Haïti : en pleine catastrophe humanitaire, les habitants peuvent compter sur leurs voisins

En 2017, ATD Quart Monde a invité à écrire des histoires vraies de changement contre une situation d’injustice et d’exclusion pour montrer que lorsqu’on s’unit pour un même combat la misère peut reculer.
Les articles sur notre site ne sont pas signés car il s´agit de favoriser une voix collective. Dans le cadre des 1001 histoires, l’auteur met en lumière une histoire vécue.
L’histoire qui suit a été écrite par Diana Skelton et Jacqueline Plaisir.

Le 12 janvier 2010, la zone urbaine de Port-au-Prince, à Haïti, a été touchée par un épouvantable tremblement de terre pendant près d’une minute. Plus de 250 000 personnes ont perdu la vie. De nombreuses habitations, ainsi que des commerces et des bâtiments publics, ont subi des dégâts irréparables.

Une fois la secousse passée, les habitants se sont immédiatement organisés. Des enfants du centre-ville, vivant dans les rues et souvent méprisés par les passants, n’ont pas hésité à risquer leur vie pour secourir les personnes piégées sous les décombres. À d’autres endroits, des résidents des quartiers les plus pauvres, habitués à se débrouiller seuls, n’ont pas attendu que l’aide leur vienne de l’extérieur. Certaines femmes, ayant pour habitude de vendre des gâteaux préparés avec le peu qu’elles avaient, baissèrent leurs prix pour permettre à chacun de se nourrir.

Ces habitants ont partagé tout ce qu’ils avaient alors qu’au-dessus de leurs têtes, avions et hélicoptères annonçaient une aide humanitaire qui ne parviendrait jamais jusqu’à eux.

Le quartier de Martissant, où ATD Quart Monde est présent depuis 1984, était déjà considéré comme une « zone interdite » par la plupart des ONG internationales avant le tremblement de terre. La confusion qui a fait suite à la catastrophe n’a rien arrangé, et les résidents de Martissant ont souvent dû se débrouiller par leurs propres moyens. Quelques jours après la secousse, alors qu’ils avaient déjà fait office de premiers intervenants pour leur propre voisinage, Laurent, Jean-François, et d’autres jeunes habitant les hauteurs de Martissant sont venus trouver les membres d’ATD Quart Monde pour leur demander : « Comment pouvons-nous aider ? »

Ces jeunes volontaires se sont rendus auprès des membres de leur quartier, pour voir qui ils pouvaient aider et comment. L’un d’eux, David Jean, est revenu un jour complètement bouleversé. Alors qu’il croyait avoir rendu visite à tous les habitants du secteur, une mère terriblement épuisée lui avait fait part de son inquiétude pour une vieille femme et son enfant qui habitaient plus haut sur la colline.

David avait donc continué de grimper sur les hauteurs et avait fini par découvrir une maison à moitié détruite. Une femme âgée se trouvait dehors ; elle avait perdu sa jambe. Près d’elle, un enfant d’environ trois ans était en train de jouer. Le jeune homme avait expliqué qu’il était là pour identifier les besoins des familles. La femme s’était montrée surprise mais touchée qu’il soit venu : à l’exception de quelques visites occasionnelles qu’elle recevait de la part d’un voisin situé plus bas, elle ne voyait presque personne. Quand David était revenu le jour suivant comme promis, avec de la nourriture et une bâche en guise d’abri, elle avait fondu en larmes. « Tu ne m’as pas oubliée, mon garçon ! s’était-t-elle exclamée. Tu es revenu alors que tellement d’autres sont dans le besoin ! »

Le jeune homme s’est rendu de nombreuses fois auprès de la vieille dame. Il a également encouragé des voisins à rendre visite à cette grand-mère isolée.

Finalement, les volontaires d’ATD Quart Monde sont parvenus à convaincre une ONG de venir à Martissant sans troupe militaire, afin de pouvoir distribuer des suppléments nutritionnels pour les enfants. L’organisation avait au préalable demandé la liste des noms et des âges de tous les habitants du quartier.

Les mêmes jeunes qui étaient venus auprès d’ATD pour offrir leur aide se sont rendus par dizaines auprès de chaque famille du quartier pour identifier leurs besoins. Ils visitèrent toutes les maisons de Martissant. Soucieux que chaque famille reçoive un traitement équitable, ils prirent le soin de parler à quiconque susceptible de créer de la tension au moment de la distribution.

La liste de quelque 5 000 enfants établie par leurs soins n’aurait pas pu être dressée par des personnes n’ayant pas grandi dans la communauté.

Ce sont également les jeunes de Martissant qui se sont assurés que tout se déroule sans accroc, lorsque la distribution commença. Chaque jour, ils ont pris le temps de discuter avec ceux qui attendaient dans la file. Parfois, certains parents ne possédaient pas leurs papiers d’identité ou ceux de leurs enfants. Dans ce cas, ce furent de nouveau ces jeunes volontaires, qui connaissaient bien tous les habitants du quartier, qui se sont engagés dans un dialogue complexe avec l’ONG pour s’assurer que ces familles soient bien aidées.

Chacun savait que la distribution profiterait à tous, et qu’il n’y aurait pas besoin de se battre pour avoir sa part. En conséquence, tout s’est déroulé dans le calme, et aucun incident n’a été à déplorer.

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