L’atelier de savonnerie par les militants Quart Monde
Temps de lecture : 6 minutes
Au cœur du Burkina Faso, là où le soleil se lève sur mille et une espérances, les militants du Mouvement international ATD Quart Monde ont renoué avec un savoir précieux : la fabrication de savon. Trois jours durant, à la Cour aux Cent Métiers, cette tradition simple mais essentielle a pris un nouveau souffle.
Cet atelier de savonnerie inscrit dans une démarche humaine, respectueuse et pleine de conviction, a pour ambition de lutter contre la misère. Et, il redonne espoir aux jeunes et enfants en situation difficile.
Bâtir une vision commune avec l’intelligence collective
Au-delà de la simple production artisanale, cet atelier s’est voulu un espace d’apprentissage et de partage, où la main se mêle à la tête, et où le cœur guide chaque geste. Pendant ces trois jours, plus de 165 savons ont été fabriqués, non seulement avec des matières premières, mais avec l’intelligence collective des participants. Ceux-ci savaient que chaque barre de savon représente un pas vers un avenir meilleur.
Mariam Nsakara témoigne avec émotion : « C’est un bon travail que nous avons fait pendant ces trois jours. Je nous encourage à continuer sur cette voie. Je prie Dieu qu’il nous donne la force et l’amour de nous rapprocher davantage. » Sa parole révèle que, derrière chaque négligence apparente dans les quartiers difficiles, il y a un élan profond vers la dignité et la communauté.
Jean-Marie et Samuel, deux autres participants, avancent avec la même énergie : « Nous étions tous soudés. L’année dernière, nous avions déjà fait cela, et aujourd’hui, je suis convaincu que je peux m’en sortir seul, par moi-même. » Leur confiance montre que quand on donne aux personnes marginalisées les moyens d’agir, elles deviennent elles-mêmes des acteurs puissants de changement.
Ces savons ont permis aux familles d’expérimenter, de se former et de renforcer leur rôle d’acteurs du changement. Cela leur a permis de pratiquer concrètement, tout en fournissant des savons pour les enfants et jeunes en situation de rue, lors du jour du Mo’Cool1 pour améliorer leur hygiène.
Ils s’inscrivent ainsi dans une dynamique positive : acquérir un savoir-faire, reprendre confiance et envisager des activités génératrices de revenus à moyen terme.
Sophie, une source d’inspiration
Parmi tous ces visages émerge celui de Sophie, formatrice et militante exceptionnelle. En situation de handicap, elle a surmonté tous les obstacles pour acquérir son savoir, participant à plusieurs formations grâce à sa détermination. Pour elle, le savoir est un trésor qu’elle offre au Mouvement, non pour briller, mais pour éclairer le chemin de tous.
Mariam Zongo exprime à son tour sa reconnaissance. « Merci Dieu, et merci à Jean-Marie d’avoir accepté que sa femme Sophie puisse venir nous enseigner, ainsi qu’à Sophie pour son savoir. C’est cela la solidarité, un sens profond du mot. », partage-t-elle.
Sophie incarne l’esprit même du mouvement ATD Quart Monde : refuser que les difficultés physiques ou sociales deviennent des barrières infranchissables. Son courage et sa générosité renforcent l’idée que le combat contre la pauvreté est aussi un combat pour l’égalité, la reconnaissance, et l’inclusion.
Maman Buntou renforce cet appel à la cohésion : « Je prie Dieu que nous restions une famille soudée, de même cœur. J’invite tout le monde à se mobiliser et à venir aux prochaines rencontres. Merci à Sophie, notre formatrice, qui a été à nos côtés du début jusqu’à la fin. » Ce mot souligne l’importance de la transmission et du soutien mutuel, piliers essentiels pour transformer durablement les vies.
Cet engagement est profondément ancré dans la philosophie du Mouvement ATD Quart Monde, qui lutte pour que la pauvreté cesse d’être une fatalité. « Nous avons cent fois plus de pouvoir quand nous unissons nos savoirs », disent les anciens. Ce recyclage a été un rappel vibrant de cette sagesse africaine. Le savon, objet de première nécessité, devient ainsi un symbole de guérison et de renaissance pour ceux qui le fabriquent comme pour ceux qui l’utilisent.
Élise, quant à elle, insiste sur la discipline et le sérieux requis. « Merci à Sophie de nous avoir partagé son expérience. C’est un vrai cadeau. Pour apprendre, il faut être sérieux, car Sophie s’est donnée tout son temps pour nous enseigner.», dit-elle.
Une richesse collective pour bâtir l’autonomie
Cet atelier de savonnerie ne s’est pas arrêté à un simple acte manuel ; il a fédéré des âmes et consolidé des liens entre les participants. Il s’est inscrit comme une pierre précieuse dans l’édifice du combat contre la misère. Au Burkina Faso, où les défis sont nombreux, ces petits gestes et ces enseignements solidaires sont les racines d’un changement profond.
Au terme de ces trois jours, les militants ont quitté la Cour aux Cent Métiers chargés de plus que du savon. Ils emportent une conviction inébranlable que la misère peut être vaincue, non par l’assistance seule, mais par la promotion de l’autonomie, du savoir et du respect humain.
Leurs mains habiles et leurs cœurs unis prouvent à tous que la véritable richesse d’une nation réside dans sa capacité à faire grandir chacun, à valoriser les talents cachés, et à bâtir une solidarité concrète, jour après jour.
À travers cet atelier de savonnerie, les militants Quart Monde au Burkina Faso montrent une voie d’espoir, d’action collective et de dignité retrouvée. Ils rappellent que chaque geste compte, que chaque savoir transmis est un pas vers la lumière. Riche de ses traditions et de sa solidarité, l’Afrique a toujours en elle les ressources pour bâtir un avenir meilleur.
Que cet atelier soit le début d’un long chemin, où chacun, à son niveau, fait fleurir l’espoir dans le sol fertile des cœurs africains. Que cette initiative inspire d’autres familles, d’autres villages, d’autres mouvements à œuvrer pour que la misère ne soit plus une fatalité, mais un combat partagé, porté par l’intelligence, la volonté, et surtout, l’amour.