Être formé et réaliser son rêve : formation des animateurs Tapori de Maurice
« C’est la main du père Joseph qui nous a permis de construire ce projet-là »
Temps de lecture : 10 minutes
Quel est ton rêve ? Pour les animateurs et animatrices de Tapori à l’île Maurice un rêve revient souvent : celui de voyager en dehors de leur île en avion.
L’équipe d’ATD Quart Monde Maurice leur a permis de réaliser ce rêve grâce à une formation.
« Ce séjour à Rodrigues était important pour nous », nous explique les organisateurs, « car il nous a permis de nous former ensemble, d’apprendre des différents groupes, de partager nos difficultés et de nous donner la force pour les surmonter, de renforcer nos liens en partageant une expérience de vivre-ensemble, de changer d’air et de couper de notre quotidien, de rencontrer de nouveaux animateurs Tapori à Rodrigues, de renforcer et prendre conscience de nos capacités. Le Mouvement ATD Quart Monde nous a permis de vivre cette expérience extraordinaire qui a donné naissance à une grande amitié entre nous et nous a permis de réaliser nos rêves ! »
Formés à distance par l’équipe Tapori international, ils et elles sont aussi reconnaissants d’avoir pu se reposer, laissant leurs soucis à Maurice, et profiter du beau paysage s’offrant à eux à Rodrigues.
Rencontrez Tilly, Nathalie, Mirella, Tania, Capela et Shana, animatrices Tapori à Maurice.
Tilly, militante à Vuillemin

Avant de connaître ATD, j’allais au travail, je faisais mes courses, je rentrais à la maison. J’avais juste ça mais avec ATD, j’ai trouvé une raison de vivre. J’avais une mission. Suite au décès de ma sœur, j’ai dû prendre la responsabilité de mes neveux. Ils participaient à des actions avec Tapori.
Ils étaient partis en Suisse à la rencontre internationale des droits des enfants. Quand ils sont rentrés de Suisse, mon neveu a compris l’importance de créer un groupe d’enfants à Maurice. C’est comme ça que le groupe de Vuillemin s’est formé. Les enfants de mon premier groupe sont maintenant adultes, ils sont mariés et ont des enfants et ce sont leurs enfants qui participent désormais à Tapori […].
En tant que Rodriguaise, je rêvais de retourner sur mon île natale. Je ne m’attendais pas à ce que Rodrigues ait changé comme ça […]. L’autre rêve que j’avais pour Rodrigues était de rencontrer les animateurs de là-bas et de partager mon expérience avec eux. Mon rêve n’est pas encore réalisé parce que je n’ai pas fini d’apprendre et j’aimerais que les enfants comprennent mieux ce qu’est Tapori pour qu’un jour, ils puissent partager leur expérience et devenir animateurs de groupes. […]
Ce que j’ai trouvé fort [dans la formation qu’on vient d’avoir], ce sont les partages de ce qu’on vit dans nos différents groupes. Je ne me rendais pas compte que dans d’autres groupes aussi, les enfants se bagarraient. Maintenant, je me rends compte que je peux gérer ça dans mon groupe.
Mirella, militante à Case Noyale

Avant de connaître Tapori, j’étais en lien avec des enfants qui me racontaient leurs secrets. Mon fils aussi me racontait ses secrets et c’est ça qui m’a donné envie d’aller à Tapori et de continuer avec les enfants. Quand ils vivent des conflits, ils ne peuvent pas toujours partager ça avec leurs parents. Pour moi, les enfants ont une valeur inestimable. On doit savoir les écouter pour qu’ils aient confiance en nous. On doit se mettre dans la peau des enfants.
Quand je suis avec eux, je me fais toute petite comme eux pour qu’ils aient confiance en moi et pour qu’ils me partagent leurs soucis, leurs joies, leurs secrets. Je me sens à l’aise d’échanger et de jouer avec eux.
Je pense qu’on méritait un voyage comme ça pour faire des nouvelles rencontres, s’épanouir et vivre un moment avec les animateurs de Tapori.[…] C’était la première fois que je prenais l’avion et ça, c’était un grand rêve. Maintenant, mon rêve est de continuer avec ATD et Tapori et aussi d’aller encore plus loin que Rodrigues. […] Quand j’avais proposé d’aller à Rodrigues, je ne pensais pas que ça allait se réaliser. Je trouve ça incroyable qu’on ait pu faire ça !
Au début, je ne savais pas comment ça allait se passer. […] À Maurice, je ne savais pas où les animateurs habitaient mais on a fait le trajet ensemble et ça m’a permis de les connaître mieux. La formation était une grande richesse pour moi. J’ai appris beaucoup des autres groupes.
Nathalie, militante à Vuillemin

