Célébration de la journée du 17 Octobre 2025 en Afrique
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La célébration de la journée mondiale pour le refus de la misère, le 17 octobre 2025, s’est déroulée avec la participation massive des membres du Mouvement ATD Quart Monde en Afrique.
Cette journée, initiée par le fondateur d’ATD Quart Monde, le Père Joseph Wresinski, est un moment d’unité et de solidarité entre les personnes qui subissent la pauvreté, leurs alliés et l’ensemble de la société. Elle donne la parole à ceux qui, trop souvent, sont réduits au silence, et réaffirme que la dignité humaine ne doit jamais dépendre des conditions sociales ou économiques.
Revivons ensemble les moments forts vécus dans les différents pays d’Afrique où ATD Quart monde est présent sur le thème : « Mettre fin à la maltraitance sociale et institutionnelle ».
Sénégal: Dénoncer une injustice silencieuse
Au Sénégal, la célébration de la journée s’est tenu à Guinaw Rails (Pikine) un quartier où le Mouvement faisait des activités il y a quelques années1.
Le 17 Octobre 2025 fût un prétexte pour le Mouvement de reprendre les activités à Guinaw Rails. Marcel Valéra et mère Oumy Ndione, tous les deux membres du mouvement et habitants de Guinaw rails, étaient restés en lien avec le Mouvement. C’est ainsi que Marcel lors d’une rencontre du comité national du 17 Octobre de cette année à proposé à l’équipe de tenir la journée à Guinaw Rails pour inviter les anciennes familles du Mouvement à reprendre les activités.
Le sous-thème de la journée était «l’enregistrement à l’état civil » parce que le non-enregistrement à l’état civil demeure l’une des formes les plus insidieuses d’exclusion sociale au Sénégal. Des milliers d’enfants et d’adultes souvent issus des familles les plus démunies vivent sans existence légale, sans papiers d’identité, sans droits civiques, et sans accès aux services de base tels que l’éducation, la santé ou l’emploi. Cette privation d’identité légale est une maltraitance institutionnelle qui fragilise les familles, limite leurs perspectives et alimente la reproduction de la pauvreté.
À travers cette célébration, ATD Quart Monde Sénégal a voulu dénoncer cette injustice silencieuse, mettre en lumière les voix des familles concernées et interpeller les décideurs publics sur l’urgence d’une réforme durable de l’état civil.
El Hadj Omar Gueye, représentant d’ATD Quart Monde Sénégal, a rappelé le sens profond du 17 octobre : « Cette journée est faite pour affirmer que la pauvreté n’est pas une fatalité. » Il a souligné que l’absence d’identité légale constitue une violation flagrante de la dignité humaine. Il a invité l’ensemble des acteurs à unir leurs forces pour mettre fin à cette injustice.
Malick Sall, juriste, a dénoncé les nombreuses barrières administratives qui empêchent encore des milliers d’enfants d’être déclarés à temps, une exigence souvent impossible à respecter pour les familles vivant dans la précarité, sans moyens de transport ou contraintes par le travail. Il a plaidé pour plus de souplesse et d’humanité dans les procédures, afin que le droit à l’identité ne dépende pas du lieu de naissance, mais de la simple volonté des parents d’enregistrer leur enfant.
Et une collaboration spéciale avec l’association Kaddu Yarakh a donné une dimension artistique et participative à la journée à travers un théâtre forum, (note : outil d’éducation populaire permettant de réfléchir collectivement aux problèmes vécus et d’envisager des solutions communautaires.)
Le 17 octobre 2025 fut un moment fort, émouvant et porteur d’espérance. Le Mouvement ATD Quart Monde Sénégal, avec ses partenaires communautaires et institutionnels, réaffirme son engagement à poursuivre le travail de sensibilisation, de plaidoyer et d’accompagnement des familles afin que le droit à l’identité légale devienne une réalité pour tous.

Burkina Faso: Une invitation à une solidarité agissante
La célébration du 17 Octobre au Burkina Faso s’est faite dans trois lieux différents : à Manéga, à la Cour aux cent métiers d’ATD Quart Monde, et à Méguet.
À Manéga, le programme s’est déroulé sur la « Dalle africaine sacrée’’. Une visite fut effectuée au musée de Manéga avec l’ensemble des participants de la journée. Cela a été un moment de joie pour beaucoup, notamment la découverte de la case Joseph Wresinski, où se trouve des objets symboliques du Mouvement.
À la cour aux cent métiers, plusieurs témoignages ont ponctué cette rencontre, notamment celui de Madame Ouédraogo Nathalie, représentante du Ministère de l’action humanitaire et de la solidarité nationale, qui a parlé de sa reconnaissance à ATD Quart Monde pour son apport considérable dans la lutte contre la misère au Burkina Faso. Elle a par ailleurs invité à une solidarité agissante main dans la main dans ce combat et s’engage à défendre dignement la personne humaine.
À Méguet, une activité de solidarité au profit des personnes malades a eu lieu, une visite a été effectuée au Centre de Santé et de Promotion Sociale (CSPS) de la localité. Au cours de cette visite, les membres du mouvement ont échangé avec les patients et le personnel de santé, partageant des paroles d’encouragement, de réconfort et d’espérance.

En République Démocratique du Congo: refuser la misère dans un contexte d’insécurité

En RDC, les membres du Mouvement ont célébré le 17 octobre à Bukavu, Goma et Uvira.
Une campagne de sensibilisation communautaire s’est faite à Bukavu et Goma. Des témoignages et des analyses sur les causes et conséquences de la pauvreté ont été diffusées lors d’une émission radio.
Sur le plateau, la question ‘’Cette journée est-elle importante dans un contexte d’insécurité comme le nôtre ?’’ a été soulevée.
‘’Oui, cette journée est très importante, surtout dans un contexte marqué par l’insécurité et les conflits armés. Elle permet de rappeler que ces violences aggravent la pauvreté, désintègrent les familles et empêchent les communautés de vivre dignement. En célébrant cette journée, nous lançons un appel à la solidarité, à la justice sociale et à la reconstruction d’un tissu communautaire fort.’’leur a répondu Obedi Aganze, volontaire avec ATD Quart Monde.
Des visites solidaires ont été faites dans ces deux villes, auprès des familles déplacées, sinistrées, malades, ainsi que des militaires et policiers en situation de vulnérabilité par les membres des familles impliquées dans cette action. Ces visites ont permis de partager des moments fraternels et de recueillir des témoignages pour faire de plaidoyer malgré le contexte actuel de notre pays.


A Uvira, la journée a permis de mettre en lumière la lutte contre la maltraitance sociale et institutionnelle, l’importance de « changer le regard » sur la pauvreté et la nécessité de garantir une participation effective des personnes concernées dans l’élaboration des politiques. Cette journée, a été marquée par des rassemblements, des témoignages et des prises de parole pour sensibiliser le public et rappeler que la misère n’est pas une fatalité.
Le thème de la célébration a été présenté par Mutula Jérôme, un jeune animateur des enfants Tapori, qui a défini les concepts clés qui compose le sujet de la journée : « Mettre fin à la maltraitance sociale et institutionnelle: Assurer le respect et un soutien approprié aux familles »:
- Mettre fin: C’est agir concrètement pour éliminer une réalité néfaste (la maltraitance).
- Maltraitance sociale: sont des attitudes, pratiques ou comportements qui se manifestent dans la société qui humilient, rejettent ou excluent les personnes en situation de précarité ou pauvres (Ex: discrimination, stigmatisation, absence d’assistance, de solidarité etc.).
- Maltraitance institutionnelle: C’est toute forme de pratiques, attitudes que l’on manifeste dans des institutions officielles et privées (hôpitaux, écoles, administrations) qui parfois excluent ou limitent l’accès à des services aux personnes en situation de pauvreté, soit on les traite avec mépris, lenteur ou corruption.
- Assurer le respect: C’est reconnaître la dignité de chaque être humain, indépendamment de sa situation économique.
- soutien approprié aux familles: c’est aider de manière adaptée et juste, selon les besoins réels des familles ou des personnes touchées par la pauvreté. (Ex: accès à l’éducation, à la santé, au logement, à la protection sociale).
Dans le contexte d’Uvira, cette situation est bien réelle : beaucoup de familles font face à l’exclusion, aux abus de pouvoir, au manque d’écoute et à des services sociaux défaillants ou inaccessibles.

