La formation mutuelle entre personnes pauvres et professionnels est la garantie d’une participation active des personnes en grande difficulté à la société.

Article publié par l’Agence Europe : Bruxelles, 04/11/2009
ATD Quart Monde a eu l’opportunité de présenter, au cours de l’atelier « croisement des savoirs »,son projet-pilote de co-formation entre personnes pauvres et professionnels, ainsi que la Charte du Croisement des savoirs et pratiques. Des personnes vivant ou ayant vécu la pauvreté ou engagées aux côtés de ceux qui la vivent ont fait part de leurs critiques, négatives et positives, à l’attention des médias. Elles ont également présenté leur point de vue sur la façon de faire exister les personnes vivant dans la pauvreté. et l’exclusion sociale en tant qu’acteurs politiques.
Le croisement des savoirs : formation mutuelle entre personnes pauvres et professionnels.
Pour garantir la participation active des personnes en grande difficulté à la société, ATD Quart Monde propose un système de formation mutuelle (co-formation) entre ces personnes en situation de pauvreté (membres d’associations de lutte contre la misère) et les professionnels ou universitaires (du mondé de la santé, de l’enseignement, du travail social, etc.). En se formant mutuellement, des personnes du milieu de la pauvreté et des professionnels construisent ensemble des connaissances et des compétences, explique ATD Quart Monde en mettant en exergue la volonté de changement qui anime chaque participant à une formation mutuelle. Condition sine qua non du croisement des savoirs de vie des personnes du milieu de la pauvreté et des savoirs d’action des professionnels : établir une égalité entre les pouvoirs des acteurs, à savoir égalité des places, des rôles et de la participation. Ceci conduit chaque acteur à prendre en compte les savoirs de l’autre, à se confronter au point de vue critique de l’autre, à questionner ses pratiques et celles des institutions.
La Charte du croisement des savoirs et pratiques avec des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale précise :

1 Les pré-requis du croisement des savoirs et des pratiques :
il ne s’agit pas d’une simple démarche de participation des populations en situation de pauvreté mais bien d’avoir conscience d’un changement nécessaire, de considérer chacun comme détenteur de savoirs, de ne pas être seul (c’est l’appartenance à un groupe social, professionnel qui consolide le savoir dont chacun est porteur) et donc de se placer ensemble dans une position de recherche (chaque participant doit se trouver dans une attitude de co-chercheur, co- formateur, co-acteur pour identifier des questions, les mettre en problématiques et rechercher des compréhensions communes et des pistes de changements, c’est-à-dire qu’il faut un partage : de la maîtrise de Ia recherche).
2 Les conditions de mise en œuvre du croisement des savoirs et des pratiques : il faut :
- la présence effective des personnes en situation de pauvreté tout au long du processus ;
- créer les conditions de l’autonomie des savoirs en vue de leur mise en réciprocité. Donc, pas de lien de dépendance entre personnes composant un groupe de travail (par exemple des médecins avec leurs clients) afin de préserver la liberté de réflexion et de parole de chacun. Chaque acteur du croisement des savoirs et des pratiques a en référence son propre groupe d’appartenance (acteurs du monde la pauvreté, acteurs associatifs, acteurs professionnels, acteurs universitaires … ) ;
- établir un espace de confiance et de sécurité de chacun vis-à-vis de ses partenaires, par le biais d’une « forme de contrat » fixant des règles de confidentialité des paroles et des écrits et d’un cadre éthique avec des valeurs liées au dialogue entre les personnes ; - garantir les conditions d’échange et de rigueur vis-à-vis des personnes en situation de pauvreté et vis-à-vis des universitaires.
3 Mettre en œuvre une méthodologie dont les fondements sont l’expérience de chacun, le rythme et la durée, la construction collective.
En conclusion, la Charte souligne que « l’enjeu n’est pas seulement une meilleure compréhension réciproque mais également la mise en œuvre d’une démarche permanent d’une démocratie participative au sein de laquelle les personnes en situation de pauvreté seraient acteurs à part entière ».
Ce que les journalistes doivent savoir avant tout, selon les personnes en situation de pauvreté, c’est que « dans leur milieu, la pauvreté est un combat quotidien pour la dignité, pour la fierté, pour le droit de vivre en famille, pour la solidarité ». Pour elles, une bonne information des médias est importante car dans le cas contraire, « ils peuvent faire beaucoup de dégâts », le pire étant l’ image très négative de leur milieu rendue par les médias (problèmes, difficultés, saleté, préjugés, laideur » … ). Difficile donc pour le public de découvrir qui sont réellement ces personnes et de quoi elles sont capables. Ils doivent aussi savoir qu’ « ils ont un pouvoir énorme sur nos vies », un pouvoir qui est aussi « positif ( … ) quand le journaliste nous permet de nous faire connaître autrement et nous donne la parole ». (G.B.)





