Soutenir les réseaux informels de solidarités pour atteindre les plus pauvres.

L’organisation de l’entraide :
L’entraide s’est spontanément organisée localement. Les sinistrés étaient accueillis par des voisins ou par des membres de leur famille. Cette solidarité a ensuite rapidement été relayée par l’aide d’urgence nationale et internationale. Sous l’impulsion du gouvernement, les sinistrés ont été accueillis dans des écoles encore vides à cette époque de l’année. Aujourd’hui, pour que la rentrée scolaire puisse avoir lieu, les sinistrés sont invités à rejoindre des sites alternatifs : le plus souvent des tentes installées dans des stades ou des espaces libres. La presse a dénoncé la présence de centaines « d’imposteurs » dans ces centres, des personnes qui profitaient de la situation pour obtenir des aides auquelles ils n’ont pas droit. Mais d’autres personnes qui elles en auraient besoin n’en profitent pas.
Zénabo, une mère de trois enfants ne peut compter sur l’entraide institutionnelle :
Zénabo est une jeune maman. Le jour où sa maison est tombée, elle s’est naturellement réfugiée chez des voisins avec ses trois enfants. Les jours ont passé, elle a voulu avoir accès à l’aide d’urgence. Malheureusement, elle ne pouvait satisfaire aux critères qui ouvrent droit à ces soutiens. Il lui était demandé soit de rejoindre durablement un site d’accueil pour y être enregistrée, soit de présenter une carte d’identité et d’être en mesure de faire constater le sinistre par une personne chargée de l’organisation de l’aide - c’est à dire de l’accompagner avec un véhicule. Zénabo n’a ni papier d’identité, ni moyen de transport pour amener la personne sur les lieux du sinistre. Quant à rejoindre un site, tous étaient éloignés des sécurités qu’elle a patiemment bâties dans son quartier, et elle n’a pas osé prendre le risque d’affronter seule le hasard d’une vie en famille dans un site d’accueil. Comme elle ne voulait pas peser trop longtemps sur la famille qui l’accueillait, Zénabo qui a longtemps vécu dans la rue s’est décidée à retourner vers les réseaux de solidarité qu’elle savait maîtriser en ville. Elle est retournée dormir dans les rues avec ses enfants.
Une entraide informelle mal connue des services de l’action sociale :
Les précarités accumulées avant une catastrophe telle que celle du 1er septembre sont des freins puissants à l’accès aux réseaux d’aides formalisés. Des familles comme celle de Zénabo demeurent dans des réseaux d’entraide informelle qui représentent souvent la sécurité des personnes très pauvres. Elles vivent dans une précarité telle que l’urgence est permanente, elles sollicitent donc dans des situations d’urgence généralisées les mêmes réseaux qui leur permettent de faire face au quotidien. Ce fait explique en partie les difficultés confessées par un agent du Ministère de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale soucieux de faire son travail au mieux. Il disait : « au fond, les très pauvres étaient très souvent mal connus : dans l’urgence comme au quotidien, la pauvreté généralisée à laquelle les services sociaux font face fait écran et absorbe leurs efforts avant qu’ils n’atteignent les plus pauvres. » Et cet agent se questionnait : « « n’y a-t-il pas une manière de faire à inventer pour que l’aide parviennent aussi à ceux qui sont en marge ? »"
Apprendre à identifier les réseaux informels d’entraide :
Un élément de réponse pourrait être d’apprendre à identifier les réseaux informels d’entraide en développant une connaissance des liens de solidarités, même très fragiles, que sollicitent les personnes très pauvres. Certaines personnes, notamment les chefs coutumiers, les religieux et dans une certaine mesure les maires et certaines associations locales ont connaissance de ces réseaux. Elles connaissent aussi dans les quartiers les personnes - souvent pauvres ou très pauvres - qui sont acteurs de ces solidarités informelles. Pour savoir qui aider et comment le faire, ces personnes - responsables coutumiers ou religieux mais aussi les personnes pauvres actrices de solidarités dans leur quartier - pourraient être partenaires d’un travail continu visant à s’associer pour réfléchir aux stratégies de lutte contre la grande pauvreté à mettre en place localement. Le mandat de ce travail en commun serait ainsi d’apprendre ensemble à soutenir les réseaux informels de solidarités qui sont les sécurités des plus pauvres. La continuité de ce partenariat serait le garant d’une réponse pertinente face à des situations de crises ou d’urgence.
Un bouleversement dans les manières de faire :
Mais il faut être conscient qu’avancer dans cette direction impose à l’ensemble des acteurs un bouleversement dans les manières de penser et de faire. Car il s’agirait de substituer à une situation où « la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit » un véritable partenariat « main dans la main » avec les populations. Est-on prêt à cela ?
Photos extraites du blog : http://jacques-lacour.blogspot.com/2009/09/inondations-ouagadougou-au-burkina-faso.html
Sur le Web
…échos de récits rapportés et de réflexions échangées lors du séminaire organisé en Juin 2003 au Burkina Faso "s’unir à la famille de l’enfant qui vit à la rue".
Revue quart monde n° 189
http://www.editionsquartmonde.org/live/detail_produit.php?parm_produit=413&parm_cat=52-RQM