Pour moi, Tapori donne une chance aux enfants. Malgré la différence d’âge, ils sont égaux dans Tapori, ils ont une chance comme moi j’ai eu la chance de venir à Rodrigues.
Pour moi, Tapori donne une chance aux enfants. Malgré la différence d’âge, ils sont égaux dans Tapori, ils ont une chance comme moi j’ai eu la chance de venir à Rodrigues.
[…] C’était un moment extraordinaire pour moi mais je dois continuer à rêver parce que ce n’est pas fini pour moi. Je serai contente de retourner à Rodrigues un jour, peut-être moi-même personnellement. J’ai réalisé ce rêve grâce à ATD Quart Monde que j’aimerais remercier. C’est en allant vers le Mouvement que j’ai pu vivre ce moment-là avec d’autres.
J’ai appris beaucoup de valeurs dans la vidéo « Sur le chemin de l’école », ça montre qu’on doit toujours persévérer malgré les hauts et les bas et ça me donne du courage pour continuer à Tapori.
Tania, jeune militante à Richelieu

J’ai commencé avec ATD parce que mes parents étaient déjà dans LKM (Université Populaire Quart Monde). Enfant, j’ai commencé dans Tapori, ensuite, j’étais dans le groupe jeunes et maintenant, je suis animatrice à la bibliothèque de rue (BDR). Ça m’aide beaucoup parce que je suis quelqu’un d’assez renfermée. […] La BDR m’aide à parler plus mais aussi à écouter les enfants, à les comprendre.
J’ai commencé très jeune à être animatrice (à 15-16 ans) et je me demandais ce que je pouvais apprendre aux enfants et c’est petit-à-petit que j’ai pris confiance. […]
C’était un rêve pour moi de voyager mais je ne pensais pas que je pourrai le réaliser aussi vite. C’est arrivé comme ça et je suis contente. Tout le monde avait envie d’aller ailleurs qu’à Maurice, de découvrir et de vivre autre chose. C’était la première fois que je voyageais sans ma famille. Ça m’a aidé à grandir, à passer à une autre étape. […] Je me suis sentie bien, à ma place, je ne me suis pas sentie exclue. Je me suis libérée l’esprit. Ça m’a permis de faire une pause sur tout ce que je vivais avant. J’ai aussi crée un lien d’amitié avec Axelle 1.
Mon moment fort à moi c’est quand on est partis à Anse Bouteille. […] A un moment donné, la pluie s’est mise à tomber mais on est quand même restés dans l’eau. On avait la plage juste pour nous, on s’est libérés de tout, on a oublié tous nos soucis. […] Et grâce à la formation, je vois un peu plus comment réagir avec les enfants. Je retiens aussi le lien fort entre nous notamment les deux derniers jours.
Shana, militante à Case Noyale

Je suis animatrice Tapori depuis l’année dernière. Je sens que maintenant, j’arrive un peu plus à communiquer avec les enfants. J’ai pris confiance en moi-même et j’ai eu aussi la confiance des enfants. Avant Tapori, j’étais une personne renfermée et timide. Maintenant, je suis beaucoup plus ouverte, j’arrive plus facilement à parler aux animateurs et aux enfants.
Quand je vois les enfants sourire quand je fais des activités eux, ça me rend heureuse. J’aime quand on partage nos idées entre animateurs.
Depuis petite, c’était un rêve pour moi d’aller à Rodrigues. Avant de partir, j’avais peur de prendre l’avion mais j’ai eu confiance parce qu’on m’a rassurée. […] J’aimerais remercier David et Gaëlle 2 parce qu’au début, j’étais découragée de partir. Avant d’aller à Rodrigues, j’ai vécu un moment difficile mais ils m’ont parlé personnellement, m’ont apporté une écoute.
[…] J’ai aimé travailler en groupe avec les autres et aussi dessiner des fleurs. En jouant l’histoire de [une pièce de théâtre] , je me suis sentie comme avec les enfants dans Tapori. Maintenant, je me sens capable de faire des choses.
Capela, militante à Case Noyale

Mon rêve, c’était de prendre l’avion. Beaucoup de gens m’ont dit que c’était bien, le décollage et tout et moi, j’avais envie de vivre ça. […] Sur place, j’ai aimé le fait qu’on soit comme une famille, qu’on mange à table tous ensemble sans regarder son téléphone.
J’ai déconnecté du téléphone et ça m’a fait du bien. On a parlé, on a rigolé. Ça m’a fait oublier mes problèmes [qui] sont restés à Maurice. J’ai aimé participer à préparer le repas, mettre les couverts.
Mon rêve, c’était de prendre l’avion. Beaucoup de gens m’ont dit que c’était bien, le décollage et tout et moi, j’avais envie de vivre ça. […] Sur place, j’ai aimé le fait qu’on soit comme une famille, qu’on mange à table tous ensemble sans regarder son téléphone. J’ai déconnecté du téléphone et ça m’a fait du bien. On a parlé, on a rigolé. Ça m’a fait oublier mes problèmes [qui] sont restés à Maurice. J’ai aimé participer à préparer le repas, mettre les couverts.
Ça m’a permis de me sentir utile et j’ai apprécié le fait que tout le monde mette la main à la pâte. J’ai aimé découvrir la plage Mourouk. On a ramassé des Lasdam là-bas et j’ai pu montrer à mes amis ce que c’était. On a cuisiné ça et tout le monde a aimé. […]
Je me suis rendue compte qu’on a la capacité de réagir vite dans des situations difficiles. On est aussi capables de faire une pièce de théâtre en 10 minutes. Je me rends compte qu’on a beaucoup de capacités.