Jean

Libéré de la fatalité de la misère
Qui sommes nous ?
- Un Mouvement construit par de nombreux engagements
- Texte final des Assises du Mouvement ATD Quart Monde Novembre 2004
- Père Joseph Wresinski (1917 -1988)
- Jean Philippe
- Suzelle et Nerline
- Jean
- Rachelle
- Rejeanne
« C’est toute une vie qui m’a amené à aimer le père Joseph. Il y a des choses dans sa vie et la mienne qui se ressemblent, qu’on peut mettre à côté de mon expérience.
Toute ma vie j’ai connu la pauvreté. J’ai toujours été au milieu des pauvres. Et c’est en étant un homme né dans la pauvreté que je savais qu’il existait d’autres plus pauvres que nous.
Tôt, comme le père Joseph, j’ai dû quitter mes parents pour venir trouver du travail et pouvoir soutenir un peu la famille. Je faisais partie de la génération des cireurs. De ceux qui allait cirer les chaussures des étrangers et de militaires. J’ai vécu alors quelque chose que je n’ai compris que beaucoup de temps après. Le pays recevait la visite du Général de Gaulle. Pour un événement d’une telle importance, on ne voulait pas des gens sans chaussures comme nous. Les étudiants étaient là, avec des pancartes portant l’inscription « indépendance immédiate ». Ils nous en ont donné une et nous ont placés en première ligne. Le Général De Gaulle s’est adressé à nous avant même de commencer son discours. « Vous demandez l’indépendance. Prenez-la ». Ils s’est adressé a nous, petit Sénégalais qui ne savions même pas ce qui était écrit sur nos pancartes. C’était seulement après que j’ai compris, grâce à Atd Quart Monde, que ce message était pour moi.
Le Mouvement, je l’ai connu quand j’était déjà ici, à Dakar. Dans ma maison, il n’y avait qu’une seule chambre. La nuit, on entendait les cris des chats, les rats, les souris, les bandits. Nous, avec d’autres voisins du quartier, nous voulions mettre debout la communauté. Ayant su que des Européens venaient au Sénégal pour aider les plus pauvres, nous avons écrit une lettre pour demander une audience. On nous a répondu : « surtout, ne bougez pas, on se déplacera ». On a préparé avec les moyens qu’on avait. Il n’y avait aucune maison prête pour accueillir. On a choisi celle qui était plus proche de la route. On a récupéré des chaises, des bancs… Quand on a vu arriver le volontaire, notre enthousiasme a été refroidi. On était même découragés. Il arrivait avec son sac tout déchiré. Il nous a écoutés, nous a affirmé ne pas avoir d’argent mais il nous a invités à une réunion à l’antenne du Mouvement, à Dakar. Il nous a très bien reçu. A la fin de la réunion, on ne pensait plus à réclamer de l’argent, tellement on avait entendu des témoignages et des histoires d’engagements.
Avant de connaître le père Joseph je ne croyais pas qu’on pouvait combattre la misère. Pour moi, c’était un fait de Dieu. C’est lui qui l’a créée. Nous, on n’y peut rien. Mais le père Joseph disait bien que la misère étant l’œuvre de l’homme, l’homme peut être le remède. Croire en cela, c’était ma force. Il disait que l’injustice ne devait pas exister. On ne peut pas être heureux quand on la vit.
Un jour, il y a eu des problèmes dans le village. Des personnes ne parvenaient pas à payer leurs impôts. Des gens sont venus. Ils ont visité chaque maison en demandant d’ouvrir les malles, là où on gardait les objets d’une certaine valeur comme les tissus, les pagnes, les boucles d’oreille. A cette époque, nous avions un chien. Quand ils ont voulu rentrer dans notre cour, on ne pouvait pas le tenir tellement il était en colère. L’un d’entre eux a sorti un pistolet et tué notre chien. Ils ont dû ceinturer mon père qui était furieux et cherchait qui avait tiré. Ils se sont tous rassemblés autour de l’arbre à palabre. On peut ainsi ne même pas avoir de quoi payer ses impôts et vouloir se bagarrer à cause d’une injustice. Jusqu’à présent, le monde continue de créer de la misère. Des personnes gardent pour elles l’intelligence, le dialogue, la diplomatie, décident pour nous les pauvres, parlent pour nous.
