Ecouter donne la parole
Janvier 2006
Une démarche pour nourrir la connaissance et l’action
L’enquête effectuée en 2005 sur l’initiative des responsables du Mouvement ATD Quart Monde en France par l’Institut de Recherche et de Formation aux Relations Humaines est une « recherche-action-formation ». Elle vise à orienter et à nourrir certaines dynamiques de connaissance menées par les membres du Mouvement ATD Quart Monde. Cette démarche a été une action puisqu’elle a suscité des rencontres dont sont nés des liens, des projets… Elle a aussi été une formation car elle a permis à des personnes en découverte du Volontariat de se laisser profondément transformer par ces rencontres. C’est enfin une recherche qui a voulu essayer de dégager des éléments de réflexion à partir de ce constat : notre société change, le marché du travail change… Quelles conséquences les changements de notre société ont-ils sur les personnes en situation de pauvreté en lien avec le Mouvement ATD Quart Monde ? Y a-t-il des changements qui touchent plus particulièrement cette population et comment le Mouvement doit-il se positionner par rapport à eux ? Les résultats de l’enquête soulèvent des questions globales auxquelles le vécu des différents membres du Mouvement doit pouvoir apporter des éléments de réponse. La connaissance appelle à l’action, aux engagements, mais la connaissance tirée de notre enquête doit encore être questionnée et nourrie par les membres du Mouvement intéressés par une telle démarche. Quelques axes de questionnement pourront leur permettre d’y réfléchir en groupe.
1. La connaissance dans le Mouvement ATD Quart Monde.
Ce travail d’enquête est une démarche de connaissance. Dans Atteindre les plus pauvres, la connaissance est définie comme une « démarche de rencontre d’autres individus pour nouer des relations dans un climat de confiance réciproque. [1] » La connaissance telle qu’elle est comprise dans le Mouvement vise à nourrir la communauté des hommes du sens de l’expérience de vie des plus pauvres. Cet effort de connaissance qui, de la rencontre des plus pauvres aux messages qu’ils livrent à la société, parcourt tout un chemin. Quels repères avons-nous pour avancer ensemble sur ce chemin ? Dans sa contribution lors d’un colloque à l’Unesco en 1980, Pour une connaissance qui conduise au combat, Joseph Wresinski a posé trois questions qui sont depuis des repères pour avancer dans l’élaboration de la connaissance du Mouvement ATD Quart Monde :
- « De quelle connaissance ont besoin les plus pauvres,
- De quelle connaissance ont besoin les équipes d’actions,
- De quelle connaissance ont besoin nos sociétés nationales et nos communautés internationales, pour combattre efficacement la pauvreté et l’exclusion ? »
Les éléments de connaissance apportés par les résultats de cette enquête peuvent être abordés en gardant à l’esprit et au cœur ces trois questions du père Joseph Wresinski.
2. L’enquête, une connaissance mise en commun.
La connaissance naît d’une rencontre. « C’est en écoutant les personnes et les familles qui ont l’expérience de la grande pauvreté qu’on leur donne la parole. » disait Eligia Ramos, volontaire guatémaltèque, lors de la semaine de formation à ce travail d’enquête. Or, la démarche d’enquête a créé cette chance de se rencontrer en se situant au carrefour de chemins d’engagement pour des personnes en découverte du Volontariat ou pour des alliés, et de partage d’expérience pour les personnes rencontrées.
3. Les personnes rencontrées : l’échantillon.
L’échantillon représente près de 10% des lecteurs de Feuille de Route ayant l’expérience de la pauvreté ou de l’exclusion sociale pour les 30 départements retenus [2]. 261 personnes ont ainsi été rencontrées à partir d’un guide d’entretien conçu pour être un support pour le dialogue où questions fermées et questions ouvertes [3] portaient sur les aspirations des personnes, leurs conditions de vie, leur lien avec le Mouvement et leur regard sur celui-ci. Disons simplement ici que ces rencontres (d’une durée moyenne supérieure à deux heures) ont ouvert des espaces de dialogue et de compréhension mutuelle.
4. L’objectif de cette synthèse : susciter un questionnement.
Ils ne remplacent pas l’étude intégrale [4]. Ils cherchent à permettre au plus grand nombre d’approfondir les questions que soulève cette étude. Ils présentent donc certains éléments susceptibles d’être interrogés par le savoir d’expérience pour produire une connaissance plus globale . Chaque question fait l’objet d’une fiche qui peut être travaillée indépendamment des autres. Chaque fiche présente des paroles de personnes rencontrées, des arguments et des chiffres-clés qui conduisent à la formulation de la question, sans prétendre lui apporter des réponses.