Côte d’Ivoire: Un engagement né de la dignité et de la résistance

A Bouaké, en Côte d’Ivoire, la Journée Mondiale du Refus de la Misère a été célébrée le samedi 4 octobre 2025, à la Maison des Arts et de la Famille (M.A.F.). Cette date avait été choisie à l’avance, en raison du contexte électoral sensible en Côte d’Ivoire, afin de permettre un déroulement serein de l’activité.
La cérémonie a débuté par un rappel historique de la naissance du Mouvement ATD Quart Monde en Côte d’Ivoire, né dans le camp pénal de Bouaké, à l’initiative de sœur Simone Viguié et les jeunes incarcérés vivant dans des conditions extrêmement difficiles. Ce moment de mémoire a permis de rappeler que l’engagement du Mouvement est né de la dignité et de la résistance de personnes ayant connu la misère dans sa forme la plus brutale. La participation a volontairement été limitée à une trentaine de personnes (militants, alliés, volontaires et représentants de structures locales) afin de respecter les consignes de sécurité interdisant les grands rassemblements. Malgré ce nombre restreint, la qualité des échanges et la profondeur des interventions ont donné à la rencontre une dimension particulièrement forte.
Les interventions en plénière ont mis en lumière les cris de cœur des participants face à la maltraitance sociale et institutionnelle que subissent les plus pauvres. Un des intervenants a déclaré : « La maltraitance sociale et institutionnelle est une réalité qui opprime et chosifie ceux qui en sont victimes. Elle tue des rêves et empêche des talents d’éclore. Pour y remédier, il faut faire de l’éducation pour tous une réalité à travers le monde. »
Un autre a ajouté : « Nous vivons dans un monde riche, et pourtant des personnes continuent à manger dans les poubelles. Même les institutions, parfois, violent leurs propres normes. Cela aggrave la maltraitance institutionnelle. »
Ces échanges intenses ont rappelé combien la lutte contre la misère exige écoute, solidarité et reconnaissance de la dignité de chacun.
En République Centrafricaine: Du témoignage au plaidoyer

En Centrafrique, la célébration a eu lieu à la cour d’ATD Quart Monde à Bangui SICA II, Et a été modérée par Geoffroy NGANA, allié du Mouvement.
Elle fut une célébration particulière marquée par plusieurs témoignages des familles :
DELEGUE Modestine : Je suis albinos; nguenguerou en sango. Si tu es né dans une famille pauvre, tes droits légaux sont bafoués. Tu n’es pas considéré dans les réunions familiales et même la prise de parole est difficile. Tu ne reçois ni visite ni assistance. Un jour je me suis posée cette question, comment pourrais-je faire pour sortir dans la pauvreté? C’est après que j’ai compris que ce sont nos propres efforts qui sont la voie pour sortir de la pauvreté.
MATILINGOU DIEUBENI: Souvent les pousseurs sont considérés comme les enfants de la rue mais pourquoi cela ? Partout où nous passons les gens nous injurient alors qu’en réalité c’est à travers ce métier que nous parvenons à payer notre loyer et à répondre aux besoins de notre famille.
Bob délégué national de la RCA déclara « que les témoignages nous renvoient au plaidoyer. Chaque témoignage est comme la lumière qui éclaire ». Ne soyons pas inquiet si nous demandons l’accès au plaidoyer.
En Tanzanie : Bâtir un environnement où le respect de la dignité humaine est privilégié.

L’événement s’est déroulé à la salle Kigamboni du Navy Beach Resort, à Dar es Salam.
L’événement a rassemblé 200 personnes de divers horizons, notamment des familles soutenues par les programmes communautaires du Mouvement, des représentants d’ONG locales et internationales, des responsables communautaires, des jeunes militants et des personnes de tous horizons.
L’objectif principal de l’événement était de sensibiliser et d’engager le dialogue sur l’importance de mettre fin à toutes les formes d’abus sociaux et institutionnels, étape essentielle vers l’éradication de la pauvreté et la garantie de l’égalité pour tous les membres de la société.
Le docteur Ave Maria, formatrice en genre, leadership et développement, a prononcé un discours d’ouverture soulignant l’importance de protéger la dignité humaine à tous les niveaux : famille, communauté et institutions. Elle a encouragé les actions collectives, le plaidoyer politique, la sensibilisation et la créativité pour éliminer les pratiques abusives et promouvoir la justice sociale.
Lors de cette journée, les participants de l’équipe de recherche sur les dimensions cachées de la pauvreté ont présenté un exposé expliquant l’origine des mauvais traitements sociaux et institutionnels. Ils se sont appuyés sur un rapport de recherche international mené de 2016 à 2019, intitulé « Les dimensions cachées de la pauvreté ». Ils ont également expliqué comment ces dimensions entravent le développement des personnes vivant dans l’extrême pauvreté.
Voici un témoignage marquant de la journée :
L’un des fondateurs du mouvement ATD en Tanzanie vivant dans la Région de Dodoma, PETER MSASU a raconté la situation qu’il a vécue il y a plusieurs années. Accusé à tort de meurtre par son cousin, il a subi un traitement institutionnel intensif, privé de ses droits à la défense et à la comparution. Maintenu en détention pendant trois ans, sa situation financière s’est considérablement dégradée. Sa famille, et notamment ses enfants, ont également été touchés, contraints d’interrompre leur scolarité faute de matériel scolaire de base. De ce fait, même après sa libération, sa situation financière reste précaire .
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