L’Homme qui construisit une deuxième douche

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Saint George sur Loire. Il est quatre heures du matin, et Bernard n’arrive toujours pas à dormir. Son esprit est occupé par une question qui ne cesse de lui trotter dans la tête… Essayant tant bien que mal de trouver le sommeil malgré tout, il fini par sombrer petit à petit… Quand soudain…

… au moment où il commence à rejoindre Morphée, une idée le frappe tel un petit marteau de lumière ! Mais oui, le bidet, il faut utiliser le bidet ! Fou de joie à l’idée d’avoir réussi à trouver une solution à son problème, il oubli l’heure tardive et se lève pour trouver une feuille et un stylo pour noter son idée.

Au petit matin en se réveillant il repense à son idée : utiliser le bidet pour créer une deuxième douche. En effet dans 3 jours les membres de la caravane de la fraternité vont débarquer chez lui à une vingtaine et il n’a qu’une douche ! Or il a entendu dire que la question des douches était tout à fait sensible et épineuse dans les caravanes. Qu’à cela ne tienne il a décidé de construire une deuxième douche dans son jardin ! Or jusqu’à présent il callait sur la manière de faire venir l’eau chaude. Mais ça y est, avec cette idée d’utiliser le bidet, plus de problème !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Avec son ami Pascal lui aussi militant d’ATD Quart Monde il se met au travail pour construire cette deuxième douche dans son jardin.


Voilà, fin de l’histoire. Ou plutôt, début d’une fabuleuse histoire. En effet en une semaine, Bernard Monnet nous aura réellement montré tout le sens et la force que contient le mot « accueil ».

Avec simplicité, joie – et fermeté ? – il nous aura rappeler l’essentiel lors de discussions trop brèves mais toujours intenses.

Merci Bernard pour cette semaine inoubliable.

En partant de chez Bernard samedi soir nous lui avons fait lire ce texte. Voici sa réaction :

[Pour moi, construire une deuxième douche c’était important] parce que pour certaines personnes se laver, l’hygiène,… c’est très important. Pour d’autres cela l’est moins. Mais pour moi c’est le bien être de chaque personne qui compte, non pas de tout un groupe ; que chacun puisse être bien accueilli dans le sens que moi je me fais quand on m’accueille. C’est-à-dire dans le sens où chacun est a l’aise après, où il se sent chez lui, où il est bien. C’est tout qui va bien dans sa tête après. [Si on est bien accueilli] on travaille mieux, on fait plus de trucs ensemble, le sourire est là, la bonne humeur,…

Pour moi bien accueillir c’est faire en sorte que les autres soient bien là où ils sont. Dans leur tête, dans leur coeurs, et dans leur sourire. Après c’est à eux de construire.

Faire en sorte que l’autre se sente bien cela veut dire qu’on le respecte tel qu’il est. Derrière l’accueil il y a la confiance. Si on est bien accueilli il y a la confiance. Entre nous, dès le premier jour, les gens ont apprécié. Puis après, on a pu se parler entre nous. Moi, j’ai beaucoup parlé avec les uns et les autres, de leur vie, de leurs projets, de leurs rêves, de leurs souffrances aussi, des tracas de la caravane… et c’était génial parce que chacun a ses mots. Et tout de suite les gens se sont sentis en confiance. D’où l’importance de l’accueil.

Pour moi [cette semaine] s’est très bien passée malgré le fait qu’il ait fallu remettre quelques règles. Ce qui m’a le plus frappé, c’est de découvrir chaque personne différente avec ce qu’il est ou ce qu’elle est, ses faiblesses et ses forces. Pour un groupe qui avait fait déjà beaucoup de trajets, beaucoup de choses, qui avait beaucoup de tensions, ce qui m’a frappé c’est l’unité du groupe. Malgré les différences il y a un objectif commun que vous portez les uns et les autres. Je l’ai senti dans chaque conversation et cela m’a beaucoup plu.

Et puis j’ai découvert toute une jeunesse aussi. Une jeunesse dans laquelle, qu’on travaille ou qu’on soit au chomage, qu’on soit pauvre ou riche… toute cette jeunesse a le même souci, le même problème qui est comment construire cet avenir pour eux-mêmes. C’est-à-dire qu’on sent bien qu’il y a un mal être dans cette jeunesse par rapport à la société d’aujourd’hui. Et ça je l’ai ressenti dans chaque personne et ce mal être, chaque personne le combat, à sa manière, à sa façon et en particulier ce groupe qui est sensible aux plus pauvres, aux plus faibles. Chaque personne la porte en lui. Et cela, ça m’a redonné du courage pour moi-même. Je me suis dit le flambeau il est là, ça continue mais avec vos mots à vous, avec vos manières d’être. J’ai senti une cohésion dans chaque personne.

Dans la vie quotidienne on ne voit plus tout cela. On dit “les jeunes ils foutent le bordel, les jeunes ceci, les jeunes cela…” Moi j’ai découvert des jeunes qui portaient le souci de construire un monde plus juste, plus beau, qui refusent de rentrer dans la société actuelle. Mais si j’ai un truc à dire à chaque personne c’est aussi de faire avec la société actuelle, de chercher comment vous pouvez encourager d’autres à vous rejoindre dans votre combat.


N’oubliez pas que le plus important pour nous est l’échange et la transmission alors n’hésitez pas à nous envoyer vos commentaires, suggestions, remarques ou questions à l’adresse suivante : caravanes2@atd-quartmonde.org

Merci et à bientôt !

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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