FICHE 1 : Le Mouvement ATD Quart Monde
1. Les liens avec le Mouvement ATD Quart Monde.
L’une des attentes de cette enquête était de mieux comprendre à quel rythme et selon quelle proportion se renouvellent les membres du Mouvement ayant l’expérience d’une vie difficile. Les résultats montrent que la durée moyenne du lien avec le Mouvement est d’environ 12 ans. Les liens avec le Mouvement se situent donc dans une histoire longue sur le plan individuel. Cela montre aussi que le fichier général où sont enregistrées les adresses des abonnés de Feuille de Route s’est renouvelé pour moitié en un peu plus d’une dizaine d’années.
Pour aller plus loin : Là où vous êtes, comment voyez-vous ce renouvellement des membres du Mouvement ayant l’expérience de la pauvreté ?
D’autre part, les liens entre les personnes rencontrées et le Mouvement évoluent aussi. Si 2 personnes sur 3 participent au moins occasionnellement à une ou plusieurs activités du Mouvement (surtout l’Université Populaire), ceux qui participent à des actions sont en moyenne plus jeunes et connaissent ATD Quart Monde depuis moins longtemps. Un lien demeure avec les membres les plus anciens notamment à travers le journal Feuille de Route, toujours très apprécié, même si ces personnes ne participent plus directement aux activités. Une femme rencontrée dans le Loiret a dit : « Feuille de route indique que la relève se fait. Même si certains partent en retraite, d’autre reprennent. »
Pour aller plus loin : A partir de cette réalité, comment voyez-vous l’engagement de nouvelles personnes et le soutien aux engagements des plus anciens ?
2. Regards sur le Mouvement : être à égalité pour que tous avancent ensemble.
« Le Mouvement ATD Quart Monde, pour moi est très important. Il permet de rapprocher les gens entre eux pour partager ce qu’ils vivent, pour savoir donner, recevoir, s’exprimer et surtout s’écouter. On s’y rassemble pour avancer. » Pour plus d’une personne sur 5, le Mouvement est un support moral : « C’est un soutien, on peut discuter et s’exprimer facilement. » C’est aussi ‘‘comme une famille’’ pour près d’une personne sur 10. Une personne sur 6 considère que c’est un lieu de prise de parole, où l’on se rencontre à égalité, sans jugement.
Pour aller plus loin : pour vous, que représente le Mouvement ATD Quart Monde ?
FICHE 2 : Vie familiale et pauvreté.
Les familles rencontrées.
Si l’on compare de manière générale les familles des personnes rencontrées avec celles de l’ensemble de la population française, on remarque qu’elles sont composées de beaucoup plus de personnes seules, de familles monoparentales (2 fois plus) et de familles avec au moins 4 enfants (5 fois plus). Mais si l’on compare ces chiffres avec ceux du Secours Catholique, il y a moins de personnes seules et de familles monoparentales en lien avec ATD Quart Monde qu’avec le Secours Catholique. Pourquoi ?
- Le Mouvement ATD Quart Monde n’offre pas de structures d’accueil. Ses actions sont orientées par la volonté d’aller à la rencontre des plus pauvres, et beaucoup d’entre eux sont en couple : « Il y a trois fois plus de pauvres dans les familles en couple que dans les familles monoparentales. » Et à situation d’emploi identique, la monoparentalité augmente peu le risque de pauvreté car les familles monoparentales sont plus soutenues par les aides publiques.
- Il est important d’aller à la rencontre des familles nombreuses. Un rapport du Conseil d’Analyse économique (Conseil qui recommande à l’Etat les politiques à mener) précise que dès « la scolarité élémentaire, le risque de redoublement augmente fortement avec la taille de la famille. [5] » Or, l’expérience du Mouvement montre que ce qui est compris par certains chercheurs comme un handicap pour sortir des difficultés est souvent vécue par les personnes elles-mêmes comme une richesse et une fierté.
Pour aller plus loin : Quelle est la réalité de vie des familles que vous rencontrez ? Quelles en sont les conséquences pour leur avenir ?
FICHE 3 : La transmission de la grande pauvreté.
La pauvreté héritée : aujourd’hui, quelles transmissions de la grande pauvreté ?
