Intervention de Mr Azzédine Abdelmadjid
Journées d’étude prospective des 24 et 25 janvier 2002
Prospective en Europe
- Une démarche prospective
- Les tendances lourdes
- Intervention de M. Patrick Venturini
- Intervention de Mr Frans Polen
- Intervention de M. Van Breen
- Bronislaw Geremek, historien, ancien ministre des affaires étrangères de Pologne
- Intervention de Mr Hugues De Jouvenel
- Intervention de Xavier Godinot
- Rapport de l’atelier n° 1 par Mr François Vandamme, Conseiller général au Ministère Fédéral de l’Emploi
- Rapport de l’atelier n° 2 par Mme Marjorie Jouen
- Rapport de Louis Join-Lambert pour l’atelier n° 3
- Rapport de l’Atelier n° 4 par Gérard Fonteneau
- Rapport de l’atelier n° 5 par Mme Fran Bennett
- Intervention de Claude Ferrand sur « Les conditions du partenariat avec les populations en situation de pauvreté »
- Intervention de Béatrice Deroitte
- Intervention de Mr Marc Couillard
- Intervention de Mr Azzédine Abdelmadjid
- Débat animé par la présidente de séance, Mme Lizin
- Intervention de Philippe Maystadt, Président de la Banque européenne d’investissement.
- Conclusion de Mr Bruno Couder
Intervention de Mr Azzédine Abdelmadjid,
Vice Président de la coordination des organisations
non-gouvernementales africaines des droits de l’homme et Président du Comité
Algérien des Droits de l’Homme et des Peuples
J’articule mon intervention autour de trois parties. La première partie de mon exposé présente la situation en Afrique : les caractéristiques mais aussi une évaluation des facteurs qui ont contribué au développement actuel du continent africain. Dans la deuxième partie, j’évoquerai les objectifs, les méthodes et le concept du NEPAD : le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique étant une nouvelle initiative pour le développement de l’Afrique prise il y a un ou deux ans par un certain nombre de chefs d’État africains. Je présenterai aussi quelques propositions inspirées du NEPAD précisément.
Mais auparavant j’aimerais faire trois remarques. J’inscris, tout d’abord, mon intervention non pas dans une logique de demandeur/donneur, mais dans une logique de relation de coopération et de partenariat. Deuxièmement, afin d’éviter les malentendus, je vous demanderais de bien vouloir ne pas interpréter mes propos : j’utiliserai, en effet, un certain nombre de termes liés à des causes historiques tel que le colonialisme ou l’esclavagisme mais cela ne doit pas être perçu comme un procès d’intention de ma part. Le deuxième élément qui ne doit pas non plus être mal interprété ce sont les propositions finales que j’aimerai vous exposer : ce ne sont en aucun cas des exigences. Enfin, la troisième remarque préalable est que mon intervention s’inscrit dans le cadre du NEPAD, nouveau partenariat pour le développement africain.
Les chiffres que je vais vous donner concernant
l’état de l’Afrique sont quelques statistiques qui ne doivent pas être vues
d’une façon innocente. Ils traduisent la vie, une réalité, des drames. Ce n’est
pas une simple énumération de chiffres austères. Si je tiens à vous donner ces
chiffres c’est pour mieux mesurer l’ampleur et la gravité de la situation. Vous
les connaissez certainement mais il est bon de les rappeler pour les garder
comme repères.
L’Afrique connaît trois sortes de préoccupations. La
première série de préoccupations concerne les différentes formes de conflit que
sont les pré-conflits, les tensions, la violence et les situations de guerre
civile. La deuxième série de préoccupations est liée à la pauvreté, à la misère
et à l’analphabétisme. Enfin une troisième série concerne les problèmes de mise en place et
d’application de la démocratie : l’État de droit, les droits de l’homme.
Le sujet de la bonne gouvernance et des problèmes de corruption sera également
abordé dans cette troisième série de préoccupations.
Concernant les conflits, durant les trente dernières
années, l’Afrique a connu trente guerres. En 1989, deux tiers des personnes
dans le monde, dont le décès est lié à des situations de guerre, étaient
d’origine africaine. Aujourd’hui, les trois-quarts des pays africains subissent
des situations de guerre, de conflit ou de violence.
Actuellement, dix millions de réfugiés, de rapatriés, de personnes déplacées
sont dénombrés pour le seul continent africain. Certaines études estiment que,
dans les dix prochaines années, 150 à 200 millions de personnes vont vivre dans
des pays qui risquent de connaître une guerre civile si rien n’est fait
précisément pour arrêter ce processus dramatique.
