La mise en œuvre de notre Contrat d’Engagement Commun et les nouvelles étapes à franchir vers 2012 et au-delà

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Résumé de la lettre de la Délégation générale aux membres du Mouvement International ATD Quart monde (septembre 2011).

Eugen Brand, Diana Skelton et Isabelle Perrin font le point de la réalisation du Contrat d’Engagement Commun établi par l’ensemble du Mouvement en 2008 et présentent les trois grands rendez-vous qui marqueront la vie du Mouvement dans les deux prochaines années.

Au terme d’un travail enthousiasmant de plus d’un an, qui a impliqué plus de 1000 personnes, alliés, militants et volontaires dans le monde entier, nous avons défini ensemble en 2008 notre « Contrat d’Engagement Commun ». Depuis, des réalisations nombreuses ont permis d’avancer dans la mise en œuvre de ce Contrat et de ses cinq grands engagements :

  • Se rassembler et vivre la paix à partir des personnes qui résistent à l’extrême pauvreté : action des jeunes de la banlieue de Dakar (Sénégal) pour lutter contre les inondations qui envahissent les maisons ; projet Miasa Mianatra Miaraka (Travailler et apprendre ensemble) à Madagascar, où des personnes éloignées du monde du travail et de la formation et d’autres qui sont au cœur du monde du travail se lient dans un projet innovateur pour contribuer à bâtir une économie au service de tous ; création d’un Forum Permanent du refus de la misère au service des personnes et des groupes toujours plus nombreux prêts à rejoindre le Courant du refus de la misère ; rencontre de jeunes européens avec le Secrétaire général de l’ONU, etc.
  • Renforcer les efforts de connaissance à partir des plus pauvres pour relever et questionner les grands défis de nos sociétés et du monde : au cœur de la réalisation de cet objectif a été mise en œuvre une recherche de connaissance-expertise sur trois ans autour de l’axe : la violence faite aux pauvres, de quelle paix sont-ils acteurs ? Cinq séminaires régionaux ont eu lieu pour progresser dans ce travail en s’appuyant sur la dynamique du Croisement des savoirs : à l’Ile Maurice, en Allemagne, au Pérou, au Royaume Uni, en France et au Sénégal. Ce travail se terminera en janvier 2012 par un colloque international « La misère est une violence : rompre le silence. Comprendre la violence vécue par les personnes en situation d’extrême pauvreté, identifier les chemins vers la paix. »
  • Cultiver et faire connaître les choix éthiques dans la recherche et l’utilisation des financements : prise en compte de la réalité économique par de nombreux groupes locaux, qui parfois ont très peu de moyens et réfléchissent ensemble à leur meilleure utilisation ; interpellation faite au G20 en 2009 par un appel « àsortir de la crise en n’oubliant personne » ; des petits groupes de membres du Mouvement se sont constitués dans de nombreux pays pour travailler nos recherches de financement ; les équipes de volontaires à travers le monde continuent de travailler leur éthique de vie ; charte de l’éthique financière ; etc.
  • Soutenir les jeunes dans leurs projets, en priorité ceux qui ont le moins de liberté : En Europe, les jeunes nous ont menés vers le 17 octobre 2010 après plus d’une année de rencontres pour se connaître vraiment, de travail ensemble pour bâtir leur message et des propositions qu’ils ont fait connaître dans différentes villes, dans différentes institutions ; en Centrafrique, première rencontre internationale de jeunes venant de différents pays africains et engagés en particulier avec les enfants qui ont soif d’apprendre et de créer l’amitié ; dans plusieurs pays, des jeunes qui se sont beaucoup formés depuis des années repartent par petits groupes, dans les quartiers, à la rencontre des jeunes qui sont restés en dehors des possibilités de rencontre et de formation ; des équipes du Mouvement se sont réorganisées pour permettre l’engagement de jeunes en leur sein ; etc.
  • Partager la culture, l’art, la beauté et la création pour le développement de chaque personne et de chaque peuple : tournée de théâtre aux Pays Bas ; développement de l’expression et de la production audiovisuelle ; création d’un groupe de volontaires artiste avec d’autres artistes ; séminaire autour de l’expression artistique aux Appalaches (USA) ; etc.

Les étapes à venir :

Les travaux menés depuis trois ans autour de la question : «  La violence faite aux pauvres. De quelle paix sont-ils acteurs ? » à travers les séminaires dans les régions et le Colloque international de janvier 2012 « La misère est violence : rompre le silence  » nous entraîne dans l’avenir. « La violence, ce n’est pas un thème. Il s’agit de nos vies » ont exprimé les personnes ayant participé à cette démarche. « Travailler cette question entre membres du Mouvement, ont-ils dit également, crée une proximité entre nous, nous emplit de l’histoire des autres, nous situe au niveau de nos engagements ensemble ».

C’est pourquoi, après ce Colloque, nous entrerons dans une dynamique d’Assises du Mouvement qui se bâtira dans et depuis nos régions et se conclura par une rencontre internationale d’Assises en août 2012 : face à cette violence de la misère qui fait plus de dégâts et de morts que les guerres elles-mêmes, qui sommes-nous, membres du Mouvement ? Comment cela interroge-t-il nos engagements ? Et comment nous renforcer dans nos engagements ? A l’issue de ces Assises du Mouvement la nouvelle équipe de la Délégation générale, nommée fin 2011 prendra ses fonctions.

Une autre conséquence de la démarche de connaissance « La violence faite aux pauvres. De quelle paix sont-ils acteurs ? » sera politique, face à la violence des objectifs chiffrés que se donne notre monde sous prétexte d’efficacité. Ainsi, les Objectifs du Millénaire avec l’objectif de la réduction de 50% du nombre de pauvres d’ici 2015, ne sont-ils pas une façon de masquer l’abandon de 50% des pauvres ? Ne s’agit-il pas là d’une façon de « positiver » l’écrémage et l’exclusion sociale qui sont d’une grande violence ? Notre contribution à l’évaluation de ces objectifs sera la base de la proposition d’une politique globale, cohérente et prospective pour l’après 2015, enracinée dans l’égale dignité de tous. Huit pays  [1] ont été choisis pour contribuer à cette évaluation, dans une dynamique de croisement des savoirs.

Nous avons aussi la responsabilité de porter les fruits de ce travail sur « La violence faite aux pauvres. De quelle paix sont-ils acteurs ? » à la connaissance du Comité du Prix Nobel de la Paix. Dans l’actualité du monde, nous nous sentons en effet responsables que ce Comité, qui doit chaque année décerner le Prix Nobel, puisse le faire sans ignorer la contribution des plus pauvres de tous les temps et d’aujourd’hui pour préserver et bâtir la paix. Qu’il puisse le faire fort d’une nouvelle conscience à savoir que paix et refus de la misère sont totalement liés, de même que dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, la libération « de la terreur » et la libération « de la misère » sont intimement liées.

Enfin, tout ce dont nous venons de parler nous emmènera vers un nouveau temps d’évaluation-programmation au-delà de juillet-août 2012 qui nous mènera ensuite à un nouveau Contrat d’engagements communs.

[1] Belgique, Brésil, Bolivie, Burkina Faso, Haïti, Madagascar, Ile Maurice et Philippines

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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