Plus de 9 personnes sur 10 rencontrées lors de l’enquête sont de nationalité française. Le Mouvement ATD Quart Monde est donc proche des réalités vécues par les familles françaises. Mais des personnes appartenant à 13 autres nationalités ou ethnies ont été aussi rencontrées (des Algériens, des Marocains, des Congolais, des Roms, des Bosniaques…) Le Mouvement ATD Quart Monde est donc aussi en lien avec une très grande diversité de personnes issues de cultures différentes.
Pour aller plus loin : Comment voyez-vous l’évolution de la situation des personnes immigrées autour de vous ?
En 1974, ATD Quart Monde a publié une revue Igloos intitulé Au carrefour de deux cultures : des jeunes migrants en danger de sous-prolétarisation. Pensez-vous que 30 ans plus tard, ces personnes ou leurs enfants connaissent la grande pauvreté ? Pourquoi ? L’une des caractéristiques de la grande pauvreté est qu’elle se transmet souvent des parents aux enfants sans que les efforts des uns et des autres ne permettent de rompre ce cycle.
Pour aller plus loin : Selon vous, cette transmission s’effectue-t-elle de la même façon chez les familles issues de l’immigration [6] que chez les familles françaises très pauvres ? Comment et pourquoi ?
FICHE 4 : Les relations entre les Français et les immigrés.
La mixité culturelle : expression de valeurs d’accueil ?
Plus d’un couple rencontré sur 10 est un couple mixte, c’est-à-dire un couple, marié ou non, composé d’un conjoint immigré et d’un conjoint né en France. Et il y a trois fois plus de couples mixtes parmi les personnes rencontrées que dans l’ensemble de la population française. Par conséquent, les personnes de souche française issues de milieu pauvre se mélangent plus aux personnes issues de l’immigration que dans les autres catégories sociales. Elles sont donc porteuses d’une expérience vécue dont la société française pourrait tirer des enseignements. Cela est certainement dû en partie au fait que ces personnes vivent dans les mêmes quartiers, fréquentent les mêmes écoles… Néanmoins, cette mixité culturelle peut aussi être l’expression des valeurs d’accueil et d’hospitalité dont les plus pauvres montrent souvent des exemples.
Pour aller plus loin : A partir des réalités que vous connaissez, qu’en pensez-vous ?
FICHE 5 : L’école.
Une école efficace pour tous ?
Dans son rapport au Conseil économique et social, Grande pauvreté et précarité économique et sociale, Joseph Wresinski s’interrogeait : « En France, l’enseignement n’a jamais cessé de se démocratiser. Il a atteint progressivement toutes les catégories sociales. Ce progrès a-t-il toutefois bénéficié à tous les enfants ? » Pour dégager des éléments de réponse, comparons par tranches d’âge, le diplôme le plus élevé obtenu au sein de la population française et parmi la population rencontrée. Nous obtenons le tableau suivant :
Ce tableau met en évidence une tendance générale à la diminution continue du nombre de personnes peu ou pas diplômées ; les chiffres de l’INSEE prouvent que le nombre de personnes sans aucun diplôme ou ayant uniquement le CEP diminue d’une génération à l’autre. Mais cette tendance n’atteint pas les personnes rencontrées ; les chiffres de l’enquête ATD QM ne montrent aucune diminution du nombre de personnes sans diplôme d’une génération à l’autre. Autrement dit, malgré les initiatives et les efforts d’un certain nombre d’acteurs [7], il n’y a pas d’amélioration du niveau de formation des personnes avec qui nous sommes en lien, quel que soit leur âge. Il y a une baisse sensible et continue du nombre de personnes sans qualification au niveau national, mais elle n’est pas perceptible chez les personnes avec lesquelles s’engage ATD Quart Monde. Les progrès de la démocratisation de l’enseignement ne bénéficient donc pas à tous de manière égale.
Pour aller plus loin : Au sujet de la scolarité, de quelles réalités êtes-vous les témoins ?
FICHE 6 : L’activité et l’emploi.
« Je trouve que travailler, c’est une dignité en soi. »
Si l’on considère le statut par rapport à l’emploi des personnes rencontrées et de leur conjoint, on obtient le tableau suivant :
Pour simplifier ces résultats, on peut dire que sur 4 personnes rencontrées :
- deux sont actives, c’est-à-dire travaillent, sont en formation professionnelle ou demandeuses d’emploi,
- deux sont dites ‘‘ inactives’’. Ce statut concerne principalement les personnes au foyer, les retraités ou les personnes déclarées handicapées.
