Ils peuvent être des bougies pour les autres

Rwanda
- 17 octobre 2008 au Rwanda : s’unir pour refuser l’isolement des plus pauvres
- 1500 personnes pour célébrer dans la fête le 17 octobre à Rusatira
Mené par l’APROJUMAP, le projet SOLIVES prolonge l’expérience des « Amis d’ATD ». Par cela, des familles jusqu’alors confinées dans l’isolement accèdent à des activités qui leur permettent de dépasser la grande pauvreté, tout en étant solidaires de plus démunies qu’elles.
Les amis d’ATD existent depuis 1990. Il ’y a pas de lien organique entre ATD Quart Monde et l’APROJUMAP. C’est un partage de valeurs qui a amené le groupe à s’appeler « amis d’ATD ». Mais la manière dont les familles « amies d’ATD » trouvent force en se mettant ensemble, et la fraternité qui se bâtit avec les assistantes sociales qui les accompagnent, est une source d’inspiration pour l’ensemble du Mouvement
« Ils peuvent être des bougies pour les autres ». C’est dans ces termes que Judith, assistante sociale de l’APROJUMAP travaillant sur le projet SOLIVES, qualifie les familles qui ont uni leurs efforts, qui rebâtissent leur vie, après avoir traversé, pour la plupart d’entre elles, les épreuves du génocide et de la guerre.

« Avant que je rencontre les amis d’ATD, dit l’une d’entre elles, je fuyais tout, je vivais presque comme une sauvage. J’étais quelqu’un qui n’était rien devant quiconque. Des gens sont venus m’aider à cultiver et aujourd’hui je n’ai plus de problèmes et je suis calme. Quand je vivais encore dans la misère et dans la solitude, les amis d’ATD nous ont beaucoup aidés, surtout avec des formations. Aujourd’hui quand je rentre à la maison, je peux charmer mon conjoint et lui faire un beau sourire. Cela lui fait également du bien ».
Ils sont soutenus dans leurs efforts quotidiens d’entraide mutuelle, par celles qu’ils appellent des « assistantes sociales » ou, plus simplement des « mamans ». Une des membres du groupe explique qui sont ces « assistantes sociales » : « elles ont essayé de m’encourager et j’ai compris que Dieu ne regarde pas les communautés où nous vivons, ni l’apparence extérieure de chacun. Même si je ressemble à quelqu’un qui est découragé, j’ai du courage grâce aux amis d’ATD qui me soutiennent. Lorsque nous nous sommes rencontrées, certaines étaient veuves, les autres orphelines, et d’autres ayant eu la responsabilité dans la mort des membres de famille de ceux qui étaient dans l’ATD. Mais ATD nous réunit sans faire de distinction. Il apparaît comme notre médiateur. »
Judith explique que « ce qui est important pour être avec ces familles, c’est de se simplifier. Par exemple, vous allez visiter une famille, et il n’y a pas de siège. Il vous faut vous asseoir par terre. Ou bien vous êtes là avec votre chemise blanche, bien repassée, et puis la personne, toute sale, avec les mains pleines de boue de son champ, le visage tout sale, qui vient et vous embrasse, vous serre dans ses bras… C’est pas tout le monde qui peut accepter ça. Il faut se simplifier. »
Eugène Niyigena, coordinateur de l’APROJUMAP, rappelle que « l’Aprojumap s’occupait de programmes agricoles et d’élevage et on a constaté que les personnes les plus démunies n’en profitaient pas. C’est pour cela que nous avons pensé à mettre en place un programme pour ceux qui ne tirent pas profit de ces projets. Au début ces familles ne participaient pas aux réunions habituelles de toute la population. Elles menaient une vie marginale au point de se faire oublier. »
Pour exister aux yeux des autres, un moment important est le 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère.
« C’est une journée très importante pour nous, une occasion de nous rencontrer, de dire ensemble qu’on refuse la misère, avec des amis. Les autorités nous voient, ils entendent notre voix, ils savent qu’on existe. Nos amis voient comment cette journée change des choses dans nos vies. »
Il y a deux ans, c’est autour de cette journée du 17 octobre que s’étaient tenus deux chantiers de solidarité. Ils avaient permis la construction de maisons pour deux familles dont la situation préoccupait particulièrement le voisinage.

Deux ans après, ces maisons sont toujours là. Elles abritent leurs occupantes, mais aussi les passants, qui, en cas de pluie, peuvent y trouver refuge.






