Michel Brogniez, homme de paix

Photo : Michel Brogniez et Bernadette Fallay, Belgique, 2012 © ATD Quart Monde


Par les membres du Mouvement d’ATD Quart Monde en Belgique.

Michel Brogniez. homme de cœur et d’intelligence, militant Quart Monde depuis de nombreuses années, vient de nous quitter.

Avec sa femme Bernadette, il se sont battus avec acharnement pour que leur fille Anne-Louise ne soit pas placée et connaisse une vie moins dure que la leur. Ensemble, ils ont accueilli et soutenu d’autres personnes pour qu’elles ne soient pas seules face à la misère.

Michel a participé à la recherche internationale La misère est violence – Rompre le silence – Chercher la paix, jusqu’à sa présentation à l’UNESCO et la réalisation d’un film. Il a beaucoup impressionné les autres participants.

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Michel avait toute une philosophie de la générosité et du soutien. Voici quelques mots essentiels qu’il nous avait transmis :

Le partage

  • Le partage, ça représente l’humanité. Seul, on n’arrive pas. On ne peut pas laisser les personnes à l’abandon, nos frères et sœurs de par le monde. … Si on ne partage pas, il y a la violence.
  • Si on ne fait pas attention à nos frères et sœurs, il peut y avoir de la violence, parce qu’ils ne sont pas compris. Si on ne se comprend pas, il y a la violence. C’est pour cela qu’il faut le partage.

Écouter l’autre

  • Écouter l’autre. Ne pas aller voir dans sa vie privée, mais l’écouter. Lui faire comprendre que lui aussi peut partager et qu’il peut faire quelque chose. Ne pas le laisser plus bas. Le mettre au même niveau que nous. Là, vous aurez alors la sécurité et vous n’aurez pas la violence.

Personne n’est irrécupérable

  • Je ne crois pas que c’est trop tard. Il n’y a pas d’êtres humains irrécupérables. … Aucune personne n’est irrécupérable. Le tout est de dialoguer avec lui. Pas de savoir toute sa vie… Si tu donnes ne fût-ce qu’un petit peu d’amour, il le verra tout de suite. Il va comprendre que tu n’es pas là pour le juger, pour le maltraiter. À ce moment-là il va ouvrir son cœur : il n’est pas irrécupérable.

Aller vers les autres

  • Au fait, vous avez le choix. Soit on reste avec la misère, soit on prend parti avec d’autres personnes. La volonté d’aller vers les autres. Sans ça on n’y arrivera pas. Justement, en donnant votre volonté d’aller vers les autres, les autres personnes vont réfléchir, elles vont se dire : “Tiens, il vient vers moi ! Pourquoi ? Donc, c’est que je ne suis pas rien. C’est que je suis quand même quelqu’un. Je peux participer à une rencontre”.
  • Cela dit, ce n’est pas pour autant qu’on est riche, hein ! Mais on est riche dans le sens qu’on a fait des connaissances : on a appris à apprécier l’autre. L’autre personne. Et la personne nous apprécie aussi.

Se rassembler

  • Moi, j’ai comme principe d’aller chercher, pas celui qui est devant moi, mais celui qu’on ignore et qu’on met de côté. Et s’il y en a un, ou même dix, eh bien on ira chercher les dix et on va les rassembler, parce qu’ils ont leur mot à dire et ils sont aussi intelligents qu’un autre. Ils ne savent peut-être pas calculer, pas écrire et tout ça, mais ils savent s’exprimer, ils savent dire “Ça, ça va !” “Ça, ça ne va pas !” “On pourrait changer ça”. Voilà, il faut aller là où la personne est rejetée. Et c’est cette personne rejetée, que tu vas remettre dans la société. À ce moment-là, les gens vont comprendre : “Ah oui, on ne devait pas faire comme ça”. Et alors, la personne se dira : “Oui, je suis comme vous, je suis un homme comme vous, et je ne suis pas mis à part”. Et quand quelqu’un n’est pas mis à part, il fait partie d’une société. C’est ça qui est le principal.

L’amour

  • Quand j’avais 13 ans à peu près, il y avait un petit garçon dans l’institution où j’étais placé. Il était petit puisqu’il était dans un landau. Je ne comprends pas pourquoi le Juge l’avait mis là : il aurait dû choisir un établissement spécialisé. Il avait une maladie, on devait l’attacher parce qu’il se mangeait. J’ai eu la chance de pouvoir connaître, dans mes tristesses, l’amour d’un petit être dont les souvenirs sont toujours bien présents.
  • Et seulement alors, j’ai pu bien comprendre la signification de l’amour, moi qui n’avais jamais connu cet amour. Il y avait une souffrance de moi-même qui s’est retournée due à sa souffrance à lui, et ça, c’était le plus important. Je souffrais encore là, mais je devais comprendre que lui souffrait plus que moi.
  • Lorsqu’on m’a proposé de m’occuper de cet enfant, c’était dur pour moi de donner de l’amour à quelqu’un, à une personne. À l’âge de 13 ans, me promener avec un petit landau avec un bébé devant tout le monde, eh bien, ce n’était pas facile, j’avais honte. Mais après, je n’avais plus honte. Il fallait que je comprenne qu’il existe, qu’il n’y a pas que moi qui existe. Parce qu’il y a des gens qui sont plus malheureux que moi. Avant j’étais révolté, forcément, j’étais un révolté puisque je n’avais pas de famille, je n’avais pas de parents. Et il y avait quand même beaucoup de maltraitance.
  • Avec lui, j’ai appris la tendresse. Oui, puisque je devais le protéger, au moins je servais à quelque chose. Tu sais, je lui ai défait ses cordes et il ne se mordait plus. Je ne sais pas ce qui se passait dans sa tête, mais je crois qu’il avait une certaine tendresse pour moi, une affection. Il m’a fallu attendre 13 ans pour connaître l’amour.

Michel, ta vie a été un long combat. Repose en paix à présent. Tu continueras à nous inspirer.

  1. Comme tu le disais et l’affirmait avec force Michel, « la misère s’arrêtera quand chacun saura que celui qui est en face de lui est la même chose que soi, à savoir un être humain à respecter ». Nous sommes tous des miroirs, veillons à être de ces miroirs qui éclairent et pas qui assombrissent.

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