Pour beaucoup, cette façon de s’approcher des autres au travers de leurs besoins, de les écouter, de les aider sur ce qu’il font déjà pour qu’il se sentent grands, ne signifie rien. Il a fallu presque dix ans pour que les gens nous comprennent un peu ».
JEAN DIENE
Tôt, comme le père Joseph, j’ai dû quitter mes parents pour venir trouver du travail et pouvoir soutenir un peu la famille. Je faisais partie de la génération des cireurs. De ceux qui allait cirer les chaussures des étrangers et de militaires. J’ai vécu alors quelque chose que je n’ai compris que beaucoup de temps après. Le pays recevait la visite du Général de Gaulle. Pour un événement d’une telle importance, on ne voulait pas des gens sans chaussures comme nous. Les étudiants étaient là, avec des pancartes portant l’inscription « indépendance immédiate ». Ils nous en ont donné une et nous ont placés en première ligne. Le Général De Gaulle s’est adressé à nous avant même de commencer son discours. « Vous demandez l’indépendance. Prenez-la ». Ils s’est adressé a nous, petit Sénégalais qui ne savions même pas ce qui était écrit sur nos pancartes. C’était seulement après que j’ai compris, grâce à Atd Quart Monde, que ce message était pour moi.
Le Mouvement, je l’ai connu quand j’était déjà ici, à Dakar. Dans ma maison, il n’y avait qu’une seule chambre. La nuit, on entendait les cris des chats, les rats, les souris, les bandits. Nous, avec d’autres voisins du quartier, nous voulions mettre debout la communauté. Ayant su que des Européens venaient au Sénégal pour aider les plus pauvres, nous avons écrit une lettre pour demander une audience. On nous a répondu : « surtout, ne bougez pas, on se déplacera ». On a préparé avec les moyens qu’on avait. Il n’y avait aucune maison prête pour accueillir. On a choisi celle qui était plus proche de la route. On a récupéré des chaises, des bancs… Quand on a vu arriver le volontaire, notre enthousiasme a été refroidi. On était même découragés. Il arrivait avec son sac tout déchiré. Il nous a écoutés, nous a affirmé ne pas avoir d’argent mais il nous a invités à une réunion à l’antenne du Mouvement, à Dakar. Il nous a très bien reçu. A la fin de la réunion, on ne pensait plus à réclamer de l’argent, tellement on avait entendu des témoignages et des histoires d’engagements.
Avant de connaître le père Joseph je ne croyais pas qu’on pouvait combattre la misère. Pour moi, c’était un fait de Dieu. C’est lui qui l’a créée. Nous, on n’y peut rien. Mais le père Joseph disait bien que la misère étant l’œuvre de l’homme, l’homme peut être le remède. Croire en cela, c’était ma force. Il disait que l’injustice ne devait pas exister. On ne peut pas être heureux quand on la vit.
Un jour, il y a eu des problèmes dans le village. Des personnes ne parvenaient pas à payer leurs impôts. Des gens sont venus. Ils ont visité chaque maison en demandant d’ouvrir les malles, là où on gardait les objets d’une certaine valeur comme les tissus, les pagnes, les boucles d’oreille. A cette époque, nous avions un chien. Quand ils ont voulu rentrer dans notre cour, on ne pouvait pas le tenir tellement il était en colère. L’un d’entre eux a sorti un pistolet et tué notre chien. Ils ont dû ceinturer mon père qui était furieux et cherchait qui avait tiré. Ils se sont tous rassemblés autour de l’arbre à palabre. On peut ainsi ne même pas avoir de quoi payer ses impôts et vouloir se bagarrer à cause d’une injustice. Jusqu’à présent, le monde continue de créer de la misère. Des personnes gardent pour elles l’intelligence, le dialogue, la diplomatie, décident pour nous les pauvres, parlent pour nous.
Pour beaucoup, cette façon de s’approcher des autres au travers de leurs besoins, de les écouter, de les aider sur ce qu’il font déjà pour qu’il se sentent grands, ne signifie rien. Il a fallu presque dix ans pour que les gens nous comprennent un peu ».
JEAN DIENE





