Et si nous commencions à construire la paix avec les enfants ?

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À quelques jours de la troisième édition des camps de la paix Tapori, il est utile de revenir sur une question essentielle : quelle place accordons-nous aux enfants dans la construction de la paix ?

Souvent perçus comme les premières victimes des conflits, ils sont pourtant aussi des acteurs capables de construire des liens d’amitié, de prendre des initiatives et de contribuer à la paix dans leurs communautés.

Lorsqu’on parle de la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo, les discussions portent souvent sur les armes, les groupes armés, les négociations ou les décisions politiques. Ces questions sont importantes. Mais il existe une autre réalité dont on parle beaucoup moins : celle des enfants qui grandissent au milieu de cette violence.

Dans les débats sur la paix, les enfants sont souvent absents. On parle d’eux, mais on les écoute rarement. Pourtant, lorsqu’ils disposent d’un espace où leur parole est prise au sérieux, ils expriment une compréhension de la paix qui dépasse souvent les discours des adultes. Pour eux, la paix n’est pas une idée abstraite. Elle se vit dans la possibilité de jouer ensemble, de se sentir en sécurité, de se réconcilier après un conflit ou de ne laisser personne de côté. Cette manière de voir la paix mérite d’être entendue.

Les enfants ont aussi une parole sur la paix

Depuis plusieurs années, dans le cadre des activités de Tapori, les animateurs ont la chance de rencontrer régulièrement des enfants à Bukavu, Goma, Uvira et Kavumu. Quand on leur demande ce que représente la paix, leurs réponses sont souvent simples : « jouer sans peur », « voir papa ou maman rentrer à la maison », « aller à l’école tranquillement » ou encore « rester avec ses amis ». Derrière ces mots, on comprend que les enfants vivent les conséquences des conflits à leur manière, mais qu’ils gardent aussi une formidable capacité à espérer.

Au fil des rencontres, leurs paroles interpellent. Jeanne d’arc, du groupe Tapori Emap/Muhungu confiait récemment : « Tapori, c’est notre maison de la paix ». Ces mots sont simples, mais ils disent beaucoup. Ils nous rappellent que les enfants portent déjà une réflexion sur la paix, à condition qu’on leur donne un espace pour s’exprimer.

Nous avons souvent tendance à considérer les enfants uniquement comme des personnes à protéger. Bien sûr, ils ont besoin de protection. Mais ils ont aussi besoin qu’on leur fasse confiance. Ils sont capables de prendre des initiatives, de résoudre des petits conflits entre camarades, d’accueillir un nouvel enfant dans leur groupe, de partager ce qu’ils ont et de rappeler aux adultes que la paix commence dans les gestes du quotidien.

Les Camps de la Paix Tapori : semer des graines plutôt que promettre des miracles

C’est cette conviction qui a donné naissance aux Camps de la Paix Tapori. Il ne s’agit pas d’un événement qui prétend résoudre les problèmes de l’Est de la RDC en sept jours. Ce serait illusoire. En revanche, nous croyons qu’il est possible de semer quelque chose chez les enfants : une autre manière de regarder l’autre, de dialoguer et d’agir dans leur milieu de vie.

Depuis deux éditions, les enfants ont pris la parole avec assurance, proposé des gestes de solidarité dans leur quartier, créé des dessins, des poèmes ou des scènes de théâtre pour parler de la paix. A Tapori, nous découvrons chaque jour que les enfants ont des idées, des talents et une capacité d’initiative qui méritent d’être reconnus. Nous apprenons autant d’eux qu’ils apprennent de nous.

En 2026, les Camps de la Paix Tapori se tiendront simultanément à Bukavu, Goma, Uvira et Kavumu autour d’un thème qui résume notre vision : « Construire la paix à partir de l’amitié et des initiatives des enfants ».

Ce choix n’est pas anodin. Nous voulons rappeler que la paix ne se construit pas uniquement dans les salles de réunion, les salons diplomatiques ou lors des grandes conférences. Elle se construit aussi dans une cour d’école, dans une famille, sur un terrain de jeu, lorsqu’un enfant apprend à écouter, à respecter une différence ou à tendre la main à un autre.

Chaque enfant qui découvre la valeur du dialogue, qui apprend à résoudre un conflit sans violence ou qui encourage un camarade à ne pas rester seul contribue, à son échelle, à bâtir une société plus apaisée. Ces gestes sont discrets, parfois invisibles, mais ils constituent les premières pierres d’une paix durable.

Construire une alliance autour des enfants

Cette troisième édition marquera une nouvelle étape pour les Camps de la Paix Tapori. Après deux premières expériences riches d’enseignements, nous souhaitons aller plus loin en renforçant les liens entre les organisations qui accompagnent les enfants et les jeunes. La paix ne peut pas être portée par nous-mêmes. Elle se construit lorsque les familles, les écoles, les associations, les mouvements de jeunesse, les communautés religieuses, les médias, les autorités et les enfants eux-mêmes avancent dans une même direction.

Les Camps de la Paix Tapori veut être un espace où cette alliance prend vie. Au-delà des activités prévues, il s’agit de créer une dynamique durable dans laquelle chacun apporte sa contribution afin que les initiatives des enfants soient écoutées, encouragées et accompagnées.

Faire confiance aux enfants

Dans quelques jours, près de 500 enfants participeront à cette troisième édition. Nous espérons qu’ils repartiront avec de nouvelles amitiés, des souvenirs qui les feront grandir et surtout la conviction qu’ils peuvent, eux aussi, contribuer à transformer leur environnement.

Nous parlons souvent de l’avenir des enfants. Mais si nous voulons une paix durable, il est temps de leur faire une place dès aujourd’hui. Car les enfants ne sont pas seulement l’avenir de notre société ; ils en sont déjà des acteurs.

Construire la paix avec les enfants, c’est reconnaître qu’ils ont déjà quelque chose à apporter au monde. Il nous appartient de leur ouvrir des espaces où leur parole est écoutée, leurs initiatives encouragées et leur dignité pleinement reconnue. C’est le sens des Camps de la Paix Tapori, et c’est l’engagement que nous voulons poursuivre, avec les enfants et à leurs côtés.