Je vous rappelle quelques chiffres concernant la
pauvreté, bien que vous soyez au courant de la situation :
- 340 millions de personnes, soit la moitié de la population africaine, vivent avec moins de un dollar par jour.
- Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 140 pour 1000.
- L’espérance de vie est de seulement 54 ans.
- 50 % de la population africaine vit sans eau potable.
- Le taux d’alphabétisation des personnes de moins de quinze ans est de 41 %.
- Il n’y a que 18 lignes téléphoniques pour 1000 habitants alors qu’il y a 567 lignes dans les pays développés.
- Il y a 16 médecins pour 100 000 habitants alors qu’il y en a 253 dans les pays développés.
Ces quelques chiffres traduisent encore trop peu la
situation dramatique dans laquelle se trouve l’Afrique.
L’Afrique connaît, en plus de ces problèmes de
conflit et de pauvreté, des problèmes également très graves en matière de
démocratie : retard dans la mise en place de régimes démocratiques,
problèmes de gouvernance dans l’édification de l’État de Droit, déficit dans
l’application des droits de l’homme, dérapage et corruption, etc.
L’Afrique s’intègre dans l’économie mondiale avec le
rôle de fournisseur de main d’œuvre et de matières premières; elle ne participe
pas, par ailleurs, aux autres domaines de l’économie et du social : c’est
dire son exclusion dans le développement.
Autre caractéristique, sa politique de développement
est essentiellement fondée sur un binôme de l’aide et du crédit. L’aide extérieure, vous le savez
parfaitement, qu’elle soit publique ou privée, a diminué considérablement. Elle
était fixée à 0,7 % du produit national brut, elle est maintenant de 0,01 ou 0,02
% : cinq pays seulement dans le monde , je crois qu’il s’agit des pays
scandinaves et des Pays-Bas, respectent le versement et le taux fixé de 0,7 % du PNB.
Quant aux crédits, nous savons tous pertinemment
qu’ils aboutissent à l’impasse de la dette. Cette dette, déjà payée en
totalité, et dont nous continuons à rembourser plusieurs fois les intérêts.
A présent, étudions les facteurs qui ont influencé
la situation dramatique dans laquelle se trouve aujourd’hui le continent
africain. Ils touchent les domaines économiques, sociaux et politiques. Je
distinguerai deux phases historiques : celle antérieure aux indépendances
et la phase postérieure aux indépendances.
Avant que les différents pays africains n’obtiennent
leur statut d’indépendance, l’esclavagisme et le colonialisme ont provoqué de
nombreux bouleversements.
L’esclavagisme a détruit le fondement des
sociétés : il a stoppé leur évolution harmonieuse en détournant son cours
naturel : ce qui a retardé
considérablement la formation nationale moderne telle qu’on la connaît
aujourd’hui.
Le colonialisme, prolongeant la relation dualiste de dominant/dominé, a
introduit un deuxième élément majeur de division. Il a instauré de nouvelles frontières territoriales en
négligeant volontairement la répartition géographique naturelle des populations
par ethnie. Nous voyons actuellement le résultat de ces bombes à retardement
posées pendant la période du colonialisme dont nous payons aujourd’hui lourdement le tribut. Vous
connaissez bien sûr la situation au Rwanda et au Burundi : dans ces deux
pays, les deux ethnies Hutu et Tutsi se sont opposées violemment. Nous aurions
été reconnaissant aux gouvernements colonialistes de prendre une décision dans le sens d’une
répartition territoriale pour chaque ethnie, et non de « charcuter l’Afrique » en utilisant le principe
de diviser pour mieux régner. Peut-être aurions-nous évité tous ces massacres.
Concernant mes propos sur l’esclavagisme et le
colonialisme, je le répète mon intention n’est pas de faire le procès des
peuples. Nous sommes à même de faire la différence entre le système
esclavagiste, le système colonial et les peuples européens. Les peuples
européens sont des peuples amis qui nous ont beaucoup aidés en étant à nos côtés pendant notre
lutte de libération pour l’indépendance. Dans un esprit de solidarité, ils ont coopéré pour
combattre le colonialisme. Nous faisons donc la différence entre système et
peuple : le peuple européen est notre ami. De plus, nous sommes contre les
processus de culpabilisation sans fin car au fond, qui devrions-nous
culpabiliser ? les enfants, petits-enfants, et arrière petits-enfants
de ceux qui ont eu un pouvoir
décisionnel à une époque donnée dans l’histoire africaine ? Non, mon
discours est simplement là pour essayer d’exposer des faits historiques.
