Le dialogue à égalité mobilise contre l’extrême pauvreté

En République Démocratique du Congo, la Journée mondiale du refus de la misère a été célébrée sous plusieurs formes, notamment une rencontre d’égale à égale avec les députés provinciaux, plusieurs émissions radio et télévisées et un « dialogue à égalité ».

Ce dernier a rassemblé différentes personnalités telles que des juristes, des professeurs d’universités, des acteurs politiques, des journalistes, des étudiants, des médecins, des enseignants, avec des personnes vivant dans l’extrême pauvreté, afin de se mobiliser ensemble pour éradiquer la pauvreté. Cette manière de s’asseoir pour échanger, c’est ce que les membres d’ATD Quart Monde en RDC appellent « dialogue à égalité ». Il s’agit d’un espace où chacun-e peut apporter ce qu’il pense à propos du thème à débattre.

  • « Le 17 octobre est une journée pour reconnaître l’égale dignité de chacun-e. Durant cette journée chacun-e accepte de s’unir autour des plus pauvres qui sont partout dans le monde les premières victimes de multiples formes de violences. » (Bob Katembo, volontaire permanent d’ATD Quart Monde, citant un extrait de la charte internationale du 17 octobre).

Les membres d’ATD Quart Monde en RD Congo ont voulu célébrer cette journée avec les personnes oubliées par la société, comme les porte-faix handicapés, dont le travail consiste à transporter des marchandises entre la RDC et le Rwanda à travers des bicyclettes pour les personnes avec handicaps. Ces personnes entretiennent des liens avec ATD. Parmi elles, des aveugles, des infirmes et avec d’autres handicaps physiques. Ces porte-faix se réunissent en association, ils s’entraident mutuellement pour faire face à la pauvreté. Après le travail, ils se réunissent pour partager équitablement ce qu’ils ont gagné au courant de la journée.
Ils vivent en fonction de ce qu’ils gagnent dans la journée et ce travail leur permet de donner une bonne éducation à leurs enfants, de les nourrir, de payer le logement et les soins de santé pour leurs familles. ATD Quart Monde en RD Congo les a invités afin qu’ils partagent leur savoir-faire, leur combat quotidien contre la misère avec d’autres personnes victimes des violences de la pauvreté.

Papa Émile, membre des familles solidaires, prenant la parole a montré comment les enfants Tapori l’ont aidé à quitter l’isolement, le rejet, la moquerie et à retrouver sa place et devenir acteur dans la communauté : « Dans mon passé j’ai traversé une époque où la misère avait pesé sur mes épaules, les gens ne me respectaient pas, ils me méprisaient, ils m’appelaient de chien, de sorcier. Ma maison était en délabrement très avancé, quand la pluie tombait, on ne dormait plus, nous cherchions des sachets pour nous couvrir et on passait la nuit debout. Je suis militant au sein du mouvement ATD Quart Monde, je suis fière aujourd’hui de cette considération que vous m’octroyé ».

Théophile BASHIMBE (membre de l’association des personnes handicapées) : « Nous demandons à nos dirigeants d’avoir de l’égard envers les personnes porte-faix handicapées, nous voulons que nos autorités prennent conscience de ce que nous faisons car nous aussi nous contribuons au développement de notre pays. Nous remercions les amis d’ATD Quart Monde de nous offrir cet espace de liberté et d’échange d’idées pour la construction d’un monde plus juste ».

  • Foyer E’kabana (enfants accusés de sorcellerie) : « Notre société est sélective, on écarte les plus faibles, les enfants à l’école du fait qu’ils n’ont pas d’argent pour payer les frais scolaires. On les accuse de sorcellerie. Nous voulons bâtir un monde sans discrimination et violence ».

Après que les participants aient partagé leurs expériences, il s’en est suivi un débat autour du thème du 17 octobre : « S’unir avec les plus exclus pour construire un monde où les droits de l’Homme et la dignité seront universellement respectés ».

Ainsi, les participants ont pris tour à tour la parole pour dire comment s’unir pour faire respecter les droits des personnes vivant dans l’extrême pauvreté est un atout pour bâtir un monde idéal.

Nathaliana (foyer E’Kabana) : « Si les soins psychiatriques coûtent chers c’est parce que nous sommes dans une société malade qui souffre beaucoup parce qu’il y a de la discrimination, de l’exclusion, et quand on est exclu on devient fou. Il n’y a pas besoin de l’argent, de médicaments, mais plutôt d’une société plus rationnelle, solidaire et inclusive »

Gustave CHERIA : « Je suis représentant de la commission socio-culturelle de l’Assemblée Provinciale du Sud Kivu. Notre préoccupation c’est de collaborer avec les plus démunis. L’Assemblée essaye de doter la population des bonnes lois qui n’écartent personne. Mais à part les lois que l’Assemblée vote, il serait souhaitable que nous arrivions à proposer des lois qui reflètent la réalité de notre vie quotidienne. »

Bob KATEMBO : « Pour m’unir avec les plus exclus je partage ma vie avec eux, je donne mon temps en réfléchissant avec les personnes délaissées sur certaines préoccupations de la vie. »

Le Mouvement ATD Quart Monde à Bukavu organise régulièrement des dialogues à égalité.

Pour écouter les interviews radio de Bob Katembo et de Maître Georges Musongela, avocat au barreau de Bukavu et allié d’ATD Quart Monde :

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