Succès du Colloque sur le croisement des savoirs au CNRS

De gauche à droite sur la photo : Patrice Bourdelais, directeur Institut Sciences Humaines et Sociales, CNRS, Ségolène Neuville, secrétaire d’état chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, Thierry Mandon, secrétaire d’état chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, Claire Hédon, Yves Winkin, représentant l’administrateur général du Cnam.

« Je m’étonne qu’il ait fallu autant de temps pour cette rencontre. La recherche participative est bien de la recherche » : ouvrant le séminaire, Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur et à la recherche, a rendu hommage à ATD Quart Monde. « Ce que vous faites est vital », a-t-il déclaré, allusion au rôle du Mouvement pour promouvoir la participation des plus pauvres, après avoir reconnu : « Le mot pauvreté induit une distance, le pauvre est à distance. »

Le 1er mars dernier, le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) accueillait à Paris un colloque intitulé « Construire les savoirs avec tou.te.s ? Recherches participatives avec les personnes en situation de pauvreté ». Co-organisé par le CNRS, ATD Quart Monde et le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) et un collectif de chercheurs et d’acteurs professionnels et associatifs ayant participé au « Séminaire sur l’épistémologie des démarches participatives et en croisement des savoirs avec des personnes en situation de pauvreté » (2015-2016), ce colloque a été une belle reconnaissance du « croisement des savoirs » qui fait maintenant autorité dans plusieurs domaines professionnels comme la santé, l’éducation, le travail social, etc…

Claude Ferrand, volontaire ATD Quart Monde, à l’initiative de cette démarche et coordinateur de la préparation de ce colloque, a rappelé que le croisement des savoirs consiste à « croiser » trois types de savoirs, mis sur un pied d’égalité. Celui des chercheurs, celui des professionnels issu de leur pratique, et celui des personnes ayant connu ou connaissant la pauvreté, tiré de leur expérience de vie. Depuis près de 20 ans, un Réseau s’est constitué réunissant des universitaires, des professionnels, des militants associatifs suscitant de nombreuses réalisations en croisement.

Claude Ferrand

 

  • « Vivre dans la misère ne veut pas dire être dépourvu d’intelligence, il est essentiel de crier très fort cela. Trop souvent, on essaye de pallier la pauvreté en mettant en place des réponses qui ne sont pas pensées, réfléchies avec ceux qui la subissent. (…) Et pourtant si l’on nous écoute, si l’on nous en donne les moyens comme cela a été fait durant le programme Quart Monde-Université, le croisement des savoirs est possible » expliquait Jean-Marie Lefevre, lors de la présentation du livre « Le croisement des savoirs » à la Sorbonne en 1999.

La méthode cherche ainsi à créer les conditions pour que l’expression des personnes qui ont une vie marquée par  la pauvreté, soit possible : être en groupe et non seul, être soutenu pour bâtir un savoir collectif et transmissible et dialoguer avec les autres partenaires.

Une méthodologie reprise dans plusieurs recherches

Aujourd’hui, des institutions se saisissent de la démarche du croisement des savoirs, comme le Conseil économique, social et environnemental (CESE) en France, qui pour plusieurs de ses avis, a souhaité avoir de vrais temps de travail avec des personnes en situation de pauvreté, et des institutions professionnelles.  Des programmes de recherches ont été menés en « croisement des savoirs » ces dernières années, au Québec notamment.

Devant une salle comble où se côtoyaient chercheurs, professionnels de l’intervention sociale et militants d’ATD Quart Monde, les participants ont débattu des conditions éthiques et méthodologiques pour mener des recherches en croisement entre les différents savoirs,  de l’enjeu de ces recherches sur les politiques publiques, de l’évaluation et la validation des savoirs co-construits et leur diffusion. Xavier Godinot a notamment évoqué  la recherche internationale en cours sur de nouvelles mesures de la pauvreté, associant ATD Quart Monde et l’université  d’Oxford.

Lors des questions-réponses, une personne du public a demandé si « l’on pouvait faire de la science et vouloir avoir un effet transformateur ». « Les deux sont complémentaires », a assuré Nonna Mayer, directrice de recherche au CNRS.

Un appel au monde scientifique

Ce colloque a donné écho à l’Appel écrit par les participants du séminaire épistémologique, « Appel pour le développement des recherches participatives en croisement des savoirs », qui annonce la création d’un espace collaboratif au sein duquel chacun pourra contribuer aux recherches.

  • « Aujourd’hui marque une nouvelle étape, s’est félicitée Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde, en France, il est temps que les personnes marquées par la pauvreté et l’exclusion sociale puissent trouver des lieux où partager librement leurs questions, leur regard sur le monde, questionner les savoirs et contribuer à forger de nouvelles manières de voir, de nouvelles manières de faire. Le monde scientifique peut faire un apport significatif à cet élan. »
Groupe d’ATD Quart Monde, acteurs du croisement des savoirs qui a préparé et participé à ce colloque avec de gauche à droite : Marc Couillard, Doris Mary, Lucienne Soulier, Raymonde Languet, Françoise Ferrand, Jacqueline Steg, Maria Théron, Marie-Ange Billerot, Christian Barot, Patricia Chvedco, et indiquer manquant sur la photo, Roland Hairion, Marianne de Laat, Hervé Lefeuvre.