La population active (49,2%) connaît un taux de chômage de 51,1%, soit 5 fois plus que la moyenne nationale. Outre ce taux, trois données importantes sur l’activité et l’emploi se dégagent des résultats de l’enquête.
1. La première donnée met en lumière la proportion importante des ‘‘travailleurs pauvres’’
Si l’on considère les situations d’emploi des personnes qui travaillent ou qui sont en formation, on peut voir sur le graphique ci-après que 65% de ces personnes connaissent ce que l’INSEE [8]nomme des ‘‘formes particulières d’emploi’’, c’est-à-dire toutes les formes d’emploi sauf les contrats à durée indéterminée à temps complet. Or, nous savons bien qu’« on attribue aux formes particulières d’emploi (emplois temporaires sous intérim ou contrats à durée déterminée, emplois à temps partiel) des conditions de travail difficiles et un rôle central en matière de flexibilité. » Cette flexibilité implique des revenus irréguliers et imprévisibles.
Ainsi, près de la moitié des personnes rencontrées qui travaillent ont un emploi précaire (Contrat à durée déterminée, intérims…)
- Près d’une personne sur 5 est en CDI à temps partiel, c’est-à-dire moins de 32 heures par semaine. « Il faut arrêter les emplois de quelques heures par jour : on n’y arrive pas comme cela. Avant j’y arrivais mieux avec le RMI. » reconnaît une femme de Lyon avant de déplorer : « Quand on travaille, on diminue les aides. » Cette femme a un contrat à durée indéterminée de 40 heures par mois avec des horaires coupés en journée, soit une heure 3 fois par jour. Le temps partiel contraint rend très précaire la situation des personnes qui le subissent, même en Contrat à Durée Indéterminée.
- Près d’une personne sur 10 est en intérim. Une femme rencontrée en Bretagne témoigne de l’impact sur la personne et son entourage de ce type d’emploi précaire : « Parfois mon conjoint se dit ‘‘je ne suis qu’un intérimaire’’. Il s’abaisse et ce n’est pas bon pour son moral ni pour celui de son entourage. »
Pour aller plus loin : Devant cette situation, le travail est-il encore un moyen de sortir de la pauvreté quand on a peu de qualification ? A quels engagements cela doit-il nous mener ?
2. La deuxième donnée montre la persistance du chômage de longue durée.
Les demandeurs d’emplois rencontrés sont plus confrontés à la persistance du chômage de très longue durée que les autres. Les chiffres de l’INSEE montrent que dans l’ensemble des chômeurs, la proportion de ceux qui le sont depuis deux ans ou plus est deux fois moindre que ceux qui le sont depuis un an (respectivement 20,3% contre 41,6% soit une réduction de moitié). Nos chiffres ne reflètent pas cette diminution, puisque les chômeurs de très longue durée (2 ans et plus) constituent 60,9% de l’ensemble des chômeurs dans notre échantillon.
1)La proportion de chômeurs de plus de 1 ou 2 ans est calculée sur l’ensemble des chômeurs pour lesquels on sait calculer l’ancienneté.
2)Ketty Attal-Toubert, Alice Derosier, division Emploi, Insee, « Enquête sur l’emploi 2004. Le chômage augmente légèrement malgré la reprise de l’emploi. », Insee Première, n° 1009, mars 2005.
Au niveau national, un chômeur sur 5 connaît cette situation depuis plus de deux ans contre 3 sur 5 dans notre échantillon. La logique de cette persistance a souvent été mise en évidence : « La perte d’emploi compromet gravement une insertion professionnelle et sociale souvent déjà fragile. La perte de revenu compromet la couverture des besoins élémentaires. Dans cette situation, la période de chômage ne peut être mise à profit pour se qualifier, ou acquérir les atouts d’une meilleure insertion ultérieure. [9] » Cependant, « l’évolution de la situation de l’emploi ne peut s’évaluer uniquement selon la courbe du chômage. L’inactivité, dans bien des cas, masque le chômage et doit être étudiée en tant que telle : une des formes d’exclusion du marché du travail, une des façons de gommer le chômage. [10] » Considérons donc maintenant les personnes rencontrées dites ‘‘inactives’’.
