Témoignage de Madagascar, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère

A Madagascar, la situation sanitaire du pays a rendu impossible les rassemblements le 17 octobre dernier, si bien que l’équipe d’ATD Quart Monde n’a pas pu célébrer la Journée mondiale du refus de la misère comme chaque année. Une grande déception pour l’équipe qui avait préparé des événements forts pour marquer les 30 ans de la Journée.

Madame Germaine, militante Quart Monde, nous a transmis son témoignage et son message pour ce jour-là, où elle évoque la souffrance et les violences que vivent les plus pauvres dans le silence et l’indifférence générale. Pour ne pas oublier que le refus de la misère, ce n’est pas uniquement le 17 octobre, mais c’est tous les jours qu’il nous faut ouvrir les yeux et nous mobiliser.

Qui va nous protéger, qui protégera nos enfants ?

Témoignage de Madame Germaine à Andramiarana pour le 17 octobre 2017

« En ce moment il y a la peste dans plusieurs régions dans le pays. C’est une maladie qui fait mal et qui fait honte car elle est le fruit d’une saleté. Nous avons entendu qu’il y a beaucoup de morts à l’hôpital et les 4 hôpitaux principaux sont remplis de malades. Cela fait peur car maintenant ce ne sont plus des puces qui nous contaminent mais c’est plutôt les humains. Aller à l’hôpital c’est aussi risqué car il y a plein de malades et si tu as la grippe et que tu y vas, tu risques d’avoir tout de suite des injections… et les autres malades peuvent te contaminer.

Il y avait un mort dans notre quartier, et la rumeur a couru en disant que la personne était morte de la peste alors qu’on sait qu’elle était malade depuis très longtemps et ce n’était pas la peste. Cette maladie apporte beaucoup de d’humiliation pour nous. Nous vivons sur la décharge mais il n’y a pas de la peste chez nous.

Nous vivons toujours dans la peur car la semaine dernière il y a eu un enfant de 13 ans mort à la décharge, écrasé par un camion qui repoussait les ordures pour avoir plus de place. L’enfant était là en train de chercher de morceau de fer, des os… La moitié de son corps a été aplati complètement, c’était trop triste. Mais ça, personne n’en parle, personne ne se pose des questions à part nous dans le quartier.

Cet enfant est mort à cause de la misère, cet enfant ne devait pas être à la décharge, il devait être à l’école en train de préparer son avenir et profiter d’avoir la joie d’apprendre avec ses camarades.

Qui va nous protéger, qui protégera nos enfants ?

Qu’est-ce que le gouvernement fait pour améliorer notre vie ? rien. Notre situation deviendra de plus en plus difficile car une route va traverser notre village. Nous savons que nos maisons vont disparaître et on ne sait pas où aller. On va encore déplacer les gens loin de la ville avec des fausses promesses comme il y a quelques années.

Nous ne pourrons pas célébrer le 17 octobre en même temps que tout le monde cette année, c’est dur ça, car 2017 est une année anniversaire du Mouvement et de notre fondateur, de la dalle en l’honneur des victimes de la misère, de TAPORI. Nous avions beaucoup travaillé pour préparer ce 17 octobre.

Je souhaite marquer quand même la Journée mondiale du refus de la misère dès que les autorités donnent l’autorisation de faire un rassemblement et en attendant, à tous ceux qui peuvent se réunir le mardi prochain, je vous souhaite un bon 17 octobre. »

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