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La Caravane 1 à Beauvais : rêvons sous la pluie

Les 15, 16 et 17 juin, la Caravane 1 s’est arrêtée à Beauvais. Dès leur arrivée vendredi matin, les membres de la Caravane ont été accueillis à la Boutique Solidarité d’Emmaüs, où ils ont été invités à déjeuner avec les habitués de la Maison. Après cette première rencontre, très conviviale, plusieurs personnes de différentes nationalités ont accompagné les Caravaniers au quartier Saint-Jean, cité populaire en bout de ville, à côté des champs. Samedi et dimanche après-midi, malgré de nombreux orages, l’animation, très festive, a battu son plein. Plusieurs personnes craignaient que l’on soit en difficulté dans ce quartier qui a mauvaise réputation, où « il ne se passe rien d’intéressant, sauf une Bibliothèque de rue ». Elles avaient tort. La Caravane a osé Beauvais… Et personne ne l’a regretté. Récit d’un après-midi « ensoleillé ».
Quelques tables et des bancs, une grande toile que le vent agite en tous sens mais qui résiste bien, une tente blanche, une estrade basse, une petite sono, du tissu, du papier, beaucoup de peinture, des albums ! Il est 14 heures, enfants, jeunes et adultes sont encore peu nombreux. Silvia, Marie, Myriam, Gwénaël, Olaf et Sammy sortent leurs instruments du camion : grosse caisse, accordéons, tuba, djembé et saxophone. Accompagnés par quelques autres jeunes, dont plusieurs rencontrés à la Boutique Solidarité, les voilà partis vers le centre commercial, quelques centaines de mètres plus bas. Sur ses grandes échasses, Pierre déambule en tête du groupe. Un morceau de musique entraînant, puis l’un des jeunes prend le micro du mégaphone : « Bonjour mesdames, bonjour messieurs, bonjour les enfants ! C’est la caravane d’ATD Quart Monde qui passe ! La Caravane européenne de la fraternité ! On vous attend dans la cité un peu plus haut. Il y a des activités pour tous, les enfants comme les plus grands, et un barbecue à 18h. Vous êtes tous invités ! ». La musique reprend et le groupe traverse la route pour s’arrêter devant un bâtiment. Pierre s’approche d’une fenêtre du premier étage.
Une dame n’en revient pas de voir la tête de l’échassier à sa hauteur. Elle n’ose pas ouvrir mais lui sourit alors qu’il tente de lui expliquer par gestes de quoi il s’agit. La musique a repris, la marche de la petite troupe aussi, accompagnée maintenant par quelques enfants. Tandis que François prend des photos de tout ce qui se passe, Germain donne des explications aux passants et les invitent à rejoindre la place où vont se dérouler les activités. Un peu plus loin, une autre dame est à sa fenêtre, ouverte cette fois-ci. C’est Myriam qui a le micro et discute avec elle.
Musique dans le bus !
Le groupe repart en musique. Sur l’avenue, un bus arrive à l’arrêt. Les personnes qui l’attendaient montent. Elles sont suivies par les musiciens et le reste du groupe devant le regard étonné puis amusé du chauffeur et des passagers. Entrés par la porte avant, le groupe traverse le bus en musique et en redescend à l’arrière. Quand le bus repart, tout le monde a le sourire.
C’est en musique que le groupe rejoint la place où les activités ont commencé. Des enfants sont déjà avec Ilyas, Paulina et quatre scouts autour de l’atelier « silhouettes ».
Les musiciens terminent de jouer sur l’estrade avant d’annoncer le programme aux personnes présentes. Il n’y a pas encore beaucoup de monde : une quinzaine d’enfants, quelques jeunes, une dizaine d’adultes. Une heure plus tard, ces chiffres auront doublé ! Monique, qui a coordonné l’accueil de la caravane, s’inquiète que l’alimentation électrique ne fonctionne pas encore. Rien de grave, les batteries de la caravane prennent le relais avant que l’électricité n’arrive.
Dans un coin, une table avec quelques enfants et quelques jeunes adultes : un artiste peintre propose « d’écrire » en dessinant tandis que Gwenaël et Germain invitent les jeunes à dire « quel(le) tour ils ont dans leur sac » comme un moyen d’exprimer ce qu’ils vivent et ce dont ils rêvent. Sous la grande toile, des enfants sont allongés par terre : très concentrés, ils dessinent leurs silhouettes et participent ainsi à la campagne Tapori « Ecoutez-nous et changeons le monde ! » Sous la tente, avec Marie et Silvia, d’autres enfants et quelques adultes peignent des petites silhouettes qui vont devenir une farandole multicolore qui grandit d’étape en étape en s’enrichissant de la participation de chacun.
