« Nos enfants n’arrêtent pas de chanter »

Le 21 mars dernier, au Théâtre du Toursky à Marseille, 250 enfants de 3 à 6 ans ont offert devant 700 personnes leur création « Le voyage de Petit Pierre »
France
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Ce spectacle était le point d’orgue d’une collaboration de près de deux ans entre une bibliothèque de rue, un centre social et une école maternelle. Tout commence en septembre 2006. La bibliothèque de rue du quartier des Rosiers, dans le 14eme, souhaite davantage connaître les familles des enfants rencontrés dans la rue, chaque mercredi, grâce aux livres et aux ateliers artistiques. Le centre social culturel et sportif des Rosiers cherche, lui, à tisser davantage de liens avec les habitants qui ne le frequentent pas encore. François Le Gall, volontaire-permanent d’Atd Quart Monde et musicien en formation au CFMI d’Aix-en-Provence, propose de recueillir des chansons chantées à la maison, dans la langue d’origine et de chercher avec les parents des moyens pour qu’elles deviennent un patrimoine commun aux habitants du quartier et aux professionnels qui y travaillent. Jean-Yves Pichot, alors directeur du centre social propose d’y associer l’école maternelle Sinoncelli. Son directeur, Christian Gouin, se souvient : « Ce qui m’a plu, c’est de prendre en compte la culture familiale des enfants, de créer des ponts entre l’école et l’intérieur de la maison. Cette culture venue d’ailleurs pourrait ouvrir à tous des horizons inconnus, contribuant ainsi à développer le respect de l’Autre et à favoriser l’attrait pour ce qui est différent. »
Presque personne n’ose partager une chanson de son patrimoine familial. Nous proposons, à l’entrée de l’école maternelle et dans la salle d’attente de la PMI, de nous apprendre à dire « Bienvenue » dans nos langues d’origine. 2006-07 est donc surtout une année de collectage de chansons en français, mais aussi en wolof, arabe, comorien, maori, alsacien, ch’timi, malgache, kabyle, kurde, serbo-croate. À l’école, comme à la halte-garderie, les enfants les apprennent dans les ateliers musique, parfois avec leurs parents, dans les ateliers décloisonnés de l’école ou avec l’aide d’enregistrements. Quelques familles racontent aussi des contes traditionnels.
Plusieurs fêtes conduisent enseignants, animateurs, professionnels et parents du quartier à mieux se connaître : « Certaines familles sont plus à l’aise avec l’école, d’autres avec la bibliothèque de rue ou le centre social. Quand elles voient qu’on travaille ensemble, ça amplifie la portée du travail de chacun », explique Christian Gouin.
En septembre 2007, l’aventure se prolonge dans l’écriture de contes de voyage, la confection de décors et le recueil d’autres chansons en français, polonais, italien, vietnamien, provençal. Là encore les parents sont de la partie : « Un père a expliqué en arabe à tous les parents comment aller au théâtre à pied », raconte une enseignante.
Vient le jour J du spectacle. À la sortie, une femme dit encore tout émue : « C’était merveilleux d’entendre les enfants des premiers rangs dans la salle chanter avec ceux qui étaient sur scène : c’est bien la preuve que tout cela est aussi entré à la maison et s’est transmis dans les familles. » Une enseignante ajoute : « Les animateurs de la bibliothèque de rue avaient donné rendez-vous à plein de parents devant l’école. Ils sont allés ensemble jusqu’au théâtre, à pied. Sinon, beaucoup ner seraient pas venus, de peur de ne pas trouver le chemin. » Marzena Jakubowska, responsible de la bibliothèque de rue, témoigne : « Les familles sont venues nombreuses, certaines avec les oncles et tantes ! On ne s’y attendait absolument pas. Lors des événements organisés dans le quartier, on a tellement de mal à les rassembler. C’est la force de ce travail commun avec l’école, une institution connue et reconnue. »
Dans les jours qui suivent, des parents apportent un article découpé dans le journal, d’autres reparlent de l’aventure : « Vous pouvez le refaire quand vous voulez. Ils sont au point, nos enfants ! Ils n’arrêtent pas de chanter à la maison… » Le directeur de l’école maternelle conclut : « On plante des graines. L’essentiel, c’est de leur faire vivre des expériences comme celle-là. »
Cet article a été publié dans Feuille de Route, le journal mensuel d’ATD Quart Monde en France. Vous pouvez vous abonner via le site des Editions Quart Monde.





