Intervention de Mr Marc Couillard

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Journées d’étude prospective des 24 et 25 janvier 2002

Je m’appelle Marc Couillard, je suis militant du Mouvement ATD Quart Monde.
J’ai participé au programme Quart Monde – Université, puis au programme Quart Monde Partenaire.
Pour nous, les militants, ce programme Quart Monde Partenaire était difficile parce que les relations entre les familles de notre milieu, des familles très pauvres, et les professionnels sont souvent dures.
Il nous était demandé de dialoguer avec des professionnels de la santé, de la police, de la justice, de l’enseignement, du travail social, de l’aide à la jeunesse, etc. Notre but était que les relations se passent mieux avec eux.
En participant à ce programme, nous les militants, nous engagions les familles de notre milieu et c’est pour cela que l’on n’avait pas le droit d’échouer dans cette co-formation.

Nous avons tous des clichés dans notre tête par rapport à notre vécu. Personnellement, je pensais qu’il me serait impossible de réfléchir et de discuter avec des gens de la police ou de la justice. Et de fait, je me suis retrouvé dans le même groupe de travail qu’eux !
Dans un premier temps, nous avons dû travailler sur les représentations que l’on se fait les uns des autres. On ne peut pas sauter cette étape si on veut travailler ensemble.
Par exemple, quand on est très pauvre, on est méfiant face à tous ceux qui interviennent dans notre vie et qui prennent des décisions à notre place.
Et de leur côté, les professionnels ont souvent peur de nos réactions qu’ils trouvent agressives.

Nous avons pris conscience que selon notre milieu et selon notre profession, nous n’avons pas les mêmes logiques pour penser et agir.
Par exemple, pour les professionnels, une de leurs logiques  est de nous voir comme des cas, des problèmes à résoudre. C’est la logique de la problématisation.
En plus, ils doivent avoir des résultats rapides pour rendre compte à leurs institutions. C’est la logique de l’efficacité.
Les militants ont pu faire connaître les logiques des personnes en situation de pauvreté. Par exemple, la logique de la globalité de la personne, parce que la personne ce n’est pas seulement un problème de logement ou un problème d’argent ou un problème de santé.
Et d’autre part, nous avons besoin de temps pour reprendre confiance en nous et dans les autres, et prendre le temps nécessaire ne va pas avec l’efficacité et la rentabilité demandées aux professionnels. 

Une idée très répandue chez ceux qui ne vivent pas la misère est que les personnes en situation de grande pauvreté ont surtout des besoins de survie : manger, boire, dormir…
Par notre vécu et celui de nos proches, nous avons pu expliquer et faire comprendre que nous avons aussi des besoins culturels et spirituels. Nous avons besoin de parler avec d’autres, de réfléchir à notre vie et à la vie en général. Nous avons besoin de nous sentir d’un groupe et pas uniquement avec des gens qui vivent les mêmes difficultés que nous.
Pour les professionnels, l’importance de ces besoins culturels a été une  découverte qui peut changer leur manière d’agir avec les personnes en situation de pauvreté.

 

 

Enfin, un dernier point que je voudrais souligner est que pour agir contre la misère, il faut bien connaître le milieu de la pauvreté. Dans les programmes Quart Monde – Université et Quart Monde Partenaire, nous les militants, nous avons pu apporter le vécu de la misère de l’intérieur.
Par exemple, pouvez-vous savoir que le simple fait d’ouvrir sa porte peut être un risque pour une famille très pauvre ?
Pouvez-vous comprendre que l’école peut représenter un risque pour nos enfants ? On nous dit que l’école est une chance, mais pour les familles très pauvres elle peut être un risque : le risque pour l’enfant d’être mal considéré, d’être rejeté. Le risque pour les parents de mettre à jour en public leur pauvreté.

En conclusion, pour lutter contre la misère, il nous paraît essentiel de partir de la connaissance portée par les plus pauvres. Mais il faut plus que cela.
Il ne s’agit pas seulement de faire parler des pauvres sur leur vie. 
Il faut leur donner les moyens pour qu’ils puissent être acteurs du changement  de leur propre situation, et participer avec d’autres au progrès de notre société.
Au cours de ces deux programmes, nous avons eu les moyens, en temps, en personnes qui ont crû en nous. 
J’espère que cela donnera envie à d’autres de continuer sur ce chemin de croisement des savoirs avec des personnes en grandes difficultés. Cela vaut le coup.

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L’Institut de Recherche et de Formation aux Relations Humaines (IRFRH) est un organe du Mouvement ATD Quart Monde.
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