Séminaire international : Du refus de la misère, apprendre la paix

Amplifier la dynamique du 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère
Dans le cadre d’une démarche internationale [1] et en partenariat avec le Département des Affaires Economiques et Sociales des Nations-Unies, 60 personnes déléguées, venues de quatre continents (Belgique, Burkina-Faso, Canada, Etats-Unis, France, Haïti, Maurice, Pérou, Philippines, Pologne, Tanzanie ) se sont rassemblées à Montréal du 22 au 26 mai 2006. ReprésentantEs d’instances gouvernementales ou des Nations-Unies, personnes vivant en situation de pauvreté, universitaires, représentantEs d’organismes de défense des droits de la personne…, ensemble ils ont travaillé les changements et la mobilisation provoqués par le 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, reconnue par les Nations-Unies comme étant la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.
Une ambiance de travail dans la sérennité.
Voici quelques échos des participantEs : … Ce que j’adore, c’est le partage d’expériences entre personnes de différents pays où les modes de vie sont très différents aussi. (…) J’ai l’impression de voyager, même si je n’ai jamais beaucoup voyagé. C’est enrichissant pour moi. Nous arrivons à transcender nos différences et à nous mettre sur un pied d’égalité entre humains J’apprends aussi sur moi-même, tant sur mes limites que mes capacités …
… Ce jour là ( 17 octobre ), il faut inviter d’autres personnes car nous entendre nous-mêmes n’a pas de sens. …
… Je souhaite que de plus en plus de gens découvrent que la pauvreté est une inégalité intolérable. A partir de cela, nous pouvons travailler ensemble à fabriquer l’égalité…. dans des conditions de vie, dans la dignité, dans la réalisation …
… C’est une chance donnée aux plus pauvres d’être visibles et d’être acteurs à part entière. Le 17 octobre permet de rebâtir les liens entre les personnes, mettre les gens sur le même plan de relation…
Au cours de cette semaine de séminaire, l’ensemble des participants, quelles que soient leurs origines, a souligné que les personnes et familles très pauvres devaient pouvoir participer à l’élaboration des activités. M. Cassam Uteem (ancien président de la république de Maurice) rappelait le défi d’impliquer des personnes qui ont de l’influence dans la société. Il faut qu’elles puissent être confrontées à la parole des personnes en situation de pauvreté. Beaucoup de participants ont mis de l’avant le caractère international de cette journée. Du fait de la mondialisation, ce qui se fait dans un pays a souvent des effets pour des personnes en situation de pauvreté dans d’autres pays, jusqu’à l’autre bout du monde. Une coopération entre pays est nécessaire.
Le 17 octobre nous incite aussi à voir des pays sous un autre angle. Haïti, par exemple, est souvent vu comme un pays assisté, mais nous devrions aussi voir comment ce pays nous interpelle au niveau de l’égalité entre êtres humains, relevait Mieke Van Dyck (déléguée régionale ATD Quart Monde pour l’Amérique Centrale et les Caraïbes).
France Fournier (Qc - Canada) a noté, elle, que ce qui nous lie fondamentalement à l’échelle internationale, c’est le combat contre la violence de la misère au quotidien.
Les participants ont bien apprécié l’accueil et le programme du Séminaire. Les conditions étaient réunies pour permettre un travail constructif. Tous ont, non seulement, préparé l’avenir des 17 octobre, mais ils ont aussi vécu l’esprit de cette journée tout au long de la semaine : apprendre la paix !
Colloque de conclusion
Le 26 mai 2006, le colloque a rassemblé, à la Bibliothèque Nationale du Québec [Montréal (Qc) Canada], 230 personnes actives dans l’organisation des 17 octobre dans leur région, leur ville ou village, venues confronter leur expérience à celle des participants au séminaire : représentants du réseau du Collectif pour un Québec sans pauvreté, représentants aussi de syndicats, de la Marche mondiale des femmes au Québec, de diverses religions, d’organismes communautaires….
Pour clore le tout, une fête publique grandiose
500 personnes se sont donné rendez-vous, le 26 mai au soir, dans un auditorium de l’Université du Québec à Montréal pour fêter ensemble le refus de la misère et crier au monde " Alerte à la misère !"
Dans une mise en scène d’artistes québécoises, Françoise et Sophie Faucher, artistes et public se sont rassemblés dans la danse, la chanson, la poésie, la musique, l’art du cirque… Le lendemain du spectacle, la comédienne Pascale Montpetit résumait ainsi ce temps fort :
Je pense que ça a été un moment de bonheur pour tout le monde. En fait pour une bonne cause aussi, pour l’amitié que ça a suscitée entre nous de ce côté-ci de la scène. Je suis sortie par le métro et des gens m’ont abordée, des gens qui avaient assisté au spectacle et qui avaient aimé ça. C’était vraiment chaleureux, c’était plein d’amour et c’était pour un monde meilleur aussi. Que peut-on demander de plus ?
Au Québec et au Canada :
● Le président de l’Assemblée Nationale du Québec, M. Michel Bissonnet, a confirmé non seulement l’intérêt des rencontres - déjeuner organisées depuis 2001 dans le cadre du 17 octobre, mais son engagement à les poursuivre : une place est gagnée à l’Assemblée Nationale chaque 17 octobre !
● Une évaluation de l’impact du 17 octobre au Québec et au Canada a été réalisée avec des acteurs et actrices de la journée et est disponible sur demande (15 pages).
Au Pérou :
● Un séminaire intitulé "Famille,extrême pauvreté et dignité » s’est tenu du du 4 au 10 octobre. Ce séminaire est le fruit d’un long travail de préparation avec les personnes et familles en situation de grande pauvreté dans l’espoir qu’elles puissent rencontrer les plus hautes autorités et être entendues.
Dans la suite de la rencontre de Montréal, le défenseur du peuple de Cusco, Dr Silvio Campana Zegarra, s’est fait l’écho de cette demande et a lui même convoqué les autorités. La dignité des familles a été mise de l’avant. Elles ont expliqué aux autorités leur souffrance de voir mourir trop souvent les leurs à cause de la fragilité de la vie qu’ils mènent, leur lutte quotidienne contre la misère et leurs espoirs.
Au niveau international :
● La Déclaration de solidarité est directement issu des recommandations du séminaire.
● Le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies, sur l’impact du 17 octobre dans le monde, sera discuté lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies à l’automne 20062.
● Le Mouvement ATD Quart Monde rendra public sous peu son propre rapport du séminaire et de la démarche d’approfondissement qui l’a précédé. Il fera aussi apparaître les nouvelles pistes de mobilisation et de partenariat qui s’ouvrent pour les prochains 17 octobre.
Article écrit à partir du journal Actualités Quart Monde numéro 89 - Montréal - Qc - Canada
[1] Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2005, les États membres ont demandé qu’une réflexion soit menée à partir de l’expérience de la Journée internationale pour l’Élimination de la pauvreté (résolution A/RES/60/209)





