Comment l’extrême pauvreté sépare parents et enfants

Suite à l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans (USA), beaucoup de familles vivant dans la misère ont été séparés de leurs adolescents. Les parents de ces jeunes privés trop tôt d’un soutien bien nécessaire nous mettent en garde contre ce qui se passe aujourd’hui en Haiti.
En Haïti, depuis de nombreuses années déjà, des familles qui vivent dans la misère ont souvent confié leurs enfants pour des périodes plus ou moins longues à d’autres familles ou à des institutions. Leur espoir était que leurs enfants aient une meilleur vie qu’elles et puissent avoir la chance d’aller à l’école qu’ils n’avaient pas chez eux. Les parents font tout ce qu’ils peuvent pour garder des liens avec leurs enfants et pour les reprendre à la maison quand la situation s’améliore. Cependant à leur grande consternation, au fil des ans, quelques uns de leurs enfants ont été placés en adoption à l’étranger sans qu’elles en soient averties. Les parents eux-mêmes ont parfois été menacés ou intimidés pour qu’ils ne s’opposent pas à ces adoptions. Comme dans beaucoup d’autres pays, parmi les sérieux orphelinats et agences d’adoptions qui font un travail précieux, il en est aussi qui font plus de mal que de bien.
L’UNICEF appelle à la prudence en ce qui concerne les adoptions en Haïti dans les termes suivants : « L’UNICEF met en garde contre les adoptions hâtives d’orphelins à cause de la situation extrêmement confuse, due à l’ampleur de la catastrophe. L’UNICEF et ses partenaires sont actuellement au travail pour dénombrer ces enfant, vérifier s’ils ont perdu leurs parents et rechercher leurs familles. En ce qui concerne nos priorités, nos efforts vont se concentrer sur la survie de tous ces enfants qui aujourd’hui vivent au milieu des décombres. » [1]
La fondatrice de la Fondation Mondiale des Orphelins, Jane Aronson approuve : « L’adoption n’est pas la manière de résoudre la situation absolument énorme et tragique des enfants fragiles. Un tremblement de terre est un événement traumatisant. Le mieux à faire pour ces enfants est de les maintenir dans leur communauté, leur voisinage et leur parenté, avec de la nourriture, un abri et en sécurité. Ces enfants sont chamboulés et effrayés. Il faut en prendre soin là où ils sont, en enrôlant une armée de mamies et en leur permettant de retrouver leurs tantes, leurs oncles, leurs grand parents, leurs cousins… » [2]
ATD Quart Monde soutien fortement l’action entreprise dans cette direction. Dans une étude des Nations Unies publiée par ATD Quart Monde en 2004 « Comment l’extrême pauvreté sépare parents et enfants : un défi pour les droits de l’homme », Haïti était un des pays pris en compte. L’étude a montré qu’un accès accru à l’éducation pour tous les enfants haïtiens est crucial pour aider les familles à rester ensemble.
En entendant toutes ces informations sur des adoptions expéditives d’enfants d’Haïti, des parents qui vivent dans la grande pauvreté en Belgique ont demandé : « Pourquoi pense-t-on que les enfants seront mieux ailleurs ? C’est toute leur famille élargie qu’il faut aider. »
Il faut écouter aussi la voix de ces parents.
Diana Skelton,
Déléguée générale adjointe.





