Se comprendre avec les migrants 

Cet article est d’abord paru sur le site web d’ATD Quart Monde Suisse, ici : https://atd.ch/se-comprendre-avec-les-migrants/

Image de couverture: Bricolage : les enfants des participants bâtissent le quartier de la Bonne entente.

Texte écrit par Véronique Martrou, membre de l’équipe Université populaire en Suisse.

Temps de lecture : 5 minutes


[En Suisse, l’] Université populaire Quart Monde (UP) de mars 2026 a thématisé les interactions entre les migrants et la population suisse la plus exposée à la précarité.  

« Quand j’entends le mot migration, à quoi je pense ? Selon mon expérience de vie, qu’est-ce que je connais des migrants, de leur accueil, de leur vie ici ? Qu’a-t-on en commun ? »  

C’est autour de ces questions que des personnes vivant ou ayant vécu l’exclusion ou la pauvreté se sont préparées dans les groupes locaux, avant de se réunir à Treyvaux 1 pour approfondir leurs réflexions. En outre, notre [Université populaire] a bénéficié d’un dialogue avec Marisa Contreras et Marcelo Castro Baldi, de l’association Metis’Arte (https://metisarte.org).  

Échanges de savoirs 

Pour comprendre ce qui peut bloquer la rencontre, nous avons commencé autour d’une situation partagée par une femme dans les préparations : « L’une des personnes migrantes habitant dans mon immeuble ne sait pas bien le français. Je lui ai proposé de lui apprendre, mais elle ne veut pas. » Saisir ce qui se cache derrière ce refus a été jugé important car « quand on veut aider quelqu’un et qu’il ne veut pas, il y a une barrière qui se fait ».   

Pour expliquer ce rejet, un homme avec un parcours de migration a invoqué la peur : « Quand tu n’es pas accepté, tu vis dans la peur. »  Une femme a ajouté : « On croit qu’on est inférieurs, on se cache ; mais non, on n’est pas inférieurs aux autres. On est tous égaux. » Pour une autre, ça dépend aussi des conditions de vie de la personne émigrée ici en Suisse :« Quand on est absorbé dans un travail fatigant, on n’a pas le temps d’apprendre. » Une autre a relevé : « Souvent, il faut du temps, créer un climat de confiance. »  

Et nos invités ont abondé dans ce sens : « Une personne qui migre, c’est une personne qui a un univers en soi et qui porte beaucoup de savoir-faire. Pourquoi ne pas l’approcher sur ce qu’elle connait ? ». En écho à cette proposition, une femme d’ici a dit avoir rencontré un Brésilien qui ne parlait pas le français : « J’ai vu qu’il jouait de la guitare. Alors, je lui ai dit : Est-ce que tu veux m’apprendre la guitare ? Moi, je t’apprends le français. On échange une heure de français et une heure de guitare. »  

La cassure de l’émigration

Nous avons poursuivi les échanges sur un autre thème tiré des réflexions des participants : « Pour moi migrer c’est franchir une barrière linguistique par amour, comme mes parents. Mais il y a des cas où on est forcé de partir vivre dans un autre pays. C’est différent. » Pour un participant, ces situations montrent « la brutalité du monde et l’échec des politiques internationales ». Il a ajouté : « Pour ceux qui ont été obligés de partir, c’est une souffrance qui pénètre en eux, qui se transmet de génération en génération. » 

Un autre aspect a aussi été souligné : émigrer entraîne souvent une rupture des liens familiaux. « Ne plus revoir ses parents, ou ne pas savoir quand on va pouvoir revoir sa famille, ça change tout. » 

L’identité : une construction complexe 

Ces réflexions nous ont amenés à la question des racines, une participante a questionné les invités de la manière suivante : « Mes racines, c’est la Suisse. Mes valeurs suisses sont très importantes pour moi. Qu’est-ce que vous avez appris de l’importance des racines pour eux, qui ont dû partir de chez eux ? ». 

Marcelo et Marisa nous ont alors parlé d’identité en se référant à l’une de leurs animations : la création de cartes d’identité – à deux faces, une officielle et une autre où chacune et chacun inscrit ce qui lui correspond le mieux. À leurs yeux, cet exercice révèle que l’identité ne tient pas seulement à une appartenance à un pays ou à une langue. « L’identité d’une personne est faite de beaucoup d’autres éléments. C’est quelque chose qui évolue, qui se transforme avec la vie. »  

D’où cette évidente nécessité : au-delà des étiquettes, apprendre à connaître les personnes.  

Des rencontres marquantes

Les discussions au sein des groupes locaux sont souvent l’occasion de découvrir des réalités insoupçonnées et de faire de belles rencontres humaines, comme pour ce participant, très marqué par une personne côtoyée durant la phase préparatoire de l’UP : « Cette femme rom vit en famille à Genève. Elle a pu s’intégrer avec ses enfants. Il y a beaucoup de courage en elle, et aussi de révolte, parce que les gens sont durs avec elle. Cette femme, c’est une combattante. »  

  1. où se trouve le Centre national d’ATD Quart Monde Suisse