Revue Quart Monde N°258 | Dévoiler les dimensions cachées de la pauvreté

Trimestriel – n° 258 – 8 € – 10 FS – 11 $CAN
À commander sur le site des Éditions Quart Monde. Possibilité de s’abonner.

Introduction

Par Martine Hosselet-Herbignat, volontaire permanente d’ATD Quart Monde

La recherche présentée dans ce dossier peut, de prime abord, laisser perplexe : que nous aurait-on caché de la pauvreté que nous ne saurions déjà ? Nous sommes largement abreuvés de chiffres et de statistiques, ainsi que d’analyses abordant les questions de pauvreté depuis un angle convenu, souvent le même, l’angle économique. Mais nombreux sont ceux qui ne peuvent se satisfaire de ces outils et approches sommaires.

Alors que la Banque mondiale considérait comme pauvres les personnes disposant d’un revenu quotidien inférieur à 1,90 dollar, certaines personnes se situant au-dessus de ce seuil de pauvreté avaient pourtant le sentiment de vivre l’exclusion et le rejet, la négation de leur dignité et de leurs droits. Elles nous révélaient, intuitivement, que la mesure de la pauvreté était une chose infiniment plus complexe que le seul seuil de revenu disponible.

Entre 2016 et 2019, des équipes de recherche du Mouvement ATD Quart Monde et une équipe de chercheurs de l’Université d’Oxford ont travaillé dans six pays (États-Unis, Grande-Bretagne et France ; Bangladesh ; Tanzanie ; Bolivie) sur un projet visant à mettre en évidence, avec la participation active et authentique des personnes concernées, les éléments qui caractérisent l’extrême pauvreté et permettent, d’une certaine manière, de la mesurer.

« L’expérience fut “extra-ordinaire” à plusieurs titres : par le temps pris, les méthodes utilisées, la diversité des participants, le pilotage partagé, les résultats obtenus« , note Elena Lasida, membre de l’équipe nationale France de recherche. « Cette posture commune d’apprenti face au savoir de l’autre, a “habilité” chacun à partager son propre savoir ».1 Les conditions d’animation ont en effet été déterminantes. Roxana, militante de Bolivie, explique : « Dans le groupe de pairs d’Hornuni, dans la zone rurale, […] Emma présentait et je l’aidais à expliquer en Aymara, parce que la plupart parlaient Aymara et donc ils comprenaient mieux ce qui était dit ».2

Cette approche en croisement des savoirs a pour but d’élaborer de nouveaux savoirs, mais aussi de lutter contre les inégalités, de lutter contre “l’injustice épistémique” – le fait que certaines personnes sont exclues de la production du savoir.

Quant au résultat de la recherche, il ne s’agit pas seulement d’une liste de dimensions de la pauvreté, mais d’une nouvelle compréhension de la réalité de la pauvreté dans chaque pays.3

Depuis 2019, cette recherche prend tout son sens : ses enseignements sont disponibles à un très large public qui est en train de se les approprier.4

  1. Voir l’article p. 8.
  2. Voir l’article p. 13 .
  3. Voir les détails dans l’article en p. 4.
  4. Voir l’article Suites et perspectives, p. 41.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *