Le plaidoyer: un espoir pour les personnes en situation de pauvreté
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« Les défis de notre monde sont nombreux : le droit à la terre et au logement pour des millions de familles déplacées à cause de la misère, de la guerre, ou des conséquences des changements climatiques ; la recherche de la paix dans tous les pays du monde; la lutte contre le chômage dans les sociétés où de nombreuses personnes sont condamnées à l’inutilité. Ce sera à partir de votre ancrage concret, chacun et chacune avec des enfants, des jeunes, des parents et des familles que vous connaissez, que vous rencontrez des personnes et institutions, de votre expériences et de conjoncture actuelle du moment et du monde que nous bâtirons notre plaidoyer ensemble ».
Extrait de la lettre de Martin Kalisa de la Délégation Générale d’ATD Quart Monde aux participant.e.s de l’espace création plaidoyer.
Cette dernière phrase est un appel aux animateurs.ice.s et participant.e.s de l’espace création plaidoyer – un cycle de 2 ans et demi de rencontres, de formation mutuelle et de réflexion commune sur le plaidoyer au niveau local, national, régional et international.
Une douzaine de volontaires et d’alliés, d’Afrique et d’Europe se sont réunis 3 fois en personne: à Dakar au Sénégal, au Centre International en France et à Bangui en Centrafrique, et entre l’été 2022 et début 2024 une ou deux fois par mois en visioconférence.
Ces jeunes avaient entre 22 et 38 ans, accompagnés par 4 animateur.ice.s, et venaient de plusieurs pays: Belgique, Burkina Faso, Espagne, France, Kenya, Pologne, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, Sénégal, Suisse et Tanzanie.
Teranga! Le lancement de l’espace création plaidoyer
Teranga signifie ¨l’hospitalité¨ en wolof a expliqué El Hajd Oumar Gueye, un animateur de l’espace création plaidoyer d’origine sénégalaise, parce que le Sénégal a la réputation d’être un pays de l’hospitalité. Les participant.e.s y ont été bien accueillis pour débuter cette nouvelle aventure.
La première session, une semaine en présentiel, a eu lieu à Dakar, la capitale du Sénégal, en novembre 2022. Les jeunes de différentes parties d’Afrique et d’Europe se sont réunis pour se former et réfléchir ensemble sur le plaidoyer qui se fait ou pourrait se faire autour des actions locales dans lesquelles ils participent.
Le programme était riche grâce aux différents outils ou sujets d’apprentissage, tels que:
- les Principes Directeurs des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme,
- les options de base du Mouvement ATD Quart Monde,
- Objectifs de Développement Durable, en lien avec atelier pour se pratiquer aux négociations,
- l’espace de la COP et de la lutte pour la justice sociale et environnementale, Une partie de la formation a été dédié à se préparer pour la COP 27. Six participants de la session sont allés à la COP27 à Sheirm al Sheik en Egypte.
- la découverte du site web du centre de mémoire et de recherche Joseph Wresinski,
- la méthode ¨apprendre de succès¨.
En plus, les participant.e.s ont eu l’occasion de visiter la ville de Dakar et de l’île de Gorée devant la plaque commémorative aux victimes de l’esclavage.
Dans les temps de formation, de réflexion et la découverte de plusieurs aspects du plaidoyer, les jeunes ont eu aussi l’occasion de se connaître et développer des relations fortes, qui petit à petit se renforcent. Ce sont ces liens entre eux qui donnent la base pour collaborer autour d’actions communes ou pour échanger autour des actions pratiques.
Rencontres virtuelles
Entre la première et la deuxième session, presque une année a passé. Pendant cette période, les participant.e.s se sont réunis jusqu’à deux fois par mois, pour continuer à se former et réfléchir sur les sujets liés au plaidoyer.
Un format qui a permis aux participant.e.s de se former, fût les zooms avec les personnes de références. Ces personnes sont des membres d’ATD Quart Monde expérimentées avec le plaidoyer qui ont partagé leurs expériences et réflexions. En plus, ces personnes se préparaient avec deux personnes de l’espace (chaque fois un binôme différent), ce qui a permis aux participant.e.s de mieux connaître cette personne et d’acquérir la pratique pour préparer ce type d’événements.
« La parole perd parfois ce que le silence a gagné »
Alors que le travail de création de plaidoyer avance et que les jeunes sont de plus en plus outillés, une question est apparue : comment vraiment faire des liens entre le plaidoyer et les réalités que vivent des personnes en situation de pauvreté?
Aminata Aidara, une alliée du Sénégal, se demandait:
‘’[…] on commence dans l’espace plaidoyer avec pleins d’idées mais quand on ne peut pas illustrer nos idées avec les familles, on se sent mal. Les familles nous demandent comment s’investir dans le plaidoyer, j’ai trouvé un équilibre quand j’ai réalisé qu’il fallait que le plaidoyer s’ancre dans la réalité des familles.’’
La deuxième session en personne a eu lieu au Centre International d’ATD Quart Monde, en septembre 2023. Cette fois-ci, les participants ont parlé:
- des liens entre les priorités locales et nationales et les priorités internationales
- avec le Comité 17 octobre et le forum de refus de la misère
- du langage utilisé dans le plaidoyer
- de la définition du travail décent et du travail digne
- du genre et la pauvreté, avec le focus sur la construction de la masculinité et la féminité en milieu de pauvreté
- de pratiques de modérations de réunions
La session a permis d’approfondir la connaissance, mais aussi de se plonger dans les réflexions sur les priorités du Mouvement et le plaidoyer qui sont construits à partir et avec les plus pauvres. Les participant.e.s ont renforcé des liens entre eux, qui se sont transformés en collaboration. Par exemple, plusieurs participant.e.s se sont joints à l’organisation de la réunion biennale du Comité 17 octobre à Dakar en octobre 2024, Ce fût le fruit des travaux intenses et communs sur les différents aspects d’identité légale dans plusieurs pays d’origine des participant.e.s.
Un autre exemple du travail commun fût la préparation pour la Journée de l’Enfant Africain célébré annuellement le 16 juin.
Au pays de « zo kwé zo »1
Après une année et demie de rencontres en ligne, l’espace création plaidoyer s’est retrouvé de nouveau en présentiel dans la capitale de la République Centrafricaine: Bangui.
Il n’y a pas longtemps encore, cette ville et ce pays étaient touchés par la guerre, et les conséquences continuent à se faire sentir jusqu’à présent par des coupures régulières d’électricité et d’internet. Pourtant, les membres du Mouvement ont été très accueillants vers les invité.e.s.
Cette rencontre avait une autre formule que les rencontres précédentes: les membres locaux du Mouvement ont participé à une grande partie du programme. Ils ont partagé leurs expériences autour du plaidoyer local, surtout sur les sujets de
la communication, la violence sociale et institutionnelle, l’existence légale, le genre et la pauvreté, l’environnement et le climat.
De leur côté, les membres de l’espace création plaidoyer ont partagé leurs expériences au niveau local ou international, par exemple des plaidoyers présentés auprès des Nations Unies ou de l’Union Européenne. Les participant.e.s ont aussi eu l’occasion de découvrir des actions locales de Bangui, comme celles menées avec les enfants vivants dans la rue, les groupes de travail autour de la justice sociale et environnementale, ou encore les bibliothèques de rue. Une délégation a eu l’occasion de rencontrer le directeur général de la décentralisation et du développement local, Jean Symphorien Ngama-Piault et le directeur de cabinet du ministre de l’administration du territoire, de la décentralisation et du développement local, Frédéric Omagonda.
Puisque certains membres n’ont pas pu se déplacer pour la session, les participant.e.s ont écrit des lettres sur leurs impressions de la semaine qu’ils venaient de passer. Dans ces lettres, beaucoup de choses sont décrites par les auteurs comme les surprises, les angoisses, les tristesses… mais ils ont aussi trouvé l’espoir, la force et le courage.
Par exemple, Herman van Breen, un animateur de la Belgique, a écrit dans sa lettre à une participante absente:
‘’ L’autre visite à laquelle j’étais chez les habitants de l’île de MBongossoa, qui a été inondé 2 fois depuis 6 ans et dont les habitants ont dû partir pour être dans des logements de fortune au bord de la rivière, dans des situations très pénibles. […] la communauté assure – tant qu’elle peut – la survie, la solidarité, l’espoir des enfants et jeunes. C’est EUX qui sont les précurseurs et les courageux pour que personne ne soit mis de côté. ‘’