Une lueur dans la rue, l’histoire de Vanessa

Le Mouvement ATD Quart Monde en RDC mène une action d’accompagnement et de solidarité auprès des enfants et jeunes qui vivent en situation de rue pour lesquels un retour immédiat dans la famille biologique n’est pas possible ou souhaitable.

Il organise, entre autre, des séances de réinsertion au sein de familles d’accueil qui permettent à ces enfants ou jeunes de retrouver un cadre familial protecteur et stable chez des familles issues de la communauté reconnues pour leur sens de responsabilité, de solidarité et de protection de l’enfant. Pendant tout le processus les animateurs du programme préparent et accompagnent les enfants identifiés et les familles d’accueil : Ils accompagnent les enfants en les écoutant afin de comprendre leurs parcours, leurs besoins, leurs traumatismes et leurs aspirations, et des séances de sensibilisation, de formation sur les droits de l’enfant, sur la parentalité bienveillante sont organisées pour préparer les familles d’accueil.

Dans cet article nous allons découvrir le parcours bouleversant de Vanessa, une jeune fille que le Mouvement accompagne aujourd’hui.

La vie dans la rue

Vanessa, maintenant âgée de 17 ans, est née à Ngweshe dans le territoire de Walungu. Issue d’une famille vivant de petites activités agricoles et de vente de légumes dans les milieux périurbains de Bukavu, elle n’a jamais eu la chance d’aller à l’école. Dès l’âge de 9 ans, elle soutient sa mère et sa sœur aînée dans le travail quotidien. Décrite comme étant une jeune fille courageuse, polie et respectueuse, elle était un pilier silencieux de sa famille.

Mais un samedi, alors qu’elle aidait sa mère et sa sœur, elles se sont soudainement perdues de vue. Désorientée, Vanessa est incapable de retrouver le chemin de la maison et ses parents n’ont pas été en mesure de la retrouver. Dans un contexte marqué par l’instabilité politique et les conflits armés en République démocratique du Congo, ce genre de situation est malheureusement possible, sans être de la négligence parentale. Les violences, les déplacements forcés et l’insécurité persistante dans plusieurs régions compliquent considérablement la recherche et la réunification des familles. À cela s’ajoutent d’autres réalités, notamment la pauvreté, la précarité des conditions de vie qui affectent les possibilités d’avoir accès à des moyens de communication et parfois entraîne l’absence l’absence d’identité légale. Vanessa se retrouve alors seule et a commence à vivre dans la rue.

À 16 ans, un autre drame va marquer sa vie : elle se fait violer. De cette agression, est née une petite fille, Francine. Sans ressources, ni accès aux soins de santé, le bébé n’a pas pu recevoir de vaccins ni d’acte de naissance. Depuis Vanessa et son bébé Francine dorment à la belle étoile, exposées au froid et à l’insécurité.

Isolée, rejetée, sans soutien familial ni possibilité de travailler, Vanessa a tenté de demander de l’aide dans des centres d’encadrement. Mais par malheur, on lui demande d’abandonner son enfant, ce qu’elle a toujours refusé : « C’est la chose la plus difficile à faire, je ne peux pas la laisser grandir sans moi », confie-t-elle.

Avec la dégradation de la situation sécuritaire à Bukavu, la vie dans la rue est devenue beaucoup plus dangereuse. Les rebelles du M23, qui font preuve d’autorité légalement dans la région (bien que non-reconnu par Kinshasa) traquent les enfants et jeunes pour les envoyer de force, sans distinction de sexe ou de condition, à Rumangabo dans des programmes de formation militaires,. Aujourd’hui, ni la rue ni les centres sociaux ne peuvent accueillir Vanessa et sa fille.

Sa rencontre avec ATD Quart Monde

Heureusement, Vanessa a récemment rencontré les membres du Mouvement ATD Quart Monde qui lui apportent soutien et écoute. Grâce à l’intervention des animateurs, son enfant a pu recevoir des soins et des vaccins dans un centre de santé. Influencés par leurs conseils, Vanessa et ses amis ont décidé de donner un meilleur exemple à proximité des enfants.

Aujourd’hui, les jeunes d’ATD Quart Monde restent proches de Vanessa, pour lui redonner espoir et renforcer sa dignité. Vanessa et sa fille Francine traversent une épreuve douloureuse, mais leur histoire rappelle que derrière chaque visage de la rue se cache une vie, une force, une résistance, et un appel à la solidarité.

Cette situation mérite notre attention collective et une réponse humaine et durable à l’égard de tous ces enfants qui vivent dans la rue sans protection ni sécurité et qui sont exposés au danger.