De la dignité à la résistance : le combat pour bâtir la justice sociale et environnementale
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Le mouvement ATD Quart Monde est présent en Tanzanie depuis plus de vingt-cinq ans. Il agit avec et pour les familles vivant dans la pauvreté, qui s’efforcent de transformer leur quotidien et d’entrevoir un avenir meilleur pour leurs enfants.
Aujourd’hui, ces familles sont confrontées aux réalités de l’injustice sociale et environnementale dans leurs milieux de vie et de travail. Certaines manquent de moyens pour exprimer ce qu’elles subissent ou pour agir, tandis que d’autres refusent de croiser les bras : elles entreprennent, souvent à partir de presque rien, des projets qui révèlent leur force et leur dignité.
C’est dans ce sens que la COMIDA, Communauté d’Idées et d’Actions pour une seule justice sociale et environnementale, a choisi de marcher aux côtés des familles de casseurs de pierre de Boko à Dar es-Salaam, ainsi que du Kisangani Smith Group à Njombe et au village de Mkiu, chez Reuben Mtitu, son fondateur. L’objectif de leur implication dans la COMIDA est qu’elles se reconnaissent d’abord comme des personnes unies par une identité commune fondée sur leur travail pour une cause collective, puis qu’elles se constituent en groupe capable de créer un espace de dialogue. Dans cet espace, chacun peut porter la pensée de l’autre et se solidariser pour tracer des pistes de solutions face aux difficultés rencontrées.
Il s’agit aussi de s’inscrire dans une communauté plus large, avec d’autres groupes ayant des expériences similaires ou différentes, mais partageant un cadre où circulent des messages d’espoir et de courage.
Visite de l’équipe d’animation de la COMIDA à la carrière de Boko

Pour favoriser la relation de ces deux groupes avec la COMIDA, en février 2026 deux membres de l’équipe d’animation de la COMIDA, Linda Schwitzer-Lestien et Daniel Alingalya, se sont rendus en Tanzanie. Cela a été l’occasion de connaître les actions et le quotidien de ces membres de la COMIDA.
Le groupe de Boko est composé d’hommes et de femmes qui travaillent depuis de nombreuses années sur le site de Gereza à Boko, la plupart depuis plus de dix ans. Autrefois, ils étaient simplement perçus comme des individus se rencontrant à la carrière pour casser des pierres, sans se constituer en tant que groupe. Pour la COMIDA, il est essentiel qu’ils se reconnaissent désormais comme des personnes partageant une même vie de travail, capables de réfléchir ensemble aux problèmes auxquels ils font face. Aujourd’hui, sept personnes ont accepté de se partager mutuellement leurs expériences et leurs connaissances, et d’écouter celles des autres.
Lors de la visite à la carrière, Linda et Daniel ont rencontré ces familles et ressenti la lourdeur de leur travail.
Yoane, père de quatre enfants, qui travaille depuis près de vingt ans dans la carrière, leur a confié : « Nous respirons la poussière toute la journée, nous risquons de nous cogner les doigts avec le marteau, nous avons des problèmes de vue à cause du soleil et parfois les pierres éclatent dans nos yeux. Les femmes souffrent de nombreuses infections. Pour un seau de 20 kg de pierres, nous recevons 300 shillings, et il faut en remplir dix pour espérer obtenir 3 000 shillings, soit à peine un euro ».
Une autre membre du groupe de Boko, Maman Eveline, mère de sept enfants, qui travaille depuis dix-neuf ans dans la carrière, leur a dit : « Je ne sais pas comment abandonner ce travail, car c’est grâce à lui que je nourris ma famille. Je me souviens que Maman Marie-Moïs a mis au monde son bébé le jour même où elle travaillait à la carrière, car chaque minute compte. Ce qui me dérange aujourd’hui, c’est que l’État nous accuse de polluer l’environnement, alors qu’à côté, des entreprises utilisent la dynamite pour exploser les roches et sont félicitées. La carrière est presque épuisée et les pierres restantes appartiennent à une entreprise de ciment. Pour continuer à casser des pierres, il faudrait qu’on nous en apporte ailleurs, mais le travail devient de plus en plus difficile. »
Du point de vue du plaidoyer, un des objectifs de ce cheminement avec le groupe de Boko est de changer le regard de la société envers ces travailleurs. Aujourd’hui, ils sont pointés du doigt pour ce qu’ils font, mais un constat que font ces casseurs de pierre, c’est que leur sueur participe à la construction de la ville de Dar es-Salaam, à son urbanisation et à son embellissement. Ce qui est enthousiasmant, c’est que ces familles ont accepté de faire partie de COMIDA, de trouver le temps de se réunir et de se considérer comme une véritable famille.
Visite au village de Mkiu pour connaître le groupe de Kisangani Smith

Le groupe Kisangani Smith Group, initié par Reuben Mtitu à Njombe dans son village, Mkiu, s’est construit grâce aux savoirs transmis par son grand frère. Reuben a ainsi formé les jeunes à la mécanique, les femmes à la couture, et encouragé la plantation d’arbres tels que les avocatiers et les espèces agroforestières. ATD Quart Monde est partenaire de Kisangani Smith Group depuis plusieurs années et Reuben se considère allié du Mouvement en Tanzanie.
La visite à Mkiu était l’occasion de rencontrer des membres de ce groupe dans le cadre de la COMIDA. L’une d’elles, Maman Warta Maurusi a raconté comment elle a appris à créer une pépinière où elle produit des plantules achetées par des clients, notamment des Chinois, pour les planter et en tirer du bois. Elle bénéficie déjà du soutien d’une personne qui l’aide à arroser et entretenir la pépinière. Grâce aux revenus générés, elle a pu acheter une motopompe, un réservoir et un congélateur pour produire et vendre de la glace au village. Cette pépinière lui permet de subvenir aux besoins alimentaires de sa famille. Elle affirme : « Je suis fière de ce que je fais ici au village et je ne rêve pas d’aller en ville. Je rêve plutôt d’avoir une grande étendue de terre pour gagner davantage d’argent et mettre fin à la pauvreté dans ma vie. Ici, grâce au travail, nous avons la possibilité de gagner notre vie. »
Ces personnes ont choisi de transformer la terre, de lui donner un nouveau souffle de vie en valorisant la plantation. Cet acte leur permet de vivre dignement et de garantir un avenir meilleur pour leurs enfants et pour la planète.
Résilience et résistance
La visite rend compte de la résilience des personnes en situation de pauvreté et de leur façon de résister contre les injustices sociales et environnementales. Leur courage nourrit leur espoir de changer le monde dans lequel ils vivent, non pas pour leur seul intérêt, mais pour le bien de l’ensemble de la communauté. Que ce soit par le cassage de pierres ou par le reboisement, leur combat témoigne de leur volonté de vivre dignement et rappelle l’objectif de la COMIDA: rejoindre une communauté pour travailler à une justice sociale et environnementale qui reconnaît la contribution de chacun et chacune.