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Articles de réflexions
« Il sert à quoi ce projet de caravanes ? Pourquoi il n’y en a que pour les caravanes ? »

Questions autour d’une rencontre
Je suis invitée chez une militante et son mari, et autour d’une tisane, nous reparlons de la caravane. J’essaie de trouver les mots pour leur transmettre toute la magie de ce que j’ai vécu, les villes où nous sommes allés, les gens que nous avons rencontrés…
Mais devant leurs visages dubitatifs, je vois bien que je n’ai pas dû trouver les mots. Ils n’y croient pas tellement, à ce projet. Ils n’y ont d’ailleurs jamais beaucoup adhéré. Et ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent : « Il sert à quoi, vraiment, ce projet caravanes ? Pourquoi il n’y en a que pour les caravanes ? Et puis d’abord, combien d’argent ça coûte, tout cela ? Et après, qu’est-ce qui va se passer ? Qu’est-ce que ça change ? Est-ce que tu peux nous dire il a quoi comme objectifs, vraiment, ce projet ? »
Les objectifs du projet, je les connais bien, j’ai bien appris ma leçon, et je sais de quoi je parle - tant d’images me reviennent ! - alors, j’essaie de leur expliquer, et de leur ré-expliquer encore… J’essaie aussi de leur dire que ce projet, c’est juste un élan de plus qui nous pousse à nous rencontrer, à nous mobiliser, à continuer… Qu’à Rennes, il y a des gens qui se sont rencontrés et qui ont envie de continuer, il y a des idées qui sont nées. Ailleurs aussi - je leur parle d’Angers, je leur parle de Londres…
Face à leur « oui, mais après ? », je tente de leur faire comprendre que, c’est vrai, tout cela, ce ne sont toujours que des petites choses qui se passent ; mais, accumulées les unes aux autres, quand on multiplie par le nombre de villes où sera passée la caravane, c’est beaucoup ! Mais je sens bien que ça ne passe pas, que l’on ne se comprend pas. Peut-être que je ne leur donne pas les réponses qu’ils attendent ?
Alors, « à bout d’arguments », j’avoue : c’est vrai, je ne connais pas le budget de ce projet, et je sais bien que cela coûte de l’argent, de nous loger, de nous nourrir, etc. Mais que dans la caravane, nous sommes bien conscients de cette dimension-là. Que nous nous posons beaucoup de questions aussi. Que nous ne sommes pas des « superman », et que souvent nous nous sentons tous petits face à la dimension internationale de ce projet. Que nous faisons de notre mieux, mais que nous savons bien que ce n’est pas toujours suffisant. Que nous avons peur de ne pas être à la hauteur ; notamment à la hauteur de tout cet espoir, que beaucoup de personnes mettent en nous…
Et là, intérieurement, je me sens mal à l’aise de leur avoir dit tout cela… Pourtant, à ce moment-là, notre conversation change de forme et devient un réel échange… La personne fait le lien en me parlant des alliés (des personnes amies d’ATD Quart Monde qui aident bénévolement). Elle m’explique que, souvent, les militants (des personnes ayant eux-mêmes vécu des situations d’exclusion et d’extrême pauvreté qui se battent quotidiennement pour essayer de mieux vivre) s’intéressent peu de savoir si les alliés ont des soucis dans leur vie. Qu’ils pensent que s’ils ont de l’argent, alors ils ne peuvent pas avoir de problème… Elle me parle alors d’une co-formation qu’elle a effectué avec des professionnels, au sein de laquelle elle a beaucoup appris sur le regard que l’on peut poser les uns sur les autres ; elle y a vécu des choses très fortes.
Comment transmettre les choses très fortes que nous avons vécues ? Comment les partager à d’autres ? Je leur dis que pour nous c’est une difficulté. Je lui demande si elle a réussi à transmettre, à trouver les mots. Si les gens comprenaient… Elle me montre le document qu’elle avait écrit. Et la dynamique s’est changée : j’avais tellement envie de leur transmettre des choses, que j’avais oublié d’être prête à recevoir ce que eux avaient à me dire.
Nous avons alors parlé d’un tas de choses. Je crois que cela a vraiment été un bel échange. Ils se sont intéressés à moi, à ma vie, si j’arrivais à m’en sortir correctement en travaillant seulement à mi-temps, si je souhaitais m’acheter une voiture… Sur le chemin de nos questionnements et de nos doutes, nous nous sommes rencontrés. Et dire que nous aurions pu passer à côté les uns des autres ! Sans vraiment le savoir sur le moment, je crois que cette rencontre, c’était un peu l’esprit de la caravane qui continuait. Qui nous faisait nous rencontrer, nous permettait de passer du temps ensemble et d’envisager de nouveaux projets.
Cette caravane, c’est peut-être juste une manière de regarder autrement ? C’est peut-être juste une manière de vivre ? Une manière d’être à l’autre, une attention, une sensibilité qui me permettent de comprendre un peu plus ce qui est essentiel… J’espère me souvenir longtemps de ne pas vouloir imposer à d’autres mon point de vue et mes idées, j’espère continuer d’être prête à aller vers les autres, oublier de vouloir les convaincre, accepter de recevoir toute leur richesse… Toutes ces choses que j’ai apprises dans cette caravane.
Et je ne suis pas la seule que ce projet a transformée, remuée, changée, dynamisée… et tellement grandie ! Nous sommes un bon nombre de jeunes à nous être embarqués dans cette aventure. Nous ne continuerons peut-être pas tous à ATD Quart-Monde, mais ici ou ailleurs, nous porterons en nous ces leçons de vie qui font que, à notre manière, nous construisons - comme tant d’autres - le courant de refus de la misère et de l’exclusion.
Lina
N’oubliez pas que le plus important pour nous est l’échange et la transmission alors n’hésitez pas à nous envoyer vos commentaires, suggestions, remarques ou questions à l’adresse suivante : caravanes2@atd-quartmonde.org
Merci et à bientôt !




