Le pire n’est pas d’avoir faim ou froid

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Article de Mona M. paru dans Tribune.com le 14 octobre 2010

À Madagascar, les projets de développement sont généralement axés sur le monde rural. Pourtant, l’urbanisation grandissante commence à se poser en véritable défi pour le pays. « Les bailleurs se sont trompés en n’investissant pas assez, et maintenant, c’est une véritable guerre que nous devons mener, si nous ne voulons pas que Tananarive se transforme en vaste bidonville », n’a pas hésité à dire Jean-Jacques Helluin, le directeur de l’Institut des Métiers de la Ville, qui est intervenu lors de la conférence-débat du mercredi 13 octobre 2010. Cette rencontre s’est tenue au CCAC sur le thème « défi urbain et défi de la misère à Madagascar ».

Pour illustrer ce thème de la misère urbaine, l’ONG ATD Quart Monde a fait témoigner lors de cette conférence des familles parmi les plus défavorisées de la capitale, notamment des sans abris maintes fois délogés et déplacés, de maisons en cartons en décharges, et de décharges en quartiers insalubres. Jean-Pierre R. et Lydie H. ont ainsi quitté leurs cabanes de Lalamby, derrière le ministère des Affaires étrangères vers Ambohidratrimo, Ankafero et Ankazobe. De nombreuses promesses de réinsertion leur ont été faites par les pouvoirs publics : leurs familles devaient recevoir du riz, un terrain, un travail. Mais rien de tout cela n’a été durable. Pour des familles comme celles de Jean-Pierre ou de Lydie, « le pire n’est pas d’avoir faim ou froid, mais d’être compté comme nul par une société indifférente voire féroce devant ses exclus ».

Quand l’humiliation s’ajoute à l’exclusion

Dans ce cas précis, par exemple, le président d’ATD Quart Monde Madagascar Anselme Razanatsimba se demande : « Pourquoi avoir rajouté l’humiliation à l’exclusion ? À l’origine, il est vrai que ces personnes occupaient illégalement des terrains. Qu’on les en déloge est une chose, mais pourquoi détruire devant eux leurs cabanes et leurs affaires personnelles ? Pourquoi ne pas respecter leur dignité ? ». Pour lutter contre de telles situations, le président de l’ONG a fait quelques recommandations pour l’action, en insistant surtout sur le fait que les programmes doivent être menés dès le début en partenariat avec les populations concernées, qui ne doivent pas être considérées comme des receveurs passifs. Il a plaidé pour le dépassement des préjugés, et notamment pour que les personnes en situation d’extrême pauvreté ne soient plus automatiquement associées aux « 4 mi », selon les mots malgaches mifoka (drogue), miloka (jeux), migoka (alcool) et mivarotena (prostitution).

Ces préjugés sont ceux que doivent surmonter les jeunes des quartiers défavorisés lorsqu’ils veulent entrer sur le marché du travail ou seulement trouver un stage, même lorsqu’ils ont bénéficié de programmes sérieux de formation. « Ce que j’aimerais dire aux entreprises, c’est de nous faire confiance et de nous laisser notre chance », dit notamment dans le film « l’informatique pour tous à Madagascar » un jeune qui tente de s’insérer dans la société du travail après avoir reçu une formation en informatique.

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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