Gros plan sur l’action en République Centrafricaine

Une histoire naît…
Partage du savoir à Bangui
Créée en juin 2006, la bibliothèque de rue à Boy-Rabé est animée par un ami d’ATD Quart Monde, soutenu par une maman qui habite dans le quartier, un quartier populaire à la sortie nord de Bangui.
Comment était venue l’idée de mettre sur place une activité autour des enfants dans ce quartier ?
En 2005, une volontaire-permanente ATD Quart Monde a travaillé dans un centre de santé, et plus particulièrement dans le service « enfants », au quartier Boy-Rabé. Des mamans y viennent avec leurs enfants pour la consultation médicale, les traitements et la récupération nutritionnelle. Parmi ces mamans, l’une d’elles était toujours un peu en retrait soit par timidité, soit à cause de soucis avec un enfant malade. La volontaire a commencé à l’approcher pour qu’elle soit plus à l’aise avec les autres et pour faire mutuellement connaissance. Petit à petit, la maman a discuté puis a invité la volontaire à faire connaissance aussi avec sa famille et ses autres enfants. Quelques mois après, l’enfant est décédé et la maman ne venait plus au centre. La volontaire a souhaité maintenir la relation. Avec l’accord de la maman, elle a invité un ami d’ATD Quart Monde à l’accompagner lors d’une visite, car elle ne maîtrisait pas suffisamment bien la langue nationale pour qu’un véritable dialogue s’instaure. C’est suite à cette rencontre que la bibliothèque de rue a vu le jour devant la maison de la maman et avec sa participation.
Tous les trois ont préparé, organisé ce temps d’animation autour des livres, dont les objectifs visent à rassembler tous les enfants, à être ensemble pour passer un temps d’échange, mais également à tenter de rejoindre les parents pour qu’eux aussi puissent avoir leur place dans les activités avec les enfants.
L’animation appelée « Ngoï ti amolenguë » (temps des enfants), a lieu chaque vendredi de 15h30 à 17h15. Les enfants se rassemblent devant la maison de la maman. Habituellement ils commencent par une chanson, une danse, puis il y a le conte et le dessin. Souvent les enfants se chamaillent pour avoir l’un un crayon, l’autre une feuille de papier. De temps en temps un jeune, habitant le quartier, vient lire avec les enfants qui restent concentrés 30 à 40 minutes ; parfois, ils demandent d’apprendre à écrire leur nom, à dessiner d’autres sujets. Mais ce qu’ils aiment par-dessus tout, c’est la morale contenue dans chaque conte car c’est comme une école de vie pour eux. Quand ils retrouvent leurs camarades qui n’ont pas pu venir, ils leur retransmettent le savoir qu’ils viennent d’acquérir. A chaque séance, des nouveaux enfants sont accueillis et quelques adultes sont présents.
Les animateurs soulignent que, depuis la mise en place de cette activité, les enfants ont appris à s’écouter, à regarder des livres, à discuter et à poser des questions sur ce qu’ils voient dans les livres, à devenir curieux dans le sens positif.

En juin 2007, tout ce que les enfants avaient réalisé pendant une année et dont ils pouvaient être fiers, a été la base d’une exposition. Le jour de la fête, de nombreux parents étaient venus. Une maman disait : « Je suis très heureuse de voir les enfants de différents milieux qui se mettent à exercer ensemble une activité, danser, jouer, bavarder … Si j’étais enfant, je serai parmi eux. En tant que mère de famille, nous avons cette grande responsabilité de partager nos savoirs aux enfants, d’être toujours aux côtés d’eux, de les entendre et de faire chemin ensemble ».
Groupe de « Broderie » avec des mamans du quartier Kokoro Boeing
Le quartier Kokoro Boeing est à environ 8 km du centre ville de Bangui. C’est un quartier très vaste sans eau potable, ni électricité, ni route pour desservir tout le quartier. Quelques infrastructures sont présentes comme une école et des postes de santé primaire. Pour arriver au cœur du quartier, il faut passer à travers des champs de manioc, - base alimentaire des Centrafricains -, des champs de maïs et des jardins potagers. Le quartier est réputé comme le berceau des produits potagers de la ville de Bangui.
Depuis février 2006, ATD Quart Monde a pris une décision de se mettre au service de la communauté, par la présence d’une volontaire-permanente aux côtés des quelques personnes habitant ce quartier et déjà engagées avec la population. Afin de faire mutuellement connaissance, des visites chez les familles ont été effectuées et des temps de rencontres ont été organisés. L’objectif est de pouvoir se mettre ensemble afin de réfléchir, partager les expériences de chacun et d’arriver à bâtir un projet commun pour le bien-être de la communauté.
Peu à peu, un groupe s’est formé et s’est retrouvé deux fois par semaine : les mercredi et samedi matins. Le groupe était composé des mamans et un seul papa. Malheureusement, le jeune papa est décédé. Les mamans ont exprimé leur désir d’apprendre à faire la couture, c’est-à-dire pouvoir réparer des vêtements. D’un commun accord, il a été décidé de commencer à apprendre à faire des points, chaque maman venant avec un habit décousu afin de « rendre l’utile à l’agréable ». Petit à petit, elles ont trouvé le goût d’être ensemble et d’être efficaces pour recoudre les habits de leurs enfants ou de leurs maris.
Lorsque les mamans ont maîtrisé le maintien de l’aiguille et du tissu, elles ont reçu un carré de tissu pour l’achat duquel elles ont apporté une participation. Elles apprennent alors à faire différents points dans le but de réaliser une belle broderie qui pourra les rendre fières. Actuellement, chaque maman est dans la réalisation d’un napperon selon les motifs de leur choix.
Pendant le temps de la broderie, comme les mamans se connaissent de plus en plus, la rencontre devient un temps de partage autour des différents thèmes comme les maladies qui attaquent souvent leurs enfants, les problèmes familiaux comme : comment faire pour pouvoir épargner de l’argent si tous les jours elles sont à la recherche de quoi faire manger leurs familles, comment discuter avec leurs propres enfants qui refusent d’aller à l’école quand leur ventre est vide, comment dialoguer avec leurs maris pour gérer les naissances. A la demande des mamans, deux jours de formation ont été organisés en août 2007, sur le thème « Oser créer des liens ».
Au début de l’année 2007, ce groupe de mamans a participé à un chantier communautaire dans le quartier afin de nettoyer les caniveaux d’évacuation, ceci avec l’objectif d’essayer de diminuer les risques de paludisme pour les enfants durant la saison des pluies.





