui déjà avant l’épidémie étaient oubliés. C’est à leurs côtés que nous voulons être plus que jamais.

Par ses actions, le Mouvement ATD Quart Monde rejoint les jeunes en situation de pauvreté pour qu’ils puissent accéder à leurs droits fondamentaux, gagner en liberté, bâtir leur vie et prendre des responsabilités pour eux et pour les autres.

Merci de soutenir ces actions par vos dons !

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