Haïti, colloque régional sur "La démocratie à l’épreuve de la grande pauvreté"

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Les 27-28 et 29 février 2008 à Port-au-Prince s’est tenu le colloque "La démocratie à l’épreuve de la grande pauvreté, l’actualité de la pensée de Joseph Wresinski" initié par ATD Quart Monde en partenariat avec la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) et l’Institut Français d’Haïti, avec le soutien de la Commission européenne.

L’engagement de personnes très pauvres refusant la fatalité de la misère était au cœur de ce colloque. "Nous prenons la parole ce soir en songeant à toutes les familles qui sont lasses de la misère et qui se sentent seules ici et à travers le monde", déclare Nerline Laguerre en ouvrant le colloque. Nerline fait partie du Comité des Rassemblements Quart Monde de Haïti qui réunit 18 pères et mères de familles en situation d’extrême pauvreté de plusieurs quartiers de la capitale. Créé en 2001, ce comité a su continuer les liens entre des familles éprouvées par les deuils et dispersées par la violence, malgré les très vives tensions de ces trois dernières années.

Face à cette ambassadrice des familles en grande pauvreté, près de 600 personnes d’âges, de cultures et d’origines sociales différents, incarnent bien le message de la dalle du Trocadéro (Paris) à l’origine de la journée mondiale du refus de la misère : "Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré." Il y a là la directrice de la Fokal et également présidente du comité scientifique, la directrice de l’Institut de Recherche et de Formation en Relations Humains du Quart Monde, des universitaires, des étudiants, des artistes, des invités venus du Mexique, du Guatemala, de République Dominicaine, de Guadeloupe, de Cuba, des hauts-fonctionnaires, des élus, des chefs d’entreprise, des personnes engagées en Haïti au sein de la communauté internationale, le délégué général du Mouvement international Atd Quart Monde, etc. C’est d’ailleurs ce dernier, Eugen Brand, qui déclare : "Quel modèle de démocratie est cette rencontre qui fait appel à l’intelligence des plus pauvres ?[…] Haïti tient la clef de cette démocratie refondée avec tous, à laquelle nous aspirons dans tous les pays…"

Le projet de ce colloque, interrogeant le lien entre démocratie et pauvreté, a beaucoup interpellé le monde universitaire par sa pertinence. Michèle Pierre Louis, directrice de FoKaL s’exprime ainsi, se référant à 1804 année où les esclaves avaient brisé leurs chaînes et créé avec les mulâtres de Saint-Domingue la première république noire. "Comment peut-on continuer de croire qu’en maintenant le paysan haïtien dans ses conditions actuelles, on va pouvoir créer de la richesse ?[…] Il y a 200 ans, nous avons osé penser la liberté, oserons-nous aujourd’hui penser l’égalité ?" Les actes à paraître permettront de partager les enseignements de ce colloque, riche d’échanges d’expériences, de réflexions et de rencontres. Un vrai exercice de démocratie. Il reste un chemin à poursuivre pour Haïti, et bien au-delà.. "Parce que ces questions demandent que tout le monde donne son temps, son intelligence et son cœur pour trouver ensemble une lumière", ainsi que l’avaient exprimé les familles du Quart Monde, lors de la séance inaugurale.

Contribution de Gabrielle Erpicum, Saint Jean Lhérissaint, Paul Maréchal.

25 avril 2008
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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski