Une première dans le quartier de Grande Ravine : une distribution alimentaire qui cherche à n’oublier personne et se passe sans violence

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10 mars 2010

Notre équipe en Haïti a travaillé pendant plusieurs semaines pour qu’un des points de distribution alimentaire mis en œuvre par des grosses ONG puisse se tenir à proximité du quartier très pauvres de Grande Ravine. Finalement ce qui a pu être mise en place est une distribution de compléments alimentaires fournis par le PAM (Programme alimentaire mondial) pour les enfants de six mois à cinq ans, en étroit partenariat avec l’association Action Contre la Faim (ACF). Avec cette organisation nous partageons le souci de mettre en place avec les habitants une organisation sans violence. Elle a été de plus intéressée de rejoindre des populations généralement à l’écart de telles distributions.

Pour cela notre équipe, renforcée par une dizaine de jeunes du quartier liés à elle a du s’investir à fond. Une première étape a été celle du recensement des familles ayant des enfants de cet âge. Habillé d’un tee-shirt marqué d’ATD Quart Monde, une quinzaine de personnes a sillonné en tous sens le quartier, montant tout en haut de la zone, pour atteindre les familles qui ont accroché là leur minuscule habitat sur les pentes les plus raides. Près de 3500 familles ont été ainsi rencontrées, et de nombreux dialogues se sont noués avec ces habitants qui sont parfois en colère de se sentir si abandonnés… Il a fallu passer plusieurs fois pour être sûr de n’oublier personne. La présence très active des jeunes haïtiens, dont plusieurs originaires du quartier, a été très précieuse. Lors des distributions, ces jeunes ont pu partager leur connaissance des familles avec les membres d’ACF et les aider à modifier leurs façons de faire pour que le maximum de personnes profitent du programme. D’autres jeunes du quartier sont spontanément venus aider bénévolement pendant les distributions avec le souci que tout se passe bien.

A partir des listes établies et informatisées, la première distribution vient de durer pendant près de deux semaines et a touché environ 3000 familles. Il a fallu sans cesse confronter les listes avec les noms des personnes qui se présentent, comprendre les inévitables erreurs dues notamment au fait que la plupart des personnes sont illettrées et sans papiers d’identité, disent donc leur nom à une personne qui s’efforce de le noter comme elle l’entend. Après c’est une autre qui l’enregistre et il y a un nouveau risque d’erreur. Et les habitants donnent parfois différents noms en référence à différents membres de la famille. L’équipe du Mouvement a été sans cesse soucieuse que personne ne soit laissé de côté, sans pour autant laisser filer un certain ordre établi sans lequel la loi du plus fort risque de prendre le dessus.

J., un jeune de Grand Ravine, a expliqué au responsable d’ACF comment il pouvait compter sur une sécurité créée depuis de longues années. « Nous savons très bien que les leaders locaux peuvent avoir des intérêts personnels, qu’il peut y avoir des rapports de forces. Mais notre sécurité, c’est que cela fait très longtemps que les familles – même si certains de leurs membre sont liés à des actions violentes–voient venir les volontaires, les jeunes et les amis du Mouvement avec ce souci de pouvoir atteindre et rassembler tout le monde. »

La dignité et la patience des familles obligées chaque jour d’attendre dans une queue durant des heures en plein soleil est extrêmement impressionnante alors que beaucoup ont du revenir plusieurs jours de suite parce qu’on ne trouvait pas leur nom les premières fois… Il n’y a pas eu de violence, pas de bousculade, et les énervements dus à de longues attentes et à la nécessité de revenir plusieurs fois n’ont jamais duré ou été trop importants.

Le sentiment général est celui d’une grande réussite. Sur les quelques 3300 familles recensées avec enfants de moins de 5 ans, près de 3000 ont maintenant reçu des suppléments nutritifs pour leurs enfants, c’est déjà énorme, même si ce n’est pas suffisant par rapport à l’ambition de toucher tout le monde.

Les deux jeunes volontaires de l’équipe nés dans le quartier et y ayant encore leurs familles, ont dit avec beaucoup de force : «  On a fait quelque chose d’extraordinaire, on a fait quelque chose qui ne s’était jamais fait dans ces quartiers… C’est la première fois que les gens ont été touchés par quelque chose qui s’adressait à tout le monde. On a montré qu’il est possible de toucher les gens des zones les plus reculées, les plus oubliées. D’habitude, les gens du haut des collines, les plus éloignés, sont toujours oubliés… Beaucoup de gens pensaient que, comme d’habitude, ils n’auraient rien, que ça ne marcherait pas, et ils ont reçu quelque chose, ils ont vu que ça marchait. Et cela s’est bien passé, cela montre que c’est possible et que le quartier vaut mieux que la réputation qu’il a. » 

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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