Si, à présent, nous considérons la période après
l’indépendance, nous pourrions dire que les régimes dictatoriaux qui sont
apparus ensuite étaient encore pire que les régimes précédents. L’Afrique a
cumulé à cette période deux facteurs extrêmement négatifs : les pires aspects
du colonialisme et une organisation caricaturale de l’administration coloniale.
De nombreuses erreurs stratégiques ont été faîtes
tant sur le plan de l’économie et du développement, que sur le plan des
idéologies, de la mise en place des démocraties. Les conséquences, ce sont
l’apparition de dictatures et d’atteintes très graves aux droits de l’homme, la
prolifération de la corruption qui a miné considérablement le développement.
Les Africains au pouvoir ont perpétué le principe déjà connu de « diviser
pour mieux régner » mais en l’amplifiant et en l’utilisant d’une façon
encore plus systématique. Pour un certain nombre de dirigeants, la démocratie
se limiterait à la création de plusieurs partis : au Congo, par exemple,
les autorités ont permis la représentation de 250 partis politiques. Chaque
parti politique est lié à une ethnie, à une sous-ethnie, à une tribu, à une
sous-tribu. Cette hiérarchisation représentative d’une soi-disant démocratie a
engendré des conflits importants par la multiplication des divisions ethniques
et tribales.
Le deuxième élément majeur dans cette période de
post-indépendance, ce sont les conséquences de l’applications des plans
d’ajustement structurel. Elles sont désastreuses pour de nombreux pays
africains et aujourd’hui, la Communauté internationale commence à reconnaître,
semble-t-il, que finalement le remède a été pire que le mal.
Les plans d’ajustement structurel ont été
proposé pour résoudre les problèmes que rencontraient de nombreux pays en
développement pour obtenir des crédits auprès des organismes financiers
internationaux : le pays qui désirait obtenir des prêts pour financer son
développement acceptait de mettre en place différentes mesures contraignantes
visant à assainir son budget et à retrouver une crédibilité auprès des
bailleurs de fonds.
Malheureusement, ces plans étaient basés sur des
données de la macro-économie sans qu’ils soient adaptés à la
situation particulière du pays et sans anticiper les conséquences sur le plan social : il s’agissait
avant tout de permettre d’échelonner à nouveau le remboursement de la dette
En constatant les répercussions dramatiques de ces
plans au niveau national, un certain nombre de pays dont notamment l’Algérie,
l’Afrique du Sud et le Nigeria, ont décidé d’organiser une rencontre en 1999
pour réfléchir ensemble. Après avoir fait un bilan de la situation du continent
africain, ils ont estimé qu’il leur fallait prendre à présent leur destin en
main : apprendre à regarder la vérité en face, ne pas mettre
systématiquement la faute sur les autres mais reconnaître les échecs et les
maux propres de l’Afrique.
L’idée d’établir un programme africain à partir des
Africains, a alors commencé à émerger.
La réflexion s’est poursuivie jusqu’à ce jour et a
donné naissance au nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. Le
NEPAD est l’aboutissement de deux réflexions parallèles. Le président
sénégalais, Mr Wade, a proposé le
plan OMEGA qui a une approche beaucoup plus sectorielle que les autres propositions sur le
sujet du développement. Lors du dernier sommet à Lusaka (Zambie), les deux
plans proposés ont fusionné et tous les pays africains ont adopté le
NEPAD : nouveau partenariat
pour le développement africain.
Ce nouveau programme de développement est
fortement soutenu par la Commission
de l’Union Européenne qui admet qu’il s’agit d’un véritable premier plan de
développement pour l’Afrique. La Commission est en contact avec les dirigeants
du NEPAD, siégeant à Johannesburg. Les États Unis et le Japon soutiennent
également totalement cette initiative. Le G8 a inscrit le NEPAD dans sa
prochaine réunion qui aura lieu au Canada.
Le NEPAD part d’une triple préoccupation, d’un
triple défi : la paix, la démocratie et le développement qui correspondent
aux problèmes de conflit, de violence, de pauvreté, de mal gouvernance et de
violation des droits de l’homme.
