Joseph Wresinski, l’exclu (pauvre, handicapé) chemin d’unité

En cette année de préparation du centenaire de la naissance du fondateur d’ATD Quart Monde, plusieurs initiatives pour faire connaitre la pensée et le message de Joseph Wresinski sont organisées.

A l’invitation de l‘Association des Amis du père Joseph Wresinski, Jean Vanier, fondateur de l’Arche, et Georges-Paul Cuny, auteur de « L’homme qui déclarait la guerre à la misère » ont dialogué durant une conférence intitulée « L’Exclu – pauvre, handicapé – Chemin d’unité », qui s’est déroulée au Collège des Bernardins (Paris), le 12 mars 2016.

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Extraits de la conférence

Jean Vanier raconte sa rencontre avec le Père Joseph et ATD Quart Monde au Burkina Faso.

  • «Je l’ai senti comme un précurseur. Il était cet homme qui criait quelque chose que nous disions très timidement, quand il disait que les plus pauvres étaient ceux qui vont sauver notre monde. Ces liens avec ATD, avec le Père Joseph, avec Monique et Dominique ( volontaires qui m’ont fait rencontrer des vieilles femmes rejetées de leur communauté et les mendiants dans les rues de Ouagadougou) m’ont marqué profondément dans le coeur, dans l’intelligence. Ca m’a permis peut-être d’approfondir le sens de l’Arche. Joseph Wresinski disait que les exclus nous sauvent et sauvent le monde. De même ceux qu’on a essayé de sortir de situations abominables à cause de leur handicap sont ceux qui nous changent et nous sauvent. » Et de citer ces mots du Père Joseph : « Les personnes avec un handicap que vous rencontrez tous les jours et qui sont le pôle de votre vie ont reçu mission de faire naître l’amour et de répandre l’amour, et d’obliger les hommes et les femmes à aimer, à s’aimer, et à se faire aimer. »

Les pauvres sont des maîtres en matière de conscience

Georges-Paul Cuny évoque ce qui l’a marqué dans sa rencontre avec le Père Joseph : «Il disait que les très pauvres sont nos maîtres. Ce n’est pas facile à comprendre. Il est évident qu’ils ne sont pas nos maîtres en matière de connaissance, de compétence, mais ce sont des maîtres en matière de conscience… Et ça rejoint la profondeur de la culture occidentale qui depuis toujours est un effort constant pour approfondir la conscience. Les très pauvres nous apprennent la conscience de la justice, la conscience de l’injustice, la conscience du mépris. C’est cela qu’on apprend par leur parole. Ils permettent à ceux qui les rejoignent d’approfondir leur conscience. »

La relation est la réponse à l’exclusion

Jean Vanier : « Le Père Joseph était dans son corps un cri. Il criait pour son peuple, pour que les gens se rassemblent, se rencontrent. Il disait « si vous n’écoutez pas les rejetés, on risque d’aller à la catastrophe ». L’important c’est que nous les êtres humains on se rencontre, qu’il y ait de l’amour et qu’il n’y ait plus d’exclusion. Ce mot de Joseph qui me frappait toujours c’était le mot « humiliation ». Il aidait les gens à entrer en contact, à devenir l’ami, avec une vision à la limite politique, au sens où il faut que la politique regarde les plus exclus, il faut pour cela une vision non pas politique mais qui se base sur la rencontre. Derrière l’exclu, il y a un « toi » caché par le monde de l’humiliation. Faire naître ce toi par la culture, l’éducation, et tout le reste… Aider les pauvres à retrouver leur beauté, leur dignité d’être humain. Aider les gens à se mettre debout. Cette vision d’un monde qui change à partir du plus bas, c’est prophétique. »