3. Troisième tendance : le risque d’assimilation de la grande pauvreté au handicap.
Près d’une personne rencontrée sur 5 est reconnue handicapée par la Cotorep. Si l’on compare ce chiffre à celui d’une autre enquête menée par ATD Quart Monde en 1983 [11], il y a au sein de la population en lien avec ATD Quart Monde, trois fois plus de personnes reconnues handicapées par la COTOREP. On note une augmentation importante de la proportion d’inactifs du fait d’un handicap, et donc le risque d’une tendance sociale qui assimile grande pauvreté et handicap. Cette tendance s’intensifierait à mesure que les conditions d’emploi se durcissent. D’autre part, l en raison des difficultés du monde du travail à intégrer les travailleurs reconnus handicapés, ce qui devait être pour certains un marchepied pour obtenir un emploi adapté est perçu comme une chausse-trappe : « Il ne veut pas se faire classer à la COTOREP, de peur de ne pas trouver de travail ensuite. [12] » Combien de personnes sont ainsi « volontairement obligées d’accepter d’être reconnues comme incapables [13] » ? N’est-ce pas parce que notre société pense ne pas avoir besoin de ces personnes et de leur contribution ? « Pour les patrons, la COTOREP, ça veut dire inapte. Mais il y a quand même des boulots que l’on a le droit d’exercer [14].
Pour aller plus loin : Selon vous et parmi les familles que vous connaissez, quels liens y a-t-il entre le handicap et la pauvreté ?
Fiche 7 : Vivre ensemble.
« Vivre ensemble » commence par se rencontrer.
Nous avons eu des réponses particulièrement contrastées à la question de savoir si les personnes voulaient quitter ou non les lieux où elles habitent. Peu de personnes sont restées indifférents à cette question. 40,8% des personnes rencontrées affirment vouloir quitter le lieu où elles habitent, à cause du logement : « On voudrait un logement à notre image réelle, de valeur ! » ou à cause du cadre de vie : « On regroupe les gens éjectés dans un quartier. On a voulu cacher la misère. »
48,6% n ’ont aucune envie de quitter leur lieu. Selon elles, vivre ensemble commence par se rencontrer : « Il faut que les gens se retrouvent. » « Il faut qu’il y ait des rencontres, il faut des activités car les gens dans le quartier ne se connaissent pas. » Et il y a là le moyen d’un mieux-être social : « J ’aimerais que les gens aient un regard différent sur ce quartier. » « Pour enlever la mauvaise réputation, je voudrais que les gens participent plus. J’aimerais qu ’on se connaisse entre voisins. »
Pour aller plus loin : De quelle manière peut-on apprendre à vivre ensemble ? Qu’est-ce qui fait obstacle à la rencontre et à ce vivre ensemble ?
[1] ATD Quart Monde, Atteindre les plus pauvres, Unicef / Editions Quart Monde, 1996. Sur la connaissance, voir p. 17 et suivante.
[2] Nous n’entrons pas ici dans la complexité de l’échantillonnage qui garantit sa validité. Voir pour cela l’étude Ecouter donne la parole.
[3] Les réponses aux questions ouvertes, au contraire des questions fermées, ne sont pas prédéfinies par le questionnaire. Elles laissent donc toute liberté à la personne rencontrée.
[4] Pour l’ensemble des aspects méthodologiques et l’intégralité des résultats, voir l’étude Ecouter donne la parole.
[5] Michel Godet, Evelyne Sullerot, La famille, une affaire publique. Rapport du Conseil d’analyse économique. La Documentation Française, 2005.
[6] On pourra penser à l’exemple du Père Joseph qui a connu la misère sans doute en partie à cause de l’immigration de sa famille en France.
[7] Voir notamment les exemples encourageants présentées sur le site Grande pauvreté et réussite scolaire : http://eduscol.education.fr/D0115/textes.htm.
[8] Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE).
[9] Joseph Wresinski, « Enrayer la reproduction de la grande pauvreté », rapport de mission au ministre d’Etat, janvier 1983. Cité dans la Revue Quart Monde, « Vivre en sécurité », n°195, p. 3.
[10] Margaret Maruani, Les mécomptes du chômage, Paris, Bayard, 2002, p. 58.
[11] Xavier Godinot, Les travailleurs sous-prolétaires et leur famille dans le Nord en 1983, Profils de l’Economie Nord-Pas de Calais, INSEE, 4ème trimestre 1983.
[12] Florien Kraft, Rapports de rencontre, Haut-Rhin.
[13] Une femme du Doubs.
[14] Une femme de la Loire.