Les trois thèmes, paix, démocratie et développement,
ont toujours été abordés séparément et les objectifs à atteindre ne
concernaient qu’un ou deux aspects à la fois ; or les trois dimensions
sont fondamentalement liées.
C’est la première fois qu’un plan intègre en même
temps ces trois dimensions.
Le NEPAD considère trois niveaux
d’application : national, continental et international. Au niveau
national, on essaye d’impliquer tous les acteurs de la société civile, l’État
et les acteurs politiques, les collectivités locales, le service public et le
secteur privé. Jusqu’à présent, chaque acteur était plutôt concentré et
cloisonné dans son secteur.
Le deuxième niveau, le niveau régional, voire même
sous-régional, se situe entre les différents pays africains. Actuellement, une
route de 6500 kms reliant l’Algérie, le Nigeria, le Niger et le Mali est en
projet : 4000 kms de cette voie ont déjà été construits . Une canalisation de pétrole et de gaz,
commençant au Nigeria, traversera également le Niger, le Mali et l’Algérie, qui
en bénéficieront, et aboutira en
Europe. Plusieurs projets, dont un entre l’Afrique du Sud et des pays de
l’Afrique australe, sont à l’étude. Des recherches sont en cours sur le
développement des réseaux de fibre optique.
Le NEPAD insiste sur plusieurs priorités à
développer.
La première priorité est la restauration de la paix.
Je citerai rapidement les diverses propositions concernant le thème de la
paix: il s’agit d’apporter un soutien matériel et technique aux mécanismes et
processus de prévention, de gestion et de résolution des conflits ainsi qu’aux
initiatives de paix ; coopérer plus étroitement, par exemple, dans la
lutte contre le terrorisme. Des pays, en particulier des pays européens, nous ont déjà beaucoup aidés. La
France, par exemple, s’est impliquée dans le règlement du conflit au sujet des
Touaregs au nord du Mali. Les États-Unis sont intervenus dans la résolution du
conflit entre l’Érythrée et l’Éthiopie.
Nous aimerions que l’Europe s’implique d’avantage
dans le soutien de la gestion des conflits.
La deuxième priorité est de « se réapproprier
notre identité », en d’autres termes : « qui sommes
nous ? »
L’individualisme a fait son apparition sur le
continent africain qui avait pourtant une forte tradition ancrée sur la
solidarité dans les communautés. C’est grâce à cet esprit de solidarité que,
jadis, les uns et les autres ont pu s’entraider et résoudre des situations
pourtant difficiles. Il nous faut à présent retrouver ces valeurs quelques peu
perdues de solidarité.
L’Afrique était connu également pour le sens profond
qu’elle donnait à la parole : un proverbe dit simplement « la parole
guérit ». Malheureusement ces dernières années la parole, alimentée par la
haine, a provoqué davantage de meurtres que de sages conseils. Il nous faut
donc retrouver ces valeurs que sont le sens du dialogue et de la concertation.
La troisième priorité, qui est une pré-condition pour le développement, est la pratique d‘une bonne gouvernance : les institutions doivent au besoin subir des réformes pour être efficaces dans la lutte contre la corruption et présenter une gestion légale et transparente. En insistant sur les réformes en matière de gouvernance, les institutions financières multilatérales seraient obligées de mieux tenir compte des besoins réels des pays africains.
Voici quelques propositions relatives au développement : soutenir sous des formes appropriées les stratégies de lutte contre la pauvreté ; en ayant un objectif de développement durable, ces stratégies aideraient réellement les pauvres et leur permettraient de participer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation de ces mesures. Il faudrait aussi accélérer la réduction de la dette des pays pauvres très endettés en jonction avec des programmes plus efficaces de lutte contre la pauvreté.
Pour réaliser une croissance de 7 %, le continent
africain a besoin de combler un déficit annuel de 12% de son PIB soit 64
milliards de dollars. Il faut en tenir compte dans les objectifs internationaux
de développement, surtout si nous voulons diminuer de moitié l’incidence de la
pauvreté en Afrique d’ici 2015.
Une mobilisation interne est aussi nécessaire sur au
moins deux points importants : l’augmentation de l’épargne domestique et
l’amélioration des recettes fiscales.
Un soutien et un apport externes de l’Europe nous
seraient précieux pour atteindre les 7 % de croissance.. La réduction de la
dette, l’augmentation de l’aide pour le développement seraient des éléments
clés pour aider la croissance. Pour attirer l’investissement de capitaux
provenant du secteur privé, plusieurs conditions doivent être rassemblées comme
la stabilité politique des pays. Il est primordial que le secteur privé ait
confiance, même si des risques subsistent, et qu’il s’investisse davantage dans
le développement en Afrique.
De gros efforts de partenariat entre les divers acteurs dans le domaine de la
santé doivent être faits : les laboratoires et l’industrie pharmaceutiques
devraient orienter leurs recherches vers la production de médicaments à des
prix abordables ; la société civile pourrait s’engager encore plus pour
mener une campagne en faveur d’un appui financier accru, de la part des États
entre autres, pour lutter contre le sida qui ravage considérablement l’Afrique.
Il faut aussi instaurer de vrais partenariats entre
la société civile et des personnes pauvres elles-mêmes. Auparavant, nous
venions avec des programmes pré-établis où ces personnes n’avaient qu’un rôle
passif à jouer. Nous nous sommes
beaucoup inspirés de l’expérience du Mouvement ATD Quart Monde, et aujourd’hui nous comprenons que les
personnes pauvres doivent aussi être intéressées par les projets et impliquées
dès le début dans l’élaboration des plans jusqu’à leur évaluation finale.
D’autres domaines comme des projets agricoles de
grande envergure, nécessiteraient aussi de nouveaux schémas de partenariat,
notamment pour éviter la lassitude des bailleurs de fonds : l’ouverture des marchés européens aux
produits alimentaires, comme les produits agricoles transformés ; le
soutien dans la recherche pour le stockage et la conservation des cultures à
grand rendement.
Permettre le partenariat entre les institutions et
le monde professionnel, et d’autre part l’échange d’informations et de conseils
entre les entreprises africaines et européennes pour les contrats joint-venture
et les accords de sous-traitance ou pour promouvoir les programmes de
développement et l’esprit d’entreprise. Toujours dans le domaine de l’économie,
contribuer, par une assistance technique, à la mise en place d’un environnement
réglementaire approprié pour la promotion des petites et moyennes entreprises
et des programmes de micro financement dans le secteur privé africain.
Pour la résolution du problème de « la fuite
des cerveaux », il faudrait mettre en place une base de données fiable, à
la fois pour déterminer l’ampleur du problème et promouvoir le travail en
réseaux et la collaboration entre experts africains et ceux de la diaspora. De
même, il faudrait veiller à ce que les experts africains vivant dans les pays
développés soient sollicités sur les projets euro-africains.
La coopération est également primordiale pour lutter
contre la corruption : celle-ci existe parce qu’il y a, d’une part de
nombreuses personnes corrompues en Afrique, mais aussi des corrupteurs qui
agissent à partir du continent européen. Ce qui m’étonne le plus, c’est
d’apprendre qu’une certaine forme de corruption est pour ainsi dire connue et
légalisée par l’Europe. Je parle
ici des commissions versées pour obtenir certains marchés : la procédure
est un peu secrète mais tolérée apparemment par les ministères des finances
puisqu’elle permet de plus une non-imposition des sommes versées. Mais le plus
grave en dehors de la corruption elle-même, de ses effets économiques
désastreux, et de l’atteinte faîte au sens moral, c’est l’impact sur
l’institution démocratique, sur ses valeurs et son identité.
En Afrique, nous devons faire face et nous luttons
contre cette corruption massive et, si j’insiste sur la responsabilité de
l’Europe vis-à-vis de ce phénomène, ce n’est pas pour donner des leçons mais
pour comprendre que c’est un mal qui gangrène les deux continents et porte
atteinte aux projets de coopération.
Pour toutes ces raisons, il est indispensable que
l’Europe et l’Afrique travaillent ensemble pour lutter contre la corruption.
D’autres priorités pour le développement dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, des réseaux et de l’infrastructure sont aussi mises en avant dans le plan. Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique mériterait à lui seul un exposé car c’est un véritable plan comprenant de nombreux volets. Il ne s’agit pas pour autant de présenter un catalogue de solutions toutes faîtes. Nous avons été souvent considérés par le passé, parfois à juste titre, comme des idéalistes ; aujourd’hui nous voulons être pleinement pragmatiques et réalistes en proposant ce plan de développement. Enfin, pour conclure, j’aimerais souligner à nouveau l’importance d’une véritable coopération entre le continent européen et le continent africain pour permettre à ce projet de développement de réaliser pleinement l’ensemble de ses objectifs.





