Bilan du colloque "La démocratie à l’épreuve de l’exclusion"

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Quelle est l’actualité de la pensée politique de Joseph Wresinski ?

Plus de 300 participants, universitaires, acteurs de terrains ou personnes en grande pauvreté venus d’une trentaine de pays ont fait du colloque des 17, 18 et 19 décembre à Science Po Paris un nouveau temps fort de la démocratie.

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Ce colloque, organisé conjointement par ATD Quart Monde et Science Po Paris a été imaginé en Haïti, à un moment d’extrême violence, quand des universitaires et des acteurs de terrains se sont rencontrés et ont eu l’intuition que face à une telle situation, la pensée de Joseph Wresinski pouvait apporter beaucoup pour aujourd’hui et pour demain.
Longuement préparé dans divers pays, tant par des chercheurs que par des personnes en situation de grande pauvreté, ce colloque a vraiment permis une rencontre entre le monde universitaire et le Quart Monde, un véritable croisement des savoirs.

Voir et écouter l’interview de Marie Rose Blunschi, Directrice de l’Institut de Recherche et de Formation aux Relations Humaines et les réactions de plusieurs intervenants :


Colloque International "La Démocratie à l’épreuve de l’exclusion" from ATDG on Vimeo.

Mr Le Hir« Quand on a vécu la pauvreté dès qu’on est enfant, c’est un long chemin de combats que l’on a envie de partager. Quand on a été placé à la DDASS, toute sa vie on continue de vivre avec ce manque de parents. Ce colloque est très important. On a entendu ici des gens qui ont dit du concret. Pour moi, c’était important de pouvoir m’exprimer dans ce colloque – à mon niveau, sachant d’où je viens c’est formidable : si on m’avait dit qu’un jour je parlerai à Sciences Po ! - mais il ne suffit pas de pouvoir dire, il faut aussi être entendu. Je crois que cette fois, on a été écouté. » Marcel Le Hir, militant Quart Monde

Helene Thomas« La conviction s’affirme désormais que les exclus sont les premiers acteurs de leur réintégration sociale et politique dans les sociétés où ils sont marginalisés. » Hélène Thomas, professeure de sciences politiques (IEP Aix-en-Provence)



« Avec sa simplicité naturelle, Joseph Wresinski est venu nous dire aux Nations-Unies, en 1986 ou 87 : "Si vous ne comprenez pas que l’extrême pauvreté est une violation des droits de l’homme, alors vous ne comprenez rien…" Il a dit cela sans arrogance, mais nous a laissé cette épée dans le cœur. Cela a changé complètement notre Leandro Despouy perception de la grande pauvreté. Lors de mon rapport aux Nations-Unies, il m’a complètement inspiré. Il faut mettre la pensée humaniste de Joseph Wresinski au cœur de toutes les réformes envisagées, que ce soit du FMI, de la Banque Mondiale ou d’un nouvel ordre économique mondial que d’aucuns semblent appeler aujourd’hui face à la crise… » Leandro Despouy, Rapporteur spécial des Nations-Unies (Argentine)

« L’idée forte qui imprègne mes travaux depuis 40 ans repose sur cette affirmation : "Des familles qui vivent dans l’extrême pauvreté et l’exclusion ont une contribution à apporter". Jona Rosenfeld_ Ce colloque m’inspire deux réflexions : il est très important pour un mouvement comme Atd Quart Monde de continuer à témoigner et à écrire sur ce qu’il fait, y compris en direction de l’université. Écrire ce que l’on vit me paraît une dimension très importante. C’est aussi cela l’actualité de la pensée Joseph Wresinski. Et la seconde chose, c’est qu’il faut aussi continuer d’apprendre à apprendre sur la façon en partant du savoir des personnes en grande pauvreté. » Jona Rosenfeld, Myers, Brookdale Institute (Israel)

« Lors de notre séminaire « régional » d’Haïti qui s’est situé en amont du colloque de Sciences Po Paris, nous avions soulevé bien des interrogations et nous avions fait le constat que la parole des personnes pauvres est extrêmement enrichissante. A Paris, je fais le constat que quel que soit le contexte économique ou géographique, dans des pays riches ou des pays pauvres, aux États-Unis, en Pologne ou Haïti, dans les pays du Nord, comme dans ceux du Sud, les problèmes sont exactement les mêmes, même si ils n’ont pas le même visage : c’est surtout leur ampleur qui varie. En Europe, les pauvres sont "exclus" de la société, en Haïti ce sont les riches qui sont très minoritaires. Mr Henrys
En tant qu’universitaire, je trouve que l’intérêt de cette rencontre entre acteurs, universitaires et personnes en situation de grande pauvreté a le mérite de poser la bonne question : à quoi sert la recherche, si ce n’est pour apporter des réponses concrètes ? En tant que médecin, je ne peux que faire le constat que les sciences – spécialement dans le domaine de la santé – ne peuvent se départir des sciences sociales. Je me sens à la fois à l’aise et totalement engagé dans ce combat. » Jean Hugues HENRYS - Haïti

Michelle Perrot« À travers ces multiples et passionnantes interventions, l’historienne est frappée de voir à la fois les similitudes qui peuvent exister avec les situations historiques, mais aussi les différences. Y a-t-il au sein de la grande pauvreté une paupérisation spécifique des femmes ? Nous avons en particulier une double représentation très manichéenne de la femme confrontée à la grande pauvreté : parfois c’est une « Mère courage » ou d’autres fois c’est une au contraire une femme incapable voire indigne d’être mère. Ce colloque est vraiment très intéressant de ce point de vue. J’ajoute que si l’histoire est un instrument essentiel pour comprendre nos sociétés, il faut aussi s’en méfier… Cette question des droits dépasse largement les sentiments de compassion qui peuvent traverser une société. À ce propos, un point sur lequel il me paraîtrait intéressant de poursuivre des recherches porterait sur les effets pervers des dispositifs mis en place en principe pour venir en aide aux personnes en situation de grande pauvreté. » Michelle Perrot, historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine université Paris VII

« J’ai rencontré Joseph Wresinski dans les années 80. Il est à l’origine d’une nouvelle définition de la pauvreté. Il est le premier à avoir fait le lien entre grande pauvreté, exclusion sociale et atteinte aux droits de l’homme. Deux philosophes, Thomas Pogge et Paul Ricoeur, partagent cette même analyse. Mais la vision de Joseph Wresinski se distingue de leur pensée par l’analyse selon laquelle les personnes pauvres ne sont pas seulement des objectifs, mais sont des acteurs de la lutte contre la grande pauvreté. Sa pensée est une invitation à passer de la connaissance à l’engagement. » Charles Courtney, philosophe, Drew University, New Jersey(États-Unis)

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L’Institut de Recherche et de Formation aux Relations Humaines (IRFRH) est un organe du Mouvement ATD Quart Monde.
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