Puiser le courage dans la présence de l’autre.

Dans le quartier de Burhiba, ville de Bukavu en RDCongo, le Mouvement ATD Quart Monde est présent depuis une quinzaine d’années à travers le mouvement Tapori.
Comme le rappelait l’un des animateurs de ce mouvement, « les enfants sont des véritables agents de développement dans nos communautés, car ils nous entrainent ».
En octobre dernier, un fait est venu en faire la preuve. Les membres de la coordination Tapori de Bukavu racontent :
"Depuis plusieurs semaines, tout le quartier se plaignait du mauvais état d’un petit pont par lequel passent les enfants qui vont à l’école, les malades et les femmes enceintes qui vont au centre de santé, ou encore les gens qui vont à l’église ou au marché. Après les pluies ce passage était devenu très dangereux, provoquant même des accidents.
Un maître maçon avait alors proposé ses services à la communauté, pour un budget de 1600 $ US, montant démesuré pour la population. Du coup, à l’initiative de quelques habitants, une réunion a été convoquée : « nous devons quand même faire quelque chose ». Une collecte a été lancée, et un petit groupe a reçu mission de passer ménage par ménage pour récolter les contributions de 1000 francs congolais chacun. D’autres personnes de bonne volonté ont offert qui un sac de ciment, qui quelques mètres cubes des pierres ou de sable. Sans attendre la fin des cotisations, les travaux ont commencé. Trois maçons ont travaillé durant 6 jours dont 3 gratuits et 3 moyennant une modique somme. Les aide-maçons ont été bénévoles. Quelques jeunes du quartier qui étudient les après midi ont accepté de consacrer durant ces jours chacun 3 heures au travail, et ceux qui étudient avant midi l’ont fait après. Les enfants et femmes s’occupaient de l’eau pour le mélange du mortier. Certains hommes s’occupaient du mélange de mortier, d’autres de soulever les pierres, d’autres encore de servir le mortier aux maçons… Les vieux ont donné tout leur temps pour encourager les jeunes.
Les cotisations ont évolué au fur et à mesure que les travaux avançaient. Touché par la mobilisation de la communauté à cette activité, le curé de la paroisse a aussi apporté un peu d’argent afin de permettre la finalisation des travaux.
Les dalles de béton ont été faites. Deux familles proches du lieu de travail se sont chargées de la nourriture de travailleurs. Trois semaines plus tard les dalles ont été placées et actuellement les gens passent sans problème.
C’est une activité à laquelle tout le monde sans distinction a pris part (les enfants, les papas, les mamans, les garçons, les filles ainsi que les personnes âgées). Tout le monde y a trouvé sa place et s’en est approprié l’action. Chacun a participé selon ses moyens et sa capacité. Ce qui nous a permis de comprendre qu’il n’est point d’homme faible quand chacun se sent responsable de ce qu’il fait et surtout lorsqu’il peut puiser le courage dans la présence de l’autre. "
« Lorsqu’on m’écoute je ne peux jamais être inutile pour moi-même et pour ma société, je peux toujours apporter quelque chose », a dit le vieux Babisha, âgé de 67 ans à la clôture de ladite activité.