Certains passent beaucoup de temps à décorer leur silhouette avec des boutons, de la laine, du tissu…
Sur une table, des albums photos, un libre d’or avec de belles pages blanches, des journaux, des « Déclarations de solidarité »… Ce sont Monique et Sammy qui expliquent à ceux qui le souhaitent le sens de ces caravanes, les étapes passées, celles à venir. Chacun est invité à signer, à écrire. Qu’elle soit timide ou plus décidée, l’expression est toujours sensible : « Qu’il n’y ait plus de guerre. » « Que tous les enfants du monde puissent manger et aller à l’école. » « Que chacun ait sa place dans la société. » « C’est la richesse du cœur qui compte le plus. » « Que les enfants ne soient jamais séparés de leurs parents. »
De temps en temps, des gouttes de pluie créent un peu de panique, rien de grave pour le moment. Les jeunes de la caravane et quelques autres vont et viennent entre la place et les véhicules à la recherche d’un bout de ficelle, d’un pot de peinture, d’un morceau de tissu, des verres pour boire le café… Des petits groupes discutent ici et là.
La musique plus forte que l’orage
16h45. Cette fois ce ne sont plus des gouttes éparses, l’orage éclate et la pluie tombe fort. Juste le temps de replier les ateliers, de déménager rapidement sous la grande bâche tables et bancs préparés pour le goûter, d’ajouter une autre toile pour fermer un côté, de décrocher les silhouettes encore fraîches de peinture que l’on venait d’exposer… Les enfants prennent place autour de la table et du goûter tandis que jeunes et adultes se pressent autour d’eux. Quand la pluie se calme un peu, et alors que tout le monde s’inquiètent de cet après-midi trop vite arrêté, les musiciens de la caravane vont chercher leurs instruments et se regroupent dans un petit coin de la tente improvisée. On est une quarantaine ainsi serrés les uns contre les autres quand la musique redonne de la bonne humeur et de l’énergie à tous.
La pluie s’arrête et le groupe de femmes qui a prévu le barbecue est maintenant arrivé. Même si le temps reste menaçant, le barbecue est allumé, chaises et bancs sont ressortis, et les haut-parleurs diffusent de la musique. La table avec le livre d’or, l’album photo et du matériel d’information est à nouveau découverte. D’autres habitants du quartier arrivent, ainsi que quelques autres personnes d’ailleurs dans la ville, dont des jeunes en situation difficile rencontrés la veille. Paulina constate : « C’est le barbecue le plus international auquel j’ai participé ! »
Une nouvelle averse accélère le rangement. Quand vers 20h30 Olaf remercie les personnes présentes et les invitent à se retrouver le lendemain à 14h, tout le monde espère que cette fois le soleil sera de la partie. Ce sera vrai une partie seulement du dimanche, avant que la pluie impose un repli sous la bâche et, comme la veille,… avec le même enthousiasme. Lendemain marqué par la rencontre de François et Elisabeth, habitants de Saint-Jean, qui ont connu ATD Quart Monde et son fondateur à Herblay (Val d’Oise), il y a 50 ans…
Pour les jeunes de la caravane et quelques autres, il faut maintenant ranger tout le matériel, démonter tentes, bâche et estrade. Chacun repart avec dans son cœur, et dans sa tête, un air de musique, une farandole décorée, un message écrit sur un cœur ou dans le livre d’or, une rencontre inhabituelle, quelques minutes de conversation, la fierté de ce qu’a fait son fils ou sa fille, le bonheur d’avoir apporté sa contribution d’une manière ou d’une autre, le sentiment que malgré les difficultés quotidiennes on peut vivre de bons moments ensemble… Sans doute un peu de tout cela, un peu de rêve partagé.
PROCHAINES ETAPES : les 22 et 23 juin, la Caravane 1 sera à Nanterre, en lien avec le « Théâtre du bout du monde » et l’association « Zy’va ». Du 26 juin au 1er juillet, dans le Puy-de-Dôme (Lastic, Clermont-Ferrand, Orcine), avant Marseille du 3 au 8 juillet.




