Des portraits de volontaires-permanents

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Sophie Boyer, 38 ans, Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis)

Une famille au milieu d’autres familles. C’est ainsi que Sophie se sent immergée à la « cité de promotion familiale », un projet-pilote d’ATD Quart Monde, à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Etudiante, la jeune Québécoise s’était formée pour offrir aux personnes ayant un handicap physique « les mêmes chances de vivre les mêmes choses que tout le monde » (fil rouge de son engagement). Devenue en 1997 volontaire d’ATD Quart Monde, mariée à un volontaire et maman de Mathilde, Lucie et Isaël, c’est encore ce qu’elle essaie de vivre depuis trois ans à Noisy. Au quotidien déjà : « Mettre ses enfants dans la même école que les autres, aller à la médiathèque avec d’autres familles ; tout ce qui permet de casser l’isolement dû à la pauvreté ou à la solitude ». A côté de cette action « présence » menée avec un petit groupe, Sophie est responsable de l’équipe « logement ». Car la cité de promotion familiale comprend 35 appartements autonomes accueillant des familles ayant connu l’errance ou le mal logement. Pour reconstruire avec elles un projet de vie vers un relogement « normal » et définitif, avec un principe de non-abandon. La transition dans les logements de Noisy dure parfois plusieurs années. « Les rythmes des responsables du logement et ceux des mal-logés sont différents. Les gens n’en peuvent plus de se voir répondre qu’il faut attendre, ils finissent par ne plus y croire » constate Sophie.

Hani-Chafik Khalil, 35 ans Marseille (Bouches-du-Rhône)

Son attention à la détresse des personnes en « rupture de liens » (familiaux, sociaux…) traverse les frontières. Dans son pays d’origine, l’Egypte, Hani-Chafik Khalil était psychothérapeute en hôpitaux psychiatriques. Ce qui ne l’empêchait pas, avec quelques amis, d’aller également à la rencontre de détenus, de victimes de la prostitution, de jeunes en souffrance psychique. Jusqu’au jour où, venu en France pour « ouvrir son horizon », il a rencontré ATD Quart Monde via des amis d’amis, ainsi que sa future femme, Marzena. Tous deux ont ainsi trouvé une ONG où s’engager durablement avec des très pauvres, avec cette conviction « géniale » que ceux-ci ont des connaissances indispensables. Depuis trois ans, Hani et Marzena expérimentent cette relation de confiance. Ils habitent au coeur d’une cité très défavorisée et partagent tout ce qui s’y vit : fêtes, drames, vie quotidienne… Hani crée des liens avec habitants, associations et institutions pour que les projets tiennent compte de la volonté et de l’expérience des plus démunis.

Marie-Jo Masurel, 50 ans, Bazouges-la-Pérouse (Ille-et-Vilaine)

Il y a des années sabbatiques qui se prolongent… En 1978, Marie-Jo Masurel, jeune éducatrice de jeunes enfants, démissionnait de son poste pour s’initier pendant un an à la lutte contre les injustices à la manière d’ATD Quart Monde. Elle découvrait la misère « dans son propre pays », sa spirale « infernale », son caractère « universel », mais surtout une lutte pour la dignité des personnes, surtout les plus pauvres, à leurs côtés et -« ce qui est plus exceptionnel »- au sein d’un volontariat. Après des missions au Sénégal, à Marseille, Reims et dans la région parisienne, Marie-Jo tente, depuis cinq ans, de casser « l’enfermement et la stigmatisation » des familles les plus en difficulté dans un canton rural de Bretagne, à travers notamment une action petite enfance. Celle-ci permet de créer des liens entre personnes de milieux différents. Marie-Jo dit partager depuis 30 ans les valeurs qui l’enthousiasmaient déjà à 20 ans : « le bonheur ailleurs que dans la consommation, la lutte contre les injustices et l’ouverture à l’international. »

Guillermo Diaz Linares, 37 ans, Centrafrique

Guillermo n’a pas peur d’explorer le monde. Guatémaltèque, issu d’une famille du milieu agricole, il fait ses premiers pas avec le Mouvement… à 7 ou 8 ans : « j’étais un enfant de la bibliothèque de rue 1 de mon village, San Jacinto ». Passionné d’art et de création, il devient instituteur et continue avec un petit groupe de bénévoles à tisser des liens avec des familles très pauvres des environs en proposant des activités : « pour atteindre certains endroits, nous devions marcher 1h45 ! » En 1994, il est marqué par un voyage à la capitale, Guatemala Ciudad : « je n’imaginais pas que des familles pouvaient loger dans des cabanes en tôles ou en carton à la capitale. » Cinq ans plus tard, il prend une décision « un peu folle » - selon ses amis – et quitte son métier d’enseignant pour devenir volontaire et s’installer dans cette ville. Quitter son ancienne vie n’est pas simple, il remet son engagement en question, notamment quand il quitte son pays pour la première fois en rejoignant en 2002 l’équipe du Pérou : « L’éloignement et le changement culturel m’ont presque décidé à partir mais les familles du quart monde m’ont donné la force de rester… » Il réalise à quel point la présence des volontaires est importante pour elles. Il sent qu’elles lui font confiance et qu’il faut que ce soit réciproque. Ses explorations continuent… Il arrive en France en 2005 au Centre International de Pierrelaye. Et vient de rejoindre l’équipe Centrafrique…

Claire Exertier, 31 ans, Ermont (Val d’Oise)

« Se lancer complètement. » Voilà trois ans que Claire Exertier a rejoint le volontariat, après une décision longuement mûrie. Cette jeune bibliothécaire qui a toujours voulu « apporter des livres là où il n’y en a pas » a découvert ATD Quart Monde grâce aux "temps d’avenir partagé" (1) : « j’ai été touchée par les familles démunies, je ne m’attendais pas à ça. » Elle est revenue chaque été pendant 5 ans. La question d’un engagement plus entier se dessinait progressivement. C’est le déclic avec la rencontre de deux jeunes volontaires dont l’engagement permanent et l’enthousiasme l’ont convaincu : « c’est cela que je veux faire. » Claire a aujourd’hui deux casquettes : elle accueille des personnes intéressées par le volontariat et accompagne des familles du Val d’Oise en difficulté, notamment de logement. Le volontariat permet une disponibilité indispensable pour établir des liens durables avec les plus démunis : « Nous n’avons pas d’étiquette, nous ne sommes pas des travailleurs sociaux. Nous avons la chance d’être dans des rapports "gratuits" avec les gens. » C’est un engagement de tous les jours, pas toujours simple, mais qui lui fait dire qu’elle se sent aujourd’hui « juste avec elle-même. »

(1) Chaque été, des artistes, des artisans, des sportifs, des parents, des habitants des quartiers, des gens venant de tous milieux sociaux, rencontrent des personnes qui ont une vie difficile dans leur quartier ou leur village.

13 février 2008

Sur le Web

Refusons la misère
En France, un site pour résister et lutter contre la misère au quoitidien (ce site remplace www.jeresiste.org) http://www.refusonslamisere.org/

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski