La Caravane 1 en Creuse et Corrèze : au pays de mille ressources

imprimer envoyer a un ami
Partager, Share, Compartir

Du vendredi 27 au lundi 30 juillet, la Caravane 1 est allée à la rencontre du monde rural. Accueillis merveilleusement dans une région magnifique, les caravaniers ont vécu en Creuse et Corrèze une étape bien différente des précédentes, qui étaient essentiellement urbaines. ATD Quart Monde, bien présent dans la région, a suscité une réflexion intéressante avec toutes les personnes concernées par le refus de la misère et de l´exclusion. Voici quelques échos de ce riche séjour.

RENCONTRE EN MUSIQUE : vendredi, les caravaniers prennent leurs instruments de musique et vont à la rencontre des habitants et des touristes. Trois saxos, deux accordéons, deux tambours et un tuba entonnent des airs entraînants. Sur des échasses ou… sur leurs deux jambes, d’autres caravaniers interpellent adultes et enfants. Sur les rives du lac de Vassivière, dans une cité HLM puis dans le centre-ville de Bourganeuf, ils captent l’attention des personnes rencontrées et les invitent à participer aux différentes animations du week-end. De nombreuses personnes s’intéressent à ce groupe de jeunes « qui jouent bien » et elles signent les Déclarations de solidarité.

CHANTIER ET POULET YASSA : samedi à la Forêt Belleville, les caravaniers sont invités à participer à un chantier solidaire. Il s’agit de réhabiliter un théâtre de verdure, avec le soutien de plusieurs associations (VASI Jeunes, MRJC, Lumière d’Afrique, Solidarité Millevaches, Les Plateaux limousins). Dans une ambiance familiale, jeunes et anciens, habitants du village et manouches rencontrés lors de l’étape en Auvergne portent des troncs d’arbres, manient la faucille pour couper l’herbe trop haute, refont escaliers et décors d’un magnifique théâtre naturel, en pleine forêt. Au menu de la soirée, poulet Yassa et danses folkloriques. Au moment où arrivent de l’Ain une trentaine de jeunes du MRJC, souhaitant « tisser des liens entre les départements, les générations… Partir ailleurs pour se redécouvrir chez soi ».

FARANDOLES ET SOLIDARITE : dimanche, une centaine de personnes se retrouvent au Villard (commune de Royère-de-Vassivière). Après un pique-nique partagé, diverses animations permettent aux enfants, jeunes et adultes de répondre aux propositions des caravaniers : silhouettes, farandoles, peinture d’un véhicule de la Caravane.

Un dialogue s’instaure sur les difficultés de l’isolement et la solidarité en milieu rural. Comment faire face à la PAC (Politique Agricole Commune), quand la volonté actuelle est de réduire le nombre de paysans, favorisant les exploitations les plus grandes. Quel regard alors avoir sur son voisin, quand les choses vont mal et qu’il risque d’être celui qui « récupère » vos parcelles ? Ce n’est pas facile, mais Alain, un des fondateurs du Villard, exprime son espérance : « On ne peut faire société que si on réinvente sans cesse les liens de solidarité. Quand je suis arrivé ici, je me suis dit : « Hé bien, ça progresse…Y’a pas trop de cheveux blancs ! Il y a trente ans, on a créé ce lieu pour que ce soit un lieu de fête, de discussion. Petit à petit, on a senti moins de vitalité, mais je vois que ça repart… J’ai beaucoup d’espérance… »

DES VACHES ET DES ABEILLES : lundi, les caravaniers vont en petits groupes à la rencontre de Creusois et de Corréziens. Dans les fermes, entre les poules et les abeilles, la visite de ces animaux que l’on n’appelle pas "vaches" mais "limousines", dans les prés et la cueillette des myrtilles, la fabrication des confitures et la consultation du site des Caravanes sur Internet, ils apprennent les joies et les soucis de la vie d’agriculteurs. Ils apprécient le respect de la nature, la qualité des productions locales.

Millevaches, mille sources

Tous les jours, les caravaniers ont eu la chance de faire des rencontres de qualité. Ils ont senti la volonté de montrer qu’il se passe des choses en milieu rural, la volonté d’accueil des habitants et associations locales du Plateau de Millevaches (= mille sources) qui apportent un grand dynamisme, à la fois pour les gens qui sont là toute l’année et pour ceux qui sont invités à y venir. Ainsi, on favorise que nouveaux arrivants et anciens habitants puissent « s’essayer » dans le domaine du logement et du travail, pour se lancer ensuite sur des bases solides. L’hiver est long et rigoureux. Les portes sont basses, les fenêtres petites, les habitants éloignés les uns des autres. L’isolement géographique, la faible densité de la population, le risque de désertification… rendent indispensable cette vitalité associative. Tout en se posant la question : est-ce que la vie associative est le meilleur moyen d’avancer ? Est-ce que l’association ne prend pas parfois le dessus sur les engagements individuels ? La question est ouverte. Gilles donne un élément de réponse : « Les animateurs associatifs, vous êtes la rampe de l’escalier, mais ce sont les habitants eux-mêmes qui doivent monter les marches…Il faut beaucoup écouter, observer avant de faire quoi que ce soit. Le risque des associations, c’est de penser à la place des gens. Il faut rester à l’écoute. Il faut d’abord écouter, créer des liens, avant de proposer des pistes… »

Que disent d’autres Creusois de leur vie dans le monde rural ? Julie : « Il faut apprendre à prendre de la distance. Il ne faut pas que ce soit toi qui fais à la place des autres. C’est pas parce que tu veux que ça change… que ça change ! Par contre, le fait de faire des activités ensemble peut changer des choses. »

Monique : « Je vais régulièrement dans les maisons de retraite pour voir ceux qui restent seuls. Pour parler, être ensemble, on se donne des nouvelles. Certains parlent beaucoup mais il y en a qui perdent l’habitude de parler."

Lila : « Les gens, ici, acceptent l’autre tel qu’il est. Il l’accueillent assez facilement. Certains sont restés si longtemps seuls qu’il leur est difficile d’oser aller vers les autres. Pour les aider on peut leur montrer qu’on est là, à l’écoute, et qu’ils peuvent venir demander de l’aide. Montrer que l’on a besoin d’eux, qu’ils ont du savoir, du savoir-faire. Je suis content de ce que je fais, parce que c’est avec les autres. Il est important que l’autre sache que, moi, j’existe et que je sache que l’autre existe. Et qu’avec toutes les différences, on peut faire des choses ensemble. C’est ça le sens de la vie. »

Alain : « La solidarité, c’est toujours à réapprendre. Chaque génération doit inventer en quelque sorte, la solidarité à nouveau. »

Gilles : « Il faut que les agriculteurs découvrent d’autres métiers pour sortir de l’isolement. Beaucoup n’ont pas la souplesse de se reconvertir sur place. De faire en sorte que ça marche pour soi et pour les autres, de réinventer des choses… »

Anne-Claire : « Il y a des personnes qui s’enfoncent petit à petit et on ne les voit pas. Il ne faut pas être seul devant cette situation. Dès que l’on est trop proche d’une personne, il est difficile d’intervenir. Il faut alors des tierces personnes qui donnent une ouverture, qui propose une solution… »

Colette : « On se sent parfois impuissants ; ça fait partie de notre humanité de se sentir démunis : on fait que des petites choses. Mais rien que ces petites choses, mises ensemble… »

photo

Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

logo facebook