Rejeanne

Nous ne sommes pas la cause de nos problèmes

"Je me sens très privilégiée." En novembre dernier, à Pierrelaye (Val d’Oise), lors des Assises internationales d’Atd Quart Monde, Réjeanne Pagé s’est sentie très honorée d’apporter son " grain de sel " en tant qu’alliée à cet échange entre participants du monde entier. Très fière également d’avoir été envoyée avec Colynette Coutu en tant que déléguée du Canada : " Ça fait chaud au coeur de savoir que tout le monde a été unanime dans le groupe pour proposer mon nom. " La fierté, c’est sûrement le mot qui l’a le plus inspirée dans le message du Mouvement Atd Quart Monde. Lorsque le 17 octobre 1994, l’équipe locale qui, plus tard, portera le nom de Solidarité Quart Monde-Sherbrooke lui demande de livrer un témoignage sur son expérience de précarité d’emploi, Réjeanne se sent encouragée par un sketch de jeunes tapant dans des boîtes symbolisant les préjugés (paresse, fainéantise…).

À cette époque, raconte-t-elle, "J’avais honte. Je n’aimais pas évoquer le quartier à la mauvaise réputation où nous habitions. Notre situation familiale était difficile : dans notre entreprise, nous tirions alors le diable par la queue. J’avais fait le choix de prendre un congé sans solde pour voir grandir nos enfants. Je n’ai pas pu bénéficier du chômage pour le deuxième et j’ai été réduite à demander l’aide sociale. Ce sont les préjugés qui nous font nous considérer comme la cause de nos problèmes. Ce sont les gens autour de nous qui nous poussent à penser cela."

Cette découverte d’un lieu où on ne se sent jamais jugé la touche. Réjeanne fait la connaissance, à Montréal, d’un couple de volontaires permanents d’Atd Quart Monde qui lui parle du " courage des pauvres ", qui admire ce courage. C’est la première fois qu’elle entend un tel discours. Petit à petit, parce que son tempérament la porte également à l’écoute des autres, elle s’engage. Elle rend de petits services informatiques au groupe de Sherbrooke lorsqu’il faut taper un compte rendu ou présenter avec soin un dépliant. Lorsque la maman d’une personne du groupe décède, elle participe à la délégation qui se rend aux funérailles et héberge chez elle cette personne plutôt que de la laisser seule ce soir là. Elle offre surtout volontiers son temps aux personnes trop isolées ou trop dans la détresse "pour qu’ils puissent libérer ce qu’ils ont sur le coeur ". Son mari, lui, assure le côté matériel complémentaire. Il gère la logistique lors de la Journée mondiale du refus de la misère et lors de divers événements liés au Mouvement. L’année dernière, c’est lui qui coordonnait la réalisation du monument du refus de la misère. Aujourd’hui, à Bury (à 38 km de Sherbrooke), ils ont réussi, grâce à un héritage, à bâtir une maison. Tous les deux en terminent les aménagements à leur rythme. Ils sont particulièrement heureux d’y recevoir leurs amis de Solidarité Quart Monde-Sherbrooke. Enfin chez eux !

12 septembre 2006
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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski