Un nouveau métier en Centrafrique ? la médiation socio-culturelle

La programmation 2013-2017 d’ATD Quart Monde en République Centrafricaine disait : « Encourageons les jeunes en leur enseignant l’attention aux plus faibles, avec des recherches et des méthodes d’apprentissages qui permettent de réussir ce que l’on entreprend ».

Pendant plusieurs mois, avec les conseils de nombreux acteurs sociaux, militants ou amis d’ATD Quart-Monde, un projet a pris forme et a pu voir le jour grâce au soutien de partenaires et financeurs. L’idée de créer une nouvelle filière de formation dans un « métier » ou savoir-faire encore inédit en Centrafrique est en train de devenir une réalité :  la médiation sociale et culturelle, une première formation en alternance qui soulève beaucoup d’espoirs.

Ces « médiateurs sociaux et culturels » développeront leur capacité de créer ou de renouer les liens sociaux avec des personnes qui vivent quotidiennement la violence de la misère, afin de leur permettre de participer à la vie sociale (marché, associations, centre de santé, autorités locales, etc) et culturelle (centres scolaires, maison des jeunes, media, etc). La formation est abordée dans un esprit d’ouverture envers ceux qui manquent encore à la vie de la société, afin d’édifier un pays qui ne laisse personne en arrière, et dans une perspective de travail durable et enraciné par la connaissance et la pratique de terrain.

Douze personnes font partie de la première promotion : certaines sont membres de diverses associations (développement rural, plate-forme interreligieuse, coordination de volontaires de paix, réseau d’épargne et de crédit entre jeunes des quartiers), et d’autres sont des membres actifs des initiatives d’ATD Quart-Monde (bibliothèques de rues, clubs Tapori). Elles ont suivi des parcours scolaires différents, allant du primaire à l’université. Tous exercent à présent une activité professionnelle et sont souvent engagés dans la vie de leurs quartiers comme alphabétiseurs, membres de conseils de quartiers, ou encore entraîneurs de basket-ball. Une grande diversité qui représente une grande richesse.

Les premières semaines du Cycle Expérimental de Formation à la Médiation Sociale et Culturelle ont débuté en janvier 2016 avec ces 12 apprentis. Avec ses 1450 heures de formation, deux mois de stages pratiques, l’accompagnement de chacune des personnes en formation par une équipe pédagogique de trois personnes, sans oublier un statut professionnel de contrat d’apprentissage, cette initiative d’ATD Quart Monde en Centrafrique a pris le temps de se structurer et de s’entourer de partenaires précieux.

L’Agence Centrafricaine pour la Formation Professionnelle et l’Emploi ainsi que l’Université de Bangui assureront la formation théorique et la validation des compétences acquises. Par ailleurs, des associations et structures d’accueil de santé publique, d’éducation spécialisée pour des jeunes vulnérables, feront le suivi des stages pratiques. Le Ministère de l’Éducation s’intéresse également à la capacité de mise en relation des écoles de quartiers périphériques avec leur environnement social et culturel, permettant de créer de nouvelles relations entre les familles et les établissements scolaires.

Ces relations avec des acteurs de la formation et de l’éducation en République Centrafricaine donnent confiance en l’avenir.

Le projet comporte trois aspects fondamentaux

  • Un volet expérimental, car l’expérience est première : les 12 médiateurs passent deux jours de la semaine sur le terrain. Un tiers se met au service du chantier de Recherche-Action par lequel ATD Quart-Monde va rassembler l’expertise de plusieurs dizaines de personnes (parents d’élèves, enseignants, acteurs sociaux, familles aux prises avec l’exclusion, etc…) sur la réalité de l’éducation. Deux tiers d’entre eux par ailleurs se joignent à des actions quotidiennes de partage des savoirs, plus connues comme les « bibliothèques de rues » dans des quartiers de Bangui et ses alentours.
  • un volet formation : des « savoirs-outils » sont revisités, ou redécouverts pour ceux qui ont laissé l’école depuis plusieurs années. Langue française, comptabilité, histoire ou même psychologie de l’enfant, sans oublier quelques éléments de législation sur la jeunesse ou sur la médiation et la gestion des conflits. Les cours sont suivis dans les locaux du Centre Protestant de la Jeunesse, le fameux CPJ connu dans toutes les mémoires banguisoises : un lieu carrefour de l’action culturelle et de la formation citoyenne dans les milieux étudiants et jeunes, même dans les années sombres de l’histoire du pays. Un beau chantier d’aménagement a rassemblé toute l’équipe !

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  • un volet médiation : si des familles et des quartiers restent délaissés ou se sentent exclus de cet effort de réconciliation entre secteurs sociaux et communautaires, la démarche et l’action de ces médiateurs en formation doit les prendre en compte en priorité. La création ou la restauration des liens sociaux, en partant de la vision des plus exposés, des plus isolés : voilà la base de départ pour rejoindre les plus exclus, en réfléchissant avec eux.

La formation s’achèvera en décembre 2016, avec l’objectif d’entreprendre début 2017 un « chantier d’avenir », pour mettre en œuvre ce qui aura été acquis. Tous espèrent que d’autres générations de Médiateurs Sociaux et Culturels – non plus « expérimentales » comme cette première promotion, mais de manière durable et continue – pourront mettre leurs talents au service d’un pays qui cherche à ne laisser